Frédéric Saint Clair: “Nous ne sommes pas dans un choc des civilisations mais dans une guerre culturelle”

Frédéric Saint Claire és un analista francès en estratègia i en comunicació política, ha publicat l’assaig “La refondation de la droite” ( Éditions Salvator, 2016) i el proppassat 28 de juliol un article a Le Figaro titulat “Jacques Hamel, un cristianisme de combat ?”, analitzant la resposta dels fidels catòlics a l’assassinat ara fa un any del sacerdot Jacques Hamel.

Ahir en va publicar un altre també a les pàgines de Le Figaro titulat “Nous nes sommes pas dans un choc des civilisations mais dans une guerre culturelle”:

“Ni polemos ni stasis pourrions-nous dire, pour employer les termes des philosophes grecs de l’antiquité, les premiers penseurs à avoir abordé ces questions. C’est-à-dire, ni guerre traditionnelle ni guerre civile. Et pourtant, il y a bien un phénomène violent auquel nous sommes confrontés, phénomène qu’il convient effectivement de qualifier de «guerre», par sa nature violente et structurée.

Mais alors, de quelle guerre s’agit-il?

Pour bien comprendre à quoi ressemble une guerre civile, voici quelques courts extraits d’un texte de Thucydide, l’un des premiers historiens de l’Occident: «Les démocrates se mirent à massacrer tous ceux de leurs adversaires qui tombèrent entre leurs mains. Puis ils firent descendre à terre ceux d’entre eux qui avaient consenti à s’embarquer et les tuèrent.

Ils se rendirent alors dans le temple d’Hèra et parvinrent à convaincre une cinquantaine de suppliants, qui acceptèrent de s’en remettre au jugement des tribunaux. Ils les firent tous condamner à mort. […]

Les Corcyréens continuèrent à massacrer ceux de leurs concitoyens qu’ils considéraient comme des ennemis. […] On vit tous les genres de mort possible et la population se porta à tous les excès qu’on peut observer en pareille circonstance, et même au-delà.»

Certes, les guerres contemporaines sont souvent de basse intensité, mais il est presque indécent, au regard de l’histoire des guerres, de qualifier de «guerre civile» ce que nous vivons aujourd’hui en France, qui n’en est pas une, même larvée.

Le mot «terrorisme», à l’inverse, convient parfaitement. Mais il semble que ce terme ne soit pas assez anxiogène ; alors nous sommes tentés de lui chercher un substitut. Parfois nous nous indignons que l’on puisse employer le terme «terrorisme» sans ajouter le qualificatif «islamiste», comme pour accentuer là encore la ligne de fracture entre «nous» et «eux».

Car il faut «nommer l’ennemi», ainsi que nous appelons constamment le pouvoir politique à le faire. Nous croyons faire preuve de clairvoyance en «nommant», alors qu’en réalité nous ne nommons rien du tout: nos caractérisations sont non seulement floues mais mal adaptées à la réalité de la menace.

Nous nous référons régulièrement au Choc des civilisations sans pour autant avoir lu Huntington comme il convient. Cette attitude, qui apparaît comme une tentative d’être subversif, est d’un conformisme affligeant.

Que dit Samuel Huntington dans son Choc des civilisations ? Quelque chose de beaucoup plus subversif que tout ce qu’on lit aujourd’hui. Il dit, en substance, que nous avons les yeux rivés sur le terrorisme islamiste, et sur sa composante politique, le salafisme, mais que le problème est ailleurs. Que tout ce qui occupe notre espace médiatique et le sature n’est qu’un épiphénomène.

La vraie question, et la seule, que presque tout le monde laisse de côté, n’est ni terroriste ni politique, est culturelle.

Huntington dit en effet que dans ce monde nouveau «les grandes causes de division de l’humanité et les principales sources de conflit seront culturelles.»

Cette simple phrase met en cause l’islam de façon beaucoup plus vaste et puissante que ne le pourra jamais l’approche terroriste ou salafiste. Le paradigme civilisationnel offre également une grille de lecture des actes terroristes qui nous permet de disqualifier l’hypothèse de la guerre civile.

Comment? En ancrant le phénomène terroriste dans un sillon culturel plutôt que politique.

L’objectif né de la résurgence islamique n’est pas la prise de pouvoir politique en Occident, le gouvernement de la nation par des voies institutionnelles traditionnelles – comme l’anticipait de façon béatement romanesque Michel Houellebecq – mais la prise de pouvoir psychologique – une forme de domination mentale exercée sur la société civile, et qui la contraint dans tous les aspects de son quotidien: vêtement, habitudes alimentaires, règles de vie, i.e. les mœurs, et plus largement la culture qui se trouve au fondement de la civilisation.

Le terrorisme, compris comme ce qu’il est en réalité: une forme de «guerre psychologique», prend alors tout son sens. La dimension politique de la violence physique exercée sur notre territoire s’efface devant l’objectif culturel généré par cette violence.

L’intention n’est pas de lutter contre le pouvoir politique en place mais de brutaliser les consciences pour provoquer un rejet de l’islam radical violent, et ainsi permettre, par contraste, de faire une place à l’islam radical non violent, à l’islam culturel, dans ce qu’il peut avoir de plus rigoriste et de plus contraire à notre tradition occidentale, et puis à l’islam culturel tel qu’il s’exprime dans toute sa diversité et que nous sommes tentés d’accueillir, toujours par contraste, avec la plus grande bienveillance.

Si le terme de «guerre» doit être employé, Huntington nous incite à la penser en tant que «guerre culturelle». Essentiellement non violente, et s’exerçant par des canaux non conventionnels. Une guerre que nos dirigeants politiques sont incapables de mener – y compris au Front National, qui est leurré comme les autres par l’hypothèse salafiste, c’est-à-dire politique. Une guerre que bon nombre d’intellectuels sont incapables de penser pour des raisons identiques.

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