L’affaire de Creil: els foulards islàmics a l’escola pública francesa trenta anys després.

Avui Le Figaro publica un article retrospectiu del periodista Yohan Blavignat sobre l’affaire dels foulards de Creil, un conflicte de l’any 1989 entre els escolars que van portar el vel islàmic a l’escola pública francesa i les autoritats acadèmiques: “La République laïque face au voile islamique“:

Cette semaine, Le Figaro revient sur l’exclusion, en 1989, de trois collégiennes de Creil, dans l’Oise, qui refusent d’enlever leur voile en classe. Cette affaire a posé les jalons d’un débat intellectuel et politique qui se poursuit encore aujourd’hui, près de 30 ans plus tard.

Une affaire, plus d’une décennie de débats. Tout commence le 18 septembre 1989, au moment où paraissent les Versets sataniques de l’écrivain britannique Salman Rushdie et sur fond de célébration du bicentenaire de la Révolution française. Ce jour-là, plusieurs journaux publient un article relatant ce qui aurait pu rester un simple fait divers. À Creil, dans l’Oise, le proviseur du collège Gabriel-Havez a décidé d’exclure Leila, Fatima et Samira, trois jeunes filles qui refusent d’ôter le foulard qui leur couvre les cheveux en classe.

En quelques jours, et contre toute attente, ce bout de tissu dont personne ne parlait jusque-là est au centre de tous les débats, des journaux télévisés aux différents quotidiens et magazines nationaux, en passant par des passes d’armes entre intellectuels et politiques. Des dizaines de journalistes sont envoyés devant les grilles de ce collège de banlieue parisienne pour rapporter images et témoignages des adolescentes.

Dans un article du 9 octobre intitulé Les tchadors de la discorde, l’envoyé spécial du Figaro relate les propos tenus par les jeunes femmes au cours d’un entretien dans le bureau du principal: «Nous sommes des folles d’Allah, nous n’enlèverons jamais notre foulard, nous le garderons jusqu’à notre mort». Le principal du collège de Creil, Ernest Chénière, justifie son acte dans une lettre adressée aux parents dans laquelle il estime que le voile est une marque religieuse incompatible avec le bon fonctionnement d’un établissement scolaire laïc.

La France fait face à un nouveau débat sociétal avec pour terrain l’école, pour acteurs des enfants et pour toile de fond la religion. Deux camps se font face: faut-il, oui ou non, autoriser le port du voile à l’école publique? La violence des débats le dispute à la cacophonie durant quelques semaines. «En 1989, c’est la première fois que, publiquement, la question du foulard s’exprime de manière conflictuelle en France, explique au Figaro Farhad Khosrokhavar, sociologue et auteur du Nouveau jihad en Occident (Éditions Robert Laffont). Avant cette affaire, on ne parlait pas de l’Islam. À partir de Creil, on se rend compte que le problème religieux, que l’on pensait réglé depuis les années 1960, peut ressurgir et qu’il y a un problème lié à la place des musulmans dans la société française».

Malek Boutih, alors vice-président de SOS Racisme, trouve «scandaleux que l’on puisse au nom de la laïcité intervenir ainsi dans la vie privée des gens, malmener les convictions personnelles». L’association demande la réintégration des trois adolescentes et déclare: «En aucun cas, une sanction ne peut être infligée à des élèves en vertu de leur foi». Lionel Jospin, ministre de l’Éducation nationale, déclare dans un numéro d’équilibriste qu’il faut respecter «la laïcité de l’école qui doit être une école de tolérance, où l’on n’affiche pas, de façon spectaculaire ou ostentatoire, les signes de son appartenance religieuse». Et d’ajouter que l’école «est faite pour accueillir les enfants et pas pour les exclure». Le premier ministre Michel Rocard fait de même en défendant la laïcité et le principe de refus des exclusions.

Le 9 octobre, les trois élèves, Fatima, Leïla et Samira, peuvent retourner au collège à la suite d’un accord entre les parents et l’établissement qui leur permet de mettre leur foulard dès la sortie des cours, et le retirer avant d’y entrer. Mais les jeunes filles sont également tenues de cesser «tout prosélytisme religieux à l’intérieur du collège et de mettre un frein à leur comportement agressif, notamment à l’encontre des élèves musulmans moins stricts qu’elles dans l’application de la loi coranique».

Succession de polémiques

Dans la foulée, chacun cherche des affaires similaires partout en France. À Marseille ou Avignon, des manifestations de soutien virent à l’affrontement. À la suite de l’exclusion de Saïda, le 16 octobre 1989, du lycée professionnel d’Avignon, huit élèves viennent dans l’établissement en arborant un foulard sur la tête. Une des élèves déclare: «Saïda a porté pendant deux ans le tchador au collège, deux mois sans problème au LEP et puis d’un coup les affaires se multiplient en France, et on vire Saïda».

Le 19 octobre, les trois jeunes filles de Creil reviennent avec leur voile en classe, et ne sont donc plus admises en cours. À Montfermeil (Seine-Saint-Denis), le maire Pierre Bernard décide pour sa part d’exclure des maternelles de la commune les enfants d’immigrés, suscitant un tollé au sein des associations antiracistes mais aussi du gouvernement.

Les jours passant, les débats se font de plus en plus houleux. Danielle Mitterrand, l’épouse du président de la République, défend le respect des traditions et demande que les filles voilées soient acceptées à l’école. Une prise de position qui provoque la colère de Marie-Claire Mendès France, présidente de l’Institut Mendès France, qui l’accuse de faire le lit de la «charia musulmane». Au milieu de ce capharnaüm, le Conseil d’État est saisi par Lionel Jospin pour trancher la question.

En novembre 1989, la plus haute juridiction administrative affirme que tant qu’elle ne constitue pas «un acte de pression, de provocation, de prosélytisme ou de propagande», tant qu’elle ne perturbe pas le déroulement des activités, l’expression des convictions religieuses ne peut être interdite à l’école. Les enseignants reçoivent une directive en décembre: à eux de décider s’ils acceptent ou non le voile en classe.

De nouvelles affaires liées au port du voile ont lieu durant les années qui suivent. En 1994, la «circulaire Bayrou» est publiée. Elle fait la différence entre les symboles «discrets» pouvant être portés en classe, et les symboles «ostentatoires» devant être interdits dans les établissements publics. Entre 1994 et 2003, une centaine d’élèves sont exclus de collèges et de lycées publics pour port de voile islamique. Dans un cas sur deux environ, ces expulsions sont ensuite annulées par les tribunaux. La situation est intenable. Chaque proviseur est seul face à sa décision, et les décisions se prennent au cas par cas.

La réponse législative

Finalement, en mars 2004, un projet de loi porté par Jacques Chirac et interdisant les signes religieux ostensibles dans les établissements scolaires est adopté. Concrètement, le voile islamique, la kippa ou les grandes croix sont interdits. Mais les petites croix, les étoiles de David ou les mains de Fatma sont autorisées. Cette loi ne s’applique qu’à l’école, au collège et aux lycées mais pas à l’université et dans d’autres établissements d’études supérieures. En 2013, la première «Charte de la laïcité à l’école», portée par Vincent Peillon, indique dans son article 14 que «le port de signes ou tenues par lesquelles les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit».

Entre-temps, le débat sur le voile s’est déplacé vers l’espace public. En 2010, le Parlement vote une loi interdisant le voile intégral dans les lieux publics dans un contexte socio-politique où la laïcité et la sécurité font débat. La loi du 11 octobre 2010, parfois appelée loi sur la burqa, interdit de «dissimuler son visage» dans l’espace public, notamment à l’aide d’un masque, d’une cagoule ou d’un voile islamiste intégral. Sont concernés la burqa – qui cache entièrement le corps, y compris les yeux derrière un tissu à mailles – et le niqab – qui couvre le visage pour n’en montrer que les yeux. Ici, ce n’est pas le signe religieux qui est mis en cause par le législateur, mais bien la dissimulation du visage qui en découle. Le «hijab» (qui masque la chevelure mais laisse le visage dégagé) ne rentre donc pas dans le champ d’application de cette mesure.

Cette loi a été validée par la Cour européenne des droits de l’homme qui a estimé dans un arrêt que «la préservation des conditions du “vivre ensemble” était un objectif légitime» des autorités françaises, qui disposent à cet égard d’une «ample marge d’appréciation». Selon le minsitère de l’Intérieur, le nombre de femmes qui portaient le niqab en France était estimé à 367 en 2009.

Pour le sociologue Farhad Khosrokhavar, l’affaire des foulards de Creil est «le commencement d’un affrontement entre une majorité attachée aux valeurs républicaines et une minorité conséquente – les musulmans représentent 6 à 8% de la population française – dont une partie se sent méprisée, abandonnée, rejetée. Du voile au burkini, cette minorité tente ainsi de retrouver une identité. En cela, Creil est la première manifestation de l’Islam comme thématique sociale et, par la suite, politique».

Afegeix un comentari

Deixa un comentari

L'adreça electrònica no es publicarà. Els camps necessaris estan marcats amb *