Jaume Renyer

per l'esquerra de la llibertat

29 de febrer de 2024
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Genocidi: l’acusació ritual contra Israel

La manipulació del concepte jurídic de genocidi per tal d’emprar-lo com a arma propagandista al servei de la deslegitimació d’Israel ha esdevingut viral del proppassat 7 d’octubre ençà. Michaël Prazan i Gaston Crémieux signen un article clarificador avui a Tribune Juive: “Guerre à Gaza – “Génocide”, l’accusation rituelle“.

De la Berlinale à Lula en passant par l’extrême gauche, l’extrême droite et les islamistes, c’est une attaque récurrente… mais qui ne correspond ni au droit ni à l’intentionnalité de la tragédie en cours à Gaza. Cette accusation infondée n’a d’ailleurs pas attendu les victimes civiles du conflit contre le Hamas pour circuler. Depuis l’après-Seconde Guerre mondiale, les Juifs et Israël se voient régulièrement accusés de génocide. Une inversion accusatoire pleine de sous-entendus. D’où vient-elle ? Qui l’utilise ? Et dans quel but ?

« Ce n’est pas une guerre, c’est un génocide. Ce qui se passe dans la bande de Gaza avec le peuple palestinien ne s’est produit à aucun autre moment de l’Histoire. En fait, cela s’est déjà produit : lorsque Hitler a décidé de tuer les Juifs. » Cette déclaration outrancière n’émane pas d’un obscur militant, mais du président brésilien, Lula, qui assure actuellement la direction tournante du G20. La Cour internationale de justice (CIJ) a pour tant rejeté la saisie de l’Afrique du Sud, imputant à Israël la commission d’un « génocide » à Gaza. L’organe judiciaire de l’ONU s’est contenté d’un rappel du droit et d’une mise en garde formelle à destination de l’État hébreu. Une clarification qui n’a pas fait taire les accusations de génocide ou de nettoyage ethnique contre Israël, proférées à peine une semaine après le 7 octobre par la représentante de l’ONU pour les territoires occupés, Francesca Albanese. Des allégations reprises depuis par une campagne mondiale de désinformation allant des ONG palestiniennes aux médias russes mainstream, en passant par les gouvernements colombien et bolivien soutenant Lula, et quelques cinéastes branchés.

En France, nos extrêmes s’en font la caisse de résonance. À l’extrême droite avec l’admirateur de Vichy Yvan Benedetti, et à gauche de la gauche avec Jean-Luc Mélenchon parlant d’« un massacre de masse » et d’« un génocide », ou Mathilde Panot déplorant le « premier génocide du XXIe siècle ». Oubliés le Darfour, les yézidis et les Ouïghours, et surtout la décence et le droit. Bienvenue dans le monde de l’exagération… Car s’il est tout à fait possible de condamner la réaction violente d’Israël au pogrom du 7 octobre, l’intensité de ses bombardements et le nombre disproportionné de victimes civiles qu’entraîne la stratégie de boucliers humains au Hamas, l’accusation de « génocide » n’est pas pertinente : elle qui ne tient pas qu’au nombre de victimes mais dépend de l’intention. En revanche, cette accusation outrancière, elle, vient de loin et charrie une histoire longue et douteuse. Revenons à la définition. Le génocide suppose une intention génocidaire : la volonté, planifiée et raciste, voulue et théorisée, de « détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». Cette notion, aujourd’hui employée à tort et à travers pour parler de morts liés à la guerre et à des bombardements, a été conceptualisée en 1944 par Rafael Lemkin, un Juif hongrois spécialiste de droit international.

UN CONCEPT NÉ À NUREMBERG

Le mot lui-même fut pour la première fois prononcé dans un prétoire en 1947, à l’ouverture du 9e procès du Tribunal de Nuremberg. On y juge alors les Einsatzgruppen : les « commandos mobiles de tuerie de la SS ». C’est le jeune procureur américain Benjamin Ferencz, ancien assistant de Lemkin à Harvard, qui l’utilise alors. Il se souvient : « Cela définissait justement les crimes des Einsatzgruppen qui avaient reçu l’ordre d’assassiner tous les Juifs. » Pour les architectes de la justice internationale, c’est une révélation, car elle cerne précisément l’intention d’exterminer en raison d’une identité. Le crime de génocide fera dès lors l’objet d’une législation spécifique. La Convention sur le génocide est adoptée en 1948 à l’Assemblée générale des Nations unies, dans la foulée du Tribunal de Nuremberg. Elle est aujourd’hui ratif iée par plus de cent cinquante États.

DU IIIe REICH AU TIERS-MONDISME

Comment le terme de génocide, créé pour la Shoah, a-t-il pu être accolé à Israël ? Il faut remonter aux années 1920 pour comprendre ce renversement délibéré. À cette époque, les deux mouvements qui traversent le monde arabo-musulman face à la modernité, le nationalisme arabe et l’islamisme naissant, sont tous deux violemment antisémites. Ce n’est plus l’antijudaïsme classique du monde musulman, fait de mépris pour les dhimmis. Mais un rejet provoqué par l’arrivée de Juifs en Palestine, fuyant les persécutions en Europe et animés par l’idéal sioniste de reconstruction d’un foyer national.

IL FAUT REMONTER AUX ANNÉES 1920 POUR COMPRENDRE CE RENVERSEMENT DÉLIBÉRÉ.

Cette enclave en Palestine, même pas encore un État, est insupportable aussi bien aux islamistes qu’aux nationalistes arabes, qui en théorisent la liquidation. D’où le flirt poussé de ces mouvements avec le nazisme européen et son antisémitisme génocidaire. Le grand mufti de Jérusalem, chef religieux des Arabes de Palestine, collabore ainsi avec les nazis pour « l’élimination du foyer juif ». Les Frères musulmans égyptiens relaient la propagande hitlérienne et des dizaines de mouvements ultranationalistes en chemise brune mènent des pogroms dans la plupart des pays arabes. La défaite de Hitler obligera à adapter ce discours pour être encore audible.

Un stratagème que l’on retrouve chez certains leaders arabes, comme Fayez Sayegh, membre éminent du Parti social nationaliste syrien. Un groupe libanais qui arbore croix gammées, désigne son leader sous le nom de az-Za’im, traduction littérale de Führer en arabe, et souhaite l’avènement d’une Grande Syrie totalitaire, où toute présence juive en Palestine serait réduite à néant. En 1946, dans la ligne de son parti, Sayegh dénonce le sionisme comme « un danger pour la Civilisation et l’Esprit » et la « vision juive du monde comme un héritage d’humiliation, de vengeance et de fossilisation culturelle du type le plus primitif ».

Un discours raciste qui va muter au moment des luttes pour les indépendances pour prendre une tournure plus à la mode : anticoloniale. En 1965, son livre le plus connu s’intitule d’ailleurs Le Colonialisme sioniste en Palestine. Fini l’hitlérisme dont il se réclamait et l’antisémitisme trop marqués, place à l’inversion accusatoire : « Le concept sioniste de la “solution finale” au “problème arabe” et le concept nazi de la “solution finale” au “problème juif” consistent essentiellement en un même ingrédient de base : l’élimination de l’élément humain indésirable en question. » L’équivalence est posée. Or elle vient d’un intellectuel arabe nostalgique du nazisme ayant une influence considérable. Nous parlons d’un homme qui est à la fois devenu diplomate pour l’OLP et la Ligue arabe, mais aussi professeur dans les universités américaines.

Alors que Hannah Arendt remarque dans Eichmann à Jérusalem que les journaux officiels des régimes arabes se répandent encore dans les années 1960 en regrets que « Hitler n’ait pas terminé le travail », Fayez Sayegh fabrique une astuce propagandiste géniale permettant de donner une coloration « de gauche », acceptable dans les pays occidentaux, à ce fascisme initial. À la nazification d’Israël, le stratège antisémite ajoute un argument anticolonialiste promis à un brillant avenir sur les campus américains et dans l’extrême gauche internationale. Et il n’est pas le seul.

Johann von Leers, un propagandiste nazi, s’est mis au service de Nasser. Et le dirigeant nationaliste égyptien va utiliser la même astuce rhétorique. Publiant les essais du grand mufti nazi de Jérusalem, La Vérité sur la Palestine en arabe, il choisit de les appeler plutôt La Lutte mondiale contre l’impérialisme et le colonialisme pour la version allemande, afin de séduire la gauche occidentale. Tout le discours antisioniste moderne est déjà là, et ça marche !

À la fin de la guerre des Six-Jours, à l’ONU, le représentant de l’URSS reprend les arguments de Sayegh et compare Israël à « l’Allemagne hitlérienne », dénonçant une supposée politique d’« extermination des populations indigènes ». Au sein de la Ligue arabe, Sayegh devient la cheville ouvrière de la fameuse résolution 3379 de l’ONU de 1975 assimilant le sionisme à « une forme de racisme », au « colonialisme et à l’apartheid ». En trente ans d’efforts, les penchants antisémites combinés du nationalisme arabe et de l’islamisme ont porté leurs fruits empoisonnés. Grâce à cette astuce, leur soutien au nazisme a été masqué et le retournement s’est opéré : c’est maintenant Israël qui est accusé de génocide.

UN RÉVISIONNISTE FAIT LE LIEN

L’accusation connaît une nouvelle flambée lors de la guerre du Liban, en 1982. Alors qu’Israël est entré chez son voisin pour mettre fin aux tirs de roquettes sur son sol, et défaire la menace que fait peser l’OLP de Yasser Arafat, retranché à Beyrouth, Le Monde publie un « placard » : une pleine page achetée par ses auteurs, affirmant que le « sionisme » serait un « racisme » légitimé par « l’argument de l’Holocauste », et Israël, un État « colonial » et « terroriste ». Il a été rédigé par Roger Garaudy, philosophe.

Sorti des radars depuis son exclusion du PCF à la fin des années 1960, le philosophe protéiforme vient de se convertir à l’islam, et fait à cette occasion un retour fracassant dans l’actualité. Les massacres de Sabra et Chatila, perpétrés par les phalangistes chrétiens de Bachir Gemayel alliés aux Israéliens, ont suscité une vive émotion internationale.

Garaudy en profite pour accuser Israël d’être le seul et véritable coupable des massacres. Notamment, écrit-il, parce que le génocide est inscrit dans les textes sacrés du judaïsme : « Il est significatif que les sionistes ne se réfèrent pas au grandiose prophétisme d’Amos, d’Ézéchiel, ou d’Isaïe, ouvrant la voie à l’universalisme, mais aux seuls textes prônant la conquête de Canaan et l’extermination sacrée. » De l’antisémitisme rituel, maquillé en légitime défense anticolonialiste. Ses nouveaux amis intégristes vont adorer.

LES ISLAMISTES ACHÈTENT

Dès l’avènement de la République islamique en Iran, en 1979, Israël est accusé d’être un État criminel, en même temps que l’ayatollah Khomeiny appelle à son éradication. Fasciné par l’idéologie des Frères musulmans égyptiens, il emprunte à Sayyid Qutb, théoricien frériste du « Jihad armé » et de la « guerre contre les Juifs », la centralité de la question palestinienne, censée permettre de rassembler l’oumma – la communauté des musulmans. Autant d’éléments que l’on retrouve bien sûr, en 1988, dans la charte du Hamas, puisqu’il s’agit de Frères musulmans palestiniens soutenus par l’Iran. Israël y est à plusieurs reprises comparé au régime nazi, l’essentiel des autres articles étant consacré au Jihad contre les Juifs. Prohibant toute « initiative de paix », on y trouve, pêle-mêle, le fameux hadith qui déclare que, si un Juif se cache derrière le musulman, « Viens et Tue-le ! ». Une référence aux Protocoles des Sages de Sion, ce faux antisémite, matrice des théories du complot, et des appels incessants au massacre des Juifs.

EN FRANCE, LES EXTRÊMES SE FONT LA CAISSE DE RÉSONANCE DE CE DISCOURS.

Ce cocktail entre nazification d’Israël, dénonciation du colonialisme et maintien d’un discours exterminateur, séduit aussi bien à l’extrême droite du GUD qu’à l’extrême gauche décoloniale, chez les fondamentalistes chrétiens ou les islamistes. Et tout ce petit monde tombe d’accord grâce à un ultime ingrédient rhétorique : le négationnisme… Qui prive Israël et les Juifs du statut de victimes du nazisme (puisque la Shoah n’a pas vraiment eu lieu), contrairement aux crimes rituels des Juifs… qualifiés de génocide.

Un tour de passe-passe popularisé par le fameux Roger Garaudy dans un livre, “Les Mythes fondateurs de la politique israélienne”, paru en 1996 chez un éditeur attitré du négationnisme français, La Vieille Taupe, de Pierre Guillaume. À le lire, la définition du génocide « ne peut s’appliquer à la lettre que dans le cas de la conquête de Canaan par Josué. Le mot a donc été employé à Nuremberg de manière tout à fait erronée puisqu’il ne s’agit pas de l’anéantissement de tout un peuple comme ce fut le cas pour les exterminations sacrées des Cananéens ». En revanche, ajoute-t-il, il convient parfaitement pour écrire que les Israéliens génocident les Palestiniens. Le monde arabe est emballé.

Alors qu’il est attaqué en justice en France, le pamphlet de Garaudy est aussitôt acclamé par la presse arabe. On se bouscule à la Foire internationale du livre du Caire pour l’écouter et se faire dédicacer son ouvrage. Des institutions telles que le quotidien de Dubaï Al-Khaleej organisent des collectes de fonds en sa faveur. L’épouse du président des Émirats arabes unis lui signe un chèque de 50 000 dollars. Youssef al-Qaradawi, le très influent émir des Frères musulmans, monte au créneau pour prendre sa défense, dans de virulents prêches télédiffusés qui touchent un très large public dans le monde arabe.

Les mots « génocide » et « apartheid » se répandent au Moyen-Orient, tant pour diaboliser Israël que pour banaliser la Shoah. Garaudy devient une star au Qatar, en Égypte, en Jordanie, en Iran et même en Malaisie. Si bien que, lorsque éclate la seconde Intifada, au mois de septembre 2000, Israël, systématiquement associé au nazisme dans la presse arabe, est de nouveau accusé de perpétrer un génocide.

Point d’orgue de ce défoulement international : la conférence de l’ONU contre le racisme, à Durban, en Afrique du Sud, en 2001. Au Forum des ONG, chauffées à blanc par cette propagande, 3 000 organisations non gouvernementales accusent Israël d’être « un État raciste », « coupable de perpétrer des actes de génocide, des crimes de guerre et de se livrer à des opérations de nettoyage ethnique ». Elles demandent l’instauration « d’un tribunal international » pour « juger de l’ensemble des crimes contre l’humanité commis par Israël ».

Une chambre d’écho extraordinaire pour l’accusation de génocide, malgré l’opposition des pays occidentaux et du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan. Dès lors, l’accusation devient mondiale. Dans la foulée d’un séjour à Ramallah organisé en 2002 par le Parlement des écrivains, le Prix Nobel de littérature portugais José Saramago déclare que « Ramallah est l’Auschwitz d’aujourd’hui : à Ramallah j’ai vu l’humanité humiliée et anéantie comme dans les camps de concentration nazis ». La nazification d’Israël devient tout autant un invariant de la gauche radicale en Amérique latine, foyer des théories décoloniales, que relayée par les réseaux pro-Hezbollah et les diasporas libano-syriennes, ou par des États comme le Venezuela de Chávez. « Rappelez-vous la dernière agression israélienne contre Gaza. De quoi s’agit-il, sinon d’un génocide ? » déclarait déjà en 2009 le président bolivarien.

CRI DE RALLIEMENT

Tout est en place pour que l’accusation de génocide, vieille de soixante ans, revienne en 2024 hanter nos débats, même au lendemain du plus grave pogrom depuis la Seconde Guerre mondiale, quand les mêmes peinent à qualifier le massacre du 7 octobre d’attaque terroriste. La plainte pour « génocide » devant la Cour internationale de justice ayant servi de cri de ralliement. L’Afrique du Sud, par ailleurs complaisante avec le responsable du génocide au Darfour, Omar el-Béchir, qu’elle a refusé d’arrêter pour le déférer devant la Cour pénale internationale, a rencontré tous les soutiens attendus : l’extrême gauche internationale, de Rashida Tlaib aux États-Unis à LFI chez nous, l’Amérique du Sud chaviste et péroniste, les régimes et les mouvements islamistes, des talibans aux Frères musulmans, les décoloniaux et leurs riches universités, et bien sûr la Russie, « compréhensive pour la démarche », emportant avec elle une part de l’extrême droite mondiale.

Face à ce torrent de mauvaise foi, la voix de la raison vient de Julia Sebutinde, juge ougandaise à la Cour internationale de justice, qui s’est auparavant illustrée dans la rédaction des lois anti-apartheid en Namibie. Dans son avis, elle doute fortement de toute « intention génocidaire » des dirigeants israéliens et dénonce l’« idéologisation » de la justice internationale. Mais que vaut la raison quand l’accusation rituelle arrange tant d’esprits douteux ?

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