Anotacions a l’article de Nadia Lamm: “Qu’est-ce que le Fascisme ?”

Nadia Lamm és una personalitat intel·lectual de la comunitat jueva francesa, professora de l’Escola Superior d’Educació de la Universitat de Rouen, va publicar el proppassat 10 de juliol aqueix article titulat “Qu’est-ce que le Fascisme?” al bloc Mabatim.info (Regards Juifs de Versailles), que trobo convenient de reproduir atès que tracta una qüestió punyent: quès és el feixisme ?

Partint de la definició de Primo Levi arriba una noció més elaborada i actual: la desmesura en el rebuig o en l’acceptació dels altres, acompanyada dels mitjans polítics per materialitzar aqueix propòsit forassenyat. Em sembla molt encertada la seva puntualització ja que no tota actitud refractària arran de la conversió accelerada de les societats europees en multiculturals es pot qualificar de feixista o racista, en la línia d’allò que recomana el report del CAPE de Jerusalem sobre el fenomen immigratori massiu contemporani.

A Catalunya, hores d’ara és difícil tractar el fet immigratori i les conseqüències multidimensionals que se’n deriven sense caure en els prejudicis i les actituds políticament correctes obviant les limitacions d’una societat d’acollida com la catalana que no té estat propi. Les opinions que prioritzen garantir la supervivència de la comunitat nacional catalana, com les que expressa la regidora de Ripoll Sílvia Orriols, són immediatament deslegitimades com a xenòfobes i d’extrema dreta pels falsos antifexistes, que dissortadament no estan per llegir articles com el de Nadia Lamm:

Fascisme et haine de l’étranger.

Définition du fascisme par Primo Levi : « Tout étranger est un ennemi et tout ennemi doit être supprimé[1] ». La difficulté avec cette définition c’est qu’elle fait de chaque enfant de 8 mois – âge de la survenue de la différenciation entre le familier et l’étranger qui se solde par la peur et le désir de voir disparaître l’étranger – un fasciste en puissance.

Je comprends bien d’où Primo Levi est parti pour définir le fascisme, c’est-à-dire de la xénophobie et de l’antisémitisme des nazis et de leurs sympathisants. Mais la définition du fascisme ne devrait pas en rester à un tel degré de généralité sous peine de banaliser celui-ci et de prêter à ce qu’Alain Finkielkraut a détecté, dans Au nom de l’Autre[2], de confusion entre (soi-disant) antiracisme et promotion de l’antisémitisme.

Au risque de choquer, j’avancerai l’idée suivante : ce ne sont pas les considérations qui font de l’étranger un ennemi jusqu’à chercher à se soustraire à sa présence et même, si on le juge trop envahissant, finir par désirer l’exterminer, qui sont les plus problématiques ; car à ce stade du processus, marqué par l’entrée collective de la société dans un syndrome paranoïaque, il est trop tard pour agir. Il est même possible de faire du tri sélectif en mettant à part les uns des autres « bons » étrangers, par exemple bons sémites – les musulmans pour les nazis cf. David Motadel, Les musulmans et la machine de guerre nazie[3] – et mauvais sémites : les Juifs pour les nazis. Et, derechef, bons étrangers pour Edwy Plenel, cf. Pour les musulmans[4]– et mauvais étrangers pour Edwy Plenel, Alain Badiou et leurs amis de gauche – les sionistes, encore une fois diabolisés. Le recours moralisateur à la catégorie de l’étranger doit retenir toute notre attention. Il y va de la possible instrumentalisation d’un terme honni – l’étranger : mais au service de qui et de quoi ?

Qu’est-ce qui est à redouter, la haine de l’étranger ou le trop grand amour-propre ?

La réponse est : dans ce qui nous permet – ou semble nous permettre – de nous auto-instituer juges de ce qui distingue le Bien du Mal et l’Autre, tenant de ce Bien, par opposition à l’autre ignobilisé, car suppôt du Mal et de son maître le Malin. Ainsi les Gnostiques, Marcion, au IIème siècle et ses héritiers modernes tels Adolf Von Harnack, thuriféraire du premier au début du XXème siècle, avaient-ils décrété que le Dieu des Juifs était … le Diable, notamment parce qu’il ne mettait pas la vie sur terre …plus bas que terre et que Jésus, du coup, ne pouvait pas être de descendance juive, mais était un bon Aryen. L’Eglise refusa le marcionisme comme hérésie mais elle resta marquée par l’opposition paulinienne et non juive entre corps et esprit, lettre et esprit, loi et amour, oppositions indues en droite théologie chrétienne, par exemple thomiste, mais qui n’en alimentèrent pas moins la hargne anti juive des Pères de l’Église et de Luther.

Et là on débouche sur le moi-roi, une facette du moi qui n’a plus rien à voir avec ce que les psychologues appellent l’angoisse du 8ème mois, cette prise de conscience qui nous permet de discerner les familiers en les opposant aux étrangers, qu’on voudrait faire disparaître pour éloigner l’angoisse. On serait plutôt dans ce que la psychanalyse appelle le « moi idéal » c’est-à-dire celui qui n’a pas encore intégré la limite de la Loi interdisant l’inceste et toutes les formes de violation des droits et de l’intégrité d’autrui, soit la possibilité de vivre en société. Ce moi illusoirement idéal s’imagine, a la prétention de statuer sur qui a le droit ou non d’habiter la terre avec « nous » comme l’écrit Hannah Arendt dans le final d’Eichmann à Jérusalem, pour définir le crime contre l’humanité. C’est cet aveuglement d’un moi imaginairement pur et parfait qui a fait le lit des sociétés de sacrifices humains à prétention religieuse, y compris le néo-paganisme nazi, y compris la part de l’Europe livrée à ses penchants criminels antisiomites-au-nom-de-l ’Autre.

Plus jamais ça ? Ou : ne jamais dire jamais ? Les penchants criminels de l’Europe démocratique.

Le spectre du fascisme est donc plus large que celui des peurs et des hantises liées au désir d’évitement des étrangers, dans la mesure où ceux-ci peuvent, pour un chacun, être l’occasion d’éprouver des émotions plus ou moins pénibles et inquiétantes- jusqu’à ce que Freud appelait « das Unheimliche – l’inquiétante étrangeté, le sentiment d’être intrusé par un ou des hôtes inassimilables et menaçant(s) car facilement confondus avec les nôtres. C’est évidemment sur l’intensification et l’exploitation de ce sentiment que s’est appuyé Hitler pour pousser les Nazis et leurs alliés au judéocide, et cela, d’autant plus aisément que les Juifs étaient installés de longue date en Europe tout en gardant leur identité dans la plupart des cas, suggérant une étrangeté inconciliable avec l’identité de l’Europe. Mais évidemment, cela ne put sembler plausible aux Européens, qu’à occulter la dette civilisationnelle de l’Europe à l’égard la civilisation des Juifs – Je cite en vrac : instauration d’un jour de repos hebdomadaire, condamnation de l’esclavage, supériorité de l’Etat de droit et du respect d’une Loi juste sur le pouvoir absolu, amour et protection des étrangers, temps linéaire et orienté vers le futur, prodrome de l’Histoire et de la valorisation de la vie humaine terrestre, écologie, Justes des nations, droit – non, obligation – d’interpréter les textes religieux …bref tout ce qui est stipulé dans la Genèse, le Deutéronome, les Talmuds et aussi dans les Témoignages sur Israël[5]recueillis par le rabbin Jacob Kaplan auprès de maints penseurs et philosophes non-Juifs classiques et modernes à la veille de la Seconde Guerre mondiale et que l’enseignement scolaire avait soigneusement, à de rares exceptions près[6], tu durant des siècles, mettant en réserve ce gigantesque sacrifice humain que fut la Shoah – mais qu’il n’en n’ en continue pas moins, nonobstant tous les « plus jamais ça !» à taire obstinément ! Mais dans sa Grammaire des civilisations[7], Fernand Braudel himself a-t-il parlé d’une « civilisation » juive ou au moins hébraïque ? Que nenni mon ami ! Alors qu’il fait le tour complet des civilisations antiques et modernes de la terre, il n’a pas eu vent de celle inaugurée par Abraham et Moïse. C’est ballot ! J’ai tourné et retourné les pages et secoué le livre pour voir si, tel un oiseau dépliant ses ailes et se mettant soudain à chanter, une parole à ce sujet ne s’en échapperait pas, ou encore si un aveu écrit à l’encre invisible pour passer avec succès l’épreuve des ciseaux d’Anastasie, vous savez celle qui officie juste avant l’impression pour éloigner des cerveaux innocents la tentation de penser contre la doxa ambiante – n’y serait pas caché : mais rien ! Nada ! Le mec il a squeezé un pan entier du réel tout seul comme un grand !

De l’amour de l’Autre bien tempéré et de l’accueil (enfin possible !) de l’étranger

Ce que nous apprend la psychologie, d’autre part, c’est qu’il est vain et contreproductif de prôner un amour illimité de l’Autre, abstraction faite de la possibilité ou non de goûter ses coutumes et ses valeurs pour les ressortissants de la civilisation qui est la nôtre ; c’est même la meilleure façon de faire revenir au premier plan la haine de l’Autre. Voyez le film de Buster Keaton Les lois de l’hospitalité. Il n’y a pas loin de l’amour volontariste des Zôtres, annexés pour servir à la mise en scène de la supériorité de notre moi idéal paternaliste, au désir de flinguer ces Zôtres. Juste mesure dans l’accueil, au contraire, fait les bons autres, ceux du partage et de l’intégration bon an mal an – mais qui a dit que l’exil était toujours une panacée ? – et jamais emballement ni hystérie compassionnelle où l’on force sa nature – mais jamais bien longtemps. Le respect va à tous ou bien à personne.

Alors quelle est votre définition du fascisme pour finir, me demanderez-vous ? C’est la démesure dans le refus ou dans l’acceptation des autres, assortie des moyens politiques de mettre en œuvre cette relation dévoyée. Merci à Primo Levi de m’avoir permis de le dire. NL♦

Nadia Lamm, MABATIM.INFO

[1] Primo Levi, Ainsi fut Auschwitz. Témoignages (1945-1986). Trad. de l’italien par Marc Lesage. Les Belles Lettres.
[2] Alain Finkielkraut, Au nom de l’Autre. Réflexions sur l’antisémitisme qui vient. (2003) Gallimard.
[3] David Motadel, Les musulmans et la machine de guerre nazie (2019) éditions La Découverte.
[4] Edwy Plenel, Pour les musulmans (2014) éditions La Découverte.
[5] Jacob Kaplan, Témoignages sur Israël, (1938) Librairie Lipschutz ; (1949) éditions Satem, Monte-Carlo. Un abrégé fut colligé sous le titre Un enseignement de l’estime (1982) éd. Stock.
[6] Fernand Braudel, Grammaire des civilisations (1987) Flammarion.
[7] Pour tout dire, le seul manuel scolaire que je connaisse (mais attention je ne prétends pas tout connaître et je suis impatiente que des lecteurs avisés me détrompent) qui fit explicitement mention des apports de la civilisation hébraïque et juive à notre civilisation est celui de Victor Duruy dont j’aime à citer le texte intitulé : « Les Juifs »: “Le mont Sinaï fut consacré par la promulgation de la loi civile et religieuse, et Moïse essaya d’enchaîner son peuple au dogme précieux de l’unité divine par de nombreuses prescriptions qui donnèrent aux lois hébraïques une incomparable supériorité sur les autres législations. Au lieu de la distinction des castes, […] les Juifs eurent l’égalité des citoyens devant Dieu, devant la loi, et, dans une certaine mesure devant la fortune, puisque dans l’année sabbatique et au jubilé, qui revenaient l’une au bout de sept ans et l’autre après 49 années, l’esclave était affranchi, la dette effacée, et la propriété aliénée restituée à son premier maître [d’où les fulminations des prophètes quand les rois ne respectaient pas cette prescription !]. Les chefs des Juifs sortaient du peuple, et si leurs prêtres devinrent comme héréditaires, parce qu’ils durent toujours être pris dans la tribu de Lévi, ils n’eurent que l’hérédité de la pauvreté. Dans le monde ancien où la société reposait sur l’esclavage, les Juifs avaient des serviteurs plutôt que des esclaves. Ailleurs le législateur ne s’occupe ni du pauvre ni de l’indigent, et repousse l’étranger. Ici la loi était partiale pour le pauvre ; elle défendait l’usure, commandait l’aumône [Tsadik, le Juste vient de Tsedaka, la charité, l’aumône, ici considérée comme un droit], prescrivait la charité même envers les animaux, appelait l’étranger au temple et aux sacrifices. Ainsi tout ce que le monde ancien abaissait et repoussait, la loi mosaïque le relevait. Dans cette société l’étranger n’était plus un ennemi, l’esclave était encore un homme et la femme venait s’asseoir dignement à côté du chef de la famille, entourée des mêmes respects ». Victor Duruy (1811 – 1894), Histoire générale (1910, 8ème édition Hachette, p. 47-48)

Afegeix un comentari

Deixa un comentari

L'adreça electrònica no es publicarà. Els camps necessaris estan marcats amb *