Anotacions a la controvèrsia entre sionisme i post-sionisme

A les eleccions d’enguany a la Knesset hi plana el debat sobre la naturalesa mateixa de l’Estat d’Israel polaritzat entre els sionistes i els post-sionistes que s’ha accentuat arran de l’aprovació de la llei de l’estat-nació del poble jueu. Léon Rozenbaum va publicar al seu bloc el proppassat 1 de març un article blasmant “Les manoeuvres des post-modernes en Israël”.

Netanyahu representa la continuïtat de l’ideari fundacional del sionisme mentre que bona part dels hereus de les elits polítiques i militars que van contribuir decisivament a crear-lo s’hi han girat en contra en nom d’un progressisme abstracte refractari a la noció mateixa d’identitat nacional.

Una de les reflexions panoràmiques sobre l’essència del sionisme és la que precisament publica avui mateix Jean Christophe Ploquin, redactor en cap del diari catòlic francès La Croix: “Bien avant Israël, le sionisme de Herzl reflétait un humanisme plutôt qu’un nationalisme“:

Le débat sur le sionisme est souvent explosif en France. Pour les uns, ce terme désigne le droit légitime du peuple juif à créer un Etat sur une terre qui lui revient historiquement, celle d’Eretz Israël, Etat biblique. Pour les autres, il caractérise une idéologie raciste qui a conduit à l’expulsion d’une partie du peuple palestinien de son terroir multiséculaire et qui nourrit encore aujourd’hui une soif d’annexion de territoires en Cisjordanie. En tout cas, le sionisme est défini comme un nationalisme exaltant Israël comme terre et refuge des juifs du monde entier.

En marge des empoignades que ce sujet suscite – avec en arrière-plan la question de l’antisémistisme -, un livre iconoclaste tente d’éclairer les premières années de cette pensée, lorsqu’elle était une utopie agissante à la fin du XIX° siècle et au début du XX° siècle. Écrit par Uri Eisenzweig, professeur émérite de littérature française et comparée à l’université Rutgers (New Jersey) aux Etats-Unis, Le sionisme fut un humanisme revient au point de départ de l’élan provoqué par l’antisémitisme sévissant alors en Europe, dans un contexte marqué par les pogroms sévissant dans l’espace russophone.

Uri Eisenzweig souligne notamment le peu de cas que le fondateur du sionisme, Theodor Herzl, faisait de Sion, la terre biblique pourtant tellement présente dans la spiritualité et l’univers mental des juifs religieux. Pour Herzl comme pour Leon Pinsker, autre activiste de l’émancipation des juifs européens, l’impératif était de quitter la diaspora, quel que soit le point de chute, et non de « monter à Sion » pour y faire renaitre le judaïsme. D’où la recherche de territoires parfois fort éloignés de la Palestine, alors province de l’empire ottoman.
L’enjeu de l’altérité

Pour Uri Eisenzweig, penseur résolument rationaliste, le projet de Pinsker et Herzl s’inscrivait dans un humanisme universaliste tandis que leurs opposants, qui prirent le pouvoir au sein de l’Organisation sioniste en 1905, suivaient un projet nationaliste, fut-il mâtiné chez certains de socialisme. Plus tard, cette considération humaniste conduira certains activistes dans la Palestine sous mandat britannique à militer en faveur d’un Etat binational, associant Juifs et Arabes, mais sans aucun succès. Parmi eux, Arthur Ruppin, chef du bureau de Jaffa de l’Organisation sioniste, chargé donc de gérer l’arrivée des migrants en Palestine, qui perçut très tôt la tension naissante entre colons juifs et résidents arabes et qui chercha à « préserver la centralité de l’altérité dans l’entreprise sioniste ».

« L’humanisme du discours des fondateurs (…) s’articulait autour de la question de l’altérité : le Juif comme l’Autre de la Diaspora, le territoire recherché comme rien de plus qu’un espace refuge pour cet Autre », résume Uri Eisenzweig dans sa conclusion. « Or comment préserver le privilège humaniste de l’altérité dans un refuge désormais conçu comme juif et où donc le Juif n’est plus (l’)Autre? »

« Le sionisme des origines fut un moment de grande beauté dans l’histoire de la pensée rationnelle et universaliste moderne, dans l’histoire de l’humanisme », ajoute-t-il. « Le reconnaitre, c’est également reconnaitre que ce moment est passé ».

Publié à dessein dans le contexte des élections parlementaires israéliennes du 9 avril 2019, ce court essai, écrit dans un français ondoyant, permet de revisiter l’échec d’une utopie et sa défaite devant la réalité crue d’un nationalisme ayant suscité son envers, le nationalisme palestinien. Depuis plusieurs législatures, la majorité politique en Israël penche vers l’affirmation d’une identité juive dominante, alors que l’Etat abrite une forte minorité arabe. La loi ‘Israël, État-nation du peuple juif’, adoptée en juillet 2018 avec le statut de loi fondamentale, ne mentionne qu’incidemment cette présence arabe dans le pays et ne réaffirme pas le caractère démocratique du régime politique israélien.

L’essai évoque ces films en noir et blanc tournés il y a cent ans et qui restituent d’une façon hachée un univers aujourd’hui disparu. Pour rendre la perspective défendue, non sans nostalgie, par Uri Eisenzweig, je reproduis ici des passages de son introduction.
« L’humanisme à l’origine du sionisme »

(…) « Le mot ‘humanisme’ fera sourire certains, peut-être, tant l’idée même a été problématisée au cours des dernières décennies, souvent de façon intellectuellement stimulante, parfois même convaincante. D’autres, par contre, grinceront des dents : humaniste, vraiment, l’idéologie à l’origine du malheur des Palestiniens ? »

« En fait, oui, et l’objet de cet essai sera de le montrer. De souligner combien la référence à des valeurs universelles et la revendication correspondante d’une dignité pour tous furent au cœur de la logique fondatrice formulée par les premiers penseurs du sionisme. Une vision du monde dont nous observerons d’ailleurs le contraste et les conflits avec les philosophies de l’irrationnel – religion, nationalisme, protofascisme – qui lui furent contemporaines » .

« Loin de ne constituer qu’une sorte d’accompagnement sympathique de la naissance du sionisme, nous verrons que des considérations humanistes furent à son principe même. Je veux dire : au cœur logique de son argument, de son déploiement discursif. C’est intrinsèquement, dans sa logique propre que le sionisme des origines releva d’une philosophie centrée sur la dignité de l’Autre. Du Juif, oui, mais du Juif conçu, non comme héritier d’un passé, ni même d’une culture, mais avant tout – pas uniquement mais avant tout – comme Autre par rapport à l’univers diasporique qu’il ne semble pas pouvoir intégrer. D’où cette inéluctable confrontation au sein du mouvement sioniste du tournant du XIX° et XX° siècle, entre les fondateurs et leurs opposants nationalistes : le rêve d’une transformation future pour l’altérité juive contemporaine, face à la réaffirmation d’un Même ancestral ».
« Quand l’Autre n’est plus le Juif »

« Mais les rêves ne durent pas et cet élément constitutif de toute vision humaniste qu’est la considération privilégiée de l’Autre était sans doute destinée à disparaitre, ou du moins à se voir profondément marginalisé, avec le développement de l’action concrète visant la pérennité du Même, c’est-à-dire l’ancrage d’une autonomie juive en Palestine. Avec la réalisation que l’Autre, dans cette nouvelle réalité, n’était plus le Juif ».

« Il y eut bien un ultime sursaut entre les années 1920 et le début des années 1930, une dernière et fort belle tentative de concilier valeurs humanistes et valorisation nationale. Mais l’entreprise était sans doute vouée à l’échec. En tout cas, elle allait rapidement céder le pas à une tension de plus en plus exclusive, dans la société étatique juive en devenir, entre partisans d’un pragmatisme politique et ceux d’un nationalisme mystique ».

« Aussi bien, avec la perspective proprement humaniste devenue secondaire, lointaine, sans pertinence apparente dans le débat, c’est la force même du sionisme, sa profonde cohérence, sa spécificité discursive qui, désormais supplantées par les compromis et compromissions ‘pragmatiques’ d’une part, les poncifs nationalistes de l’autre, allaient inévitablement s’estomper, disparaitre de la scène. Le sionisme fut un humanisme, c’est-à-dire, au fond, le sionisme fut ».

« On se récriera : disparu le sionisme? Ne sont-ils pas nombreux, et même plus que jamais, ceux qui se disent aujourd’hui sionistes? Le sionisme n’est-il pas la référence quasi officielle de l’État d’Israël, pour les partisans de cet État comme pour ses adversaires? Certes, mais tout comme le socialisme fut celle de la Russie soviétique ».
« Une réécriture de l’Histoire »

« L’analogie me vient à l’esprit car les temps que nous vivons sont ceux du révisionnisme. Non pas simplement l’entreprise délibérée et grossière que l’on appelle négationnisme. Je parle d’un phénomène plus général, d’un révisionnisme tous azimuts, en quelque sorte, qui, se nourrissant d’une ignorance de plus en plus répandue, en tout cas de moins en moins dissimulée, parce que de moins en moins honteuse, de l’Histoire, n’hésite pas à réécrire celle-ci. Dans le cas qui nous intéresse ici : en défigurant le discours fondateur, opération servant à la fois ceux qui prétendent justifier au nom de ce discours désormais méconnaissable des politiques étatiques ou para-étatiques inadmissibles; et ceux qui, inversement, tirent prétexte de ces politiques pour délégitimer l’idéologie dont elles se réclament ». (…)

« C’est dans l’idée de contribuer à ce débat contre le révisionnisme, contre cette réécriture aussi répandue qu’infondée de l’Histoire, que je propose ici de revenir au discours sioniste tel qu’il se donne à lire dans les textes fondateurs. Tel qu’il fut lu et entendu par un grand nombre de juifs contemporains ». (…)

« Un regard différent sur les textes permettra de mettre en relief des actions, des personnages et même des groupes que l’historiographie traditionnelle, et en Israël, quasi officielle, lorsqu’elle se donne la peine de les mentionner, tend à reléguer aux marges de la saga sioniste – démarche aux motivations souvent idéologique sans aucun doute, mais surtout générée par une conception téléologique de l’Histoire. Où on ne compte que ce qui s’inscrit dans un parcours linéaire aboutissant à la création de l’État d’Israël ». (…)

« Les silences des historiens dessinent ainsi l’espace où s’invite mon projet, celui de cerner la logique discursive des textes fondateurs, puis de suivre certaines de ses aventures lorsque voulut être entreprise sa mise en pratique sur un plan programmatique d’abord, sur le terrain concrètement sociopolitique ensuite. Aventures que l’analyse montrera se terminant avec la marginalisation croissante de l’humanisme constitutif du sionisme, d’abord sous la pression du pragmatisme nécessaire – peut-être – à la création de l’État d’Israël, mais aussi plus tard, dans un univers de plus en plus marqué par l’entreprise de réécrire l’histoire de cet État, de radicalement occulter sa genèse, de la gommer, au nom du mysticisme théocratico-nationaliste actuellement dominant dans l’univers se prétendant ‘pro-israélien’ ».

Pel que fa a la crítica del post-sionisme és imprescindible la relectura de l’article de Denis Charbit, “Qu’est-ce qu’une nation post-sioniste ?, publicat a la revista Controverses número 3, octubre del 2006, que va dedicar el dossier central al tema, “L’dentité national face au postmodernisme“.

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