Renée Fregosi: “Valls/Macron: les dessous idéologiques de leur affrontement”

Renée Fregosi és una filòsofa i politòloga corsa de la Universitat París-Sorbonne-Nouvelle, que ha recentment publicat l’assaig titulat “Les nouveaux autoritaires. Justiciers, censeurs et autocrates” (Éditions du Moment 2016) que ahir va publicar aqueix article a Le Figaro analitzant la rivalitat entre Manuel Valls i Emmanuel Macron tot i coincidir conjunturalment al moviment En Marche !: “Valls/Macron: les dessous idéologiques de leur affrontament”:

Emmanuel Macron et Manuel Valls s’affrontent à fleurets mouchetés depuis que le premier a pris l’initiative, et réussi son pari fou de gagner la présidentielle. Tous les deux, l’un avec succès l’autre pas, ont brouillé les pistes et ont tu ou travesti leur projet politique pour des raisons électoralistes. À moins qu’eux-mêmes n’aient pas vraiment su où ils voulaient mener le pays, au de-là de l’objectif à court ou moyen terme de la prise de pouvoir.

On avait pu un temps, constater une convergence de la stratégie d’alliance au centre et une divergence quant aux thèmes de la laïcité et de la lutte contre l’islamisme.

Et puis les choses se sont brouillées: Valls pendant les primaires revenant sur sa conception des deux gauches irréconciliables, et Macron élu prenant des positions régaliennes plus tranchées. Mais sur le fond du projet politique à long terme, reste à l’un comme à l’autre de prendre clairement position.

Car face à l’épuisement patent de l’Etat providence et aux dérives politiques violentes, trois options sont grosso modo possibles:

D’une part, l’acceptation néo-conservatrice, plus ou moins cynique ou hypocrite, des inégalités croissantes et du recours à la soupape communautariste.

D’autre part, le déni de réalité des souverainistes de tout poil qui prônent un retour illusoire à l’Etat protecteur.

Enfin, la recherche d’une nouvelle voie à la fois sociale et libérale, pour conserver le double principe de redistribution des richesses et de protection, en l’adaptant à la nouvelle donne capitaliste et démocratique.

Nous constatons en effet la fin de la social-démocratie: celle d’un Etat démocratique et redistributeur, qui à travers les institutions de l’Etat de droit, assure la paix sociale et des transferts réguliers du capital vers le travail, et prélève à la fois sur le capital et sur le travail pour assurer la protection sociale de tous (et donc en priorité des plus démunis) et la performance des infrastructures nécessaires aux entreprises et aux particuliers.

Mais d’une part, le capitalisme n’est plus ce qu’il était. Depuis les années 70 avec la libéralisation des flux de capitaux, la sortie du système de Bretton Woods, les nouvelles technologies et la complexification de la financiarisation capitalistique, les capitalismes productifs nationaux constituent une part toujours moindre du capitalisme mondial et se trouvent de plus en plus soumis aux exigences du capitalisme financier international.

D’autre part, la démocratie politique a poursuivi son développement en touchant de plus en plus de pays à travers le monde à partir des années 80-90 et en donnant une place toujours accrue à la fois aux sociétés civiles et aux droits individuels.

L’Etat s’est donc trouvé doublement déstabilisé: par un manque croissant de ressources financières disponibles au niveau national tandis que le capital redistribuait directement de moins en moins, et par des revendications d’autonomie tous azimuts de la part des citoyens.

Ce qu’il est désormais convenu d’appeler la crise de l’Etat providence qui s’est manifestée depuis les années 80 en Europe et dans certains pays d’Amérique latine, notamment au Venezuela, a alors laissé le champ libre au retour de trois fléaux autoritaires: l’extrémisme, le populisme et le communautarisme.

L’extrême-droite réactualise l’idéologie inégalitariste, le populisme réactive l’illusion nationaliste, le communautarisme remet au goût du jour des solidarités infra-étatiques ; les trois courants convergeant vers une exaltation des conflits identitaires.

La fin des eaux calmes de l’Etat providence appelle donc des capitaines perspicaces et courageux. Mais savoir négocier la vague dans les intempéries ne suffit pas. Encore faut-il connaître la direction du port à atteindre. Certes, les enjeux de court et moyen terme peuvent entrer en contradiction avec ceux de long terme et des alliances conjoncturelles sont toujours nécessaires.

Ainsi, face au danger immédiat du totalitarisme islamiste, le combat laïque doit fédérer au de-là du clivage droite/gauche, et face aux autoritarismes des justiciers, censeurs et autocrates qui prolifèrent aujourd’hui, les libéraux doivent opposer un front uni.

De même sont nécessaires et légitimes les convergences des partisans de l’élitisme républicain et de l’égalité des chances contre un égalitarisme trompeur, comme celles des défenseurs de tous bords d’une culture occidentale démocratique, de l’égalité hommes/femmes ou des libertés individuelles contre le communautarisme. Mais quant au projet global, Emmanuel Macron comme Manuel Valls doivent enfin le formuler.

Alors: social-libéralisme ou communautaro-mondialisme?

Propositions innovantes pour que des Etats coalisés, voire fédérés, et en premier lieu en Europe, reprennent la main sur le capitalisme et parviennent à nouveau à faire bénéficier le plus grand nombre de ses bienfaits? Ou laisser-fairisme sur la pente des inégalités toujours plus grandes et des replis communautaristes pour suppléer aux Etats redistributeurs d’hier?

Mise en œuvre de flex-sécurité dans un cadre co-gestionnaire ou soumission à l’arbitraire erratique des fluctuations du marché et des innovations technologiques?

Libération des énergies individuelles et collectives articulée ou opposée à l’assistance des plus faibles, des plus fragiles, des sans énergie?

Réduction du périmètre d’intervention des Etats compensée ou non par des mécanismes d’investissement d’autres acteurs, privés, mutualistes, coopératifs?

Mais en politique, les manœuvres à courte vue suppléent souvent au manque de visée finale et les discours idéologiques oblitèrent le réel. Et comme les acteurs avancent le plus souvent masqués, l’électeur égaré, s’en remet à ses seuls affects et aux illusions de l’homme providentiel.

Or, il ne s’agit pas de proclamer l’avènement de la nouveauté ou du renouveau et adopter des lois cosmétiques démagogiques pour changer de cap et modifier le cours des choses. Ce sont des prises de positions claires sur le projet de société et l’orientation du système capitaliste, soutenues par des propositions concrètes adéquates et des actions volontaristes qui s’imposent avec urgence.

Qui de Manuel Valls ou d’Emmanuel Macron relèvera le défi du parler vrai cher à Michel Rocard?

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