L’islam com a subsistema a la Federació Russa

Hélène Carrère d’Encausse, especialista francesa en història russa, va publicar l’any 1978 un llibre impactant a l’època, “L’empire éclaté. La révolte des nations en URSS”, on previa l’eclosió de l’imperi soviètic i parava especial atenció a les diverses poblacions musulmanes que mantenien un subsistema de valors i formes de vida que el règim comunista va procurar encaixar en l’ordre socialista durant dècades.

Arribat el col·lapse del sistema soviètic l’any 1991 moltes repúbliques que hi estaven federades se n’independitzaren, restant la Federació Russa disminuïda i afeblida havent de fer front a la guerra d’independència de Txetxènia. Vladimir Putin va ascendir al poder l’any 1999 presentant-se davant el poble rus com el restaurador de la glòria perduda tot esclafant amb mètodes estalinistes la resistència txetxena i implantat-hi un sistema islamista fèrriament controlat per clans autòctons addictes a Moscú. El règim autocràtic de Putin s’ha dedicat a mantenir l’esquema de relació entre poder polític rus i subsistema islàmic heretat de l’era soviètica, però hores d’ara l’equilibri va camí d’alterar-se per l’emergència de l’islamisme polític entre la població musulmana.

En aqueixa perspectiva de desafecció de les comunitats musulmanes respecte del poder estatal rus, Nathalie Ouvaroff publica ahir a L’Orient-Le Jour un interessant article titulat “Pourquoi le vote musulman n’est pas acquis à Vladimir Poutine”:

Lors des élections qui se sont tenues depuis la fin de l’URSS, les électeurs musulmans ont massivement participé au scrutin comme en témoigne le taux de participation dans les régions où réside une importante communauté musulmane.

Toutefois, en Russie, comme en France d’ailleurs, il n’y a pas de déterminant islamique dans le choix des électeurs. Ces derniers ne sont pas que musulmans et prennent en compte d’autres facteurs que l’islam avant de mettre leur bulletin dans l’urne. En Russie, depuis la fin de l’époque soviétique, les électeurs musulmans ont partagé leurs suffrages entre le candidat du pouvoir et celui du Parti communiste avec une préférence notable pour le premier lors des élections qui se sont déroulées après la fin de la guerre en Tchétchénie.

Reste que les choses pourraient changer et qu’une partie de la communauté musulmane pourrait s’abstenir cette année. Ce phénomène qui inquiète au plus haut point les autorités s’explique par plusieurs raisons.

L’orthodoxie quasi-religion d’État

Selon la Constitution, la Russie est un pays laïc où l’Église et l’État sont séparés. Pratiquement, le rôle de plus en plus important de l’Église à la fois dans l’État et dans la société, incarnée par le patriotisme orthodoxe, nouvelle idéologie dominante qui au demeurant s’est montrée fort agressive pendant la campagne, n’a pas plu à la communauté musulmane.

Certes, le président sortant Vladimir Poutine a inauguré en 2015 la grande mosquée de Moscou construite en partie grâce à l’argent des monarchies du Golfe, il félicite les musulmans à chaque grande fête et ne perd pas une occasion de les flatter en rappelant « la contribution inestimable de la communauté au développement de la Russie ». Toutefois, ces derniers ne sont pas dupes comme le montre le silence assourdissant des autorités religieuses musulmanes pendant la campagne.

Par ailleurs, l’immixtion du pouvoir dans les affaires religieuses de la oumma au moyen de larges subventions aux institutions coraniques qui forment des imams à « un euro-islam plus ouvert et plus tolérant », alors que les salafistes majoritaires dans le Caucase sont réprimés, a de quoi provoquer la nervosité des musulmans.

La Syrie

D’une part, les musulmans souffrent de l’amalgame avec les terroristes dans leur vie quotidienne. Pour prendre un exemple, lors des contrôles dans le métro, les policiers vérifient exclusivement les papiers de personnes qui n’ont pas le type slave…
Par ailleurs, ils ont été choqués par la passivité de la Russie devant les récents massacres de civils par l’armée de Bachar el-Assad. Si au début ils ont bien pris l’intervention russe qu’on leur a présentée comme nécessaire pour venir à bout de l’État islamique, maintenant que l’EI est éradiqué, ils sont indignés que la Russie, alliée du régime syrien, ne parvienne pas à faire cesser les tueries et imposer un règlement politique au maître de Damas avec la participation des sunnites majoritaires.

Le Tatarstan
La République du Tatarstan qui compte 54 % de musulmans a été déçue par Vladimir Poutine et ne le cache pas. Le statut spécial accordé par l’ex-président Boris Eltsine en 1994 qui conférait au Tatarstan une certaine autonomie dans la gestion de ses ressources (6,4 % de l’ensemble du brut extrait en Russie) ainsi que des bureaux de représentation à l’étranger, statut qui prenait fin à l’automne dernier, n’a pas été renouvelé au grand dam de la population qui y voit une manifestation du Kremlin d’accentuer son contrôle sur la république.

Autre coup dur pour les Tatars, leur langue a perdu son statut de seconde langue obligatoire. Lors d’une visite à Kazan (capitale du Tatarstan) en juillet 2017, pressé de donner son avis sur le statut de la langue tatare, le président Poutine a été catégorique : « Je ne comprends pas la raison pour laquelle on oblige une personne à apprendre une langue qui n’est pas sa langue maternelle (allusion aux Russes du Tatarstan), et j’estime qu’il est également inadmissible de diminuer les heures d’enseignement du russe. » Cette déclaration a été ressentie comme un oukase par les autorités locales. Le 29 novembre, le Conseil d’État de la République du Tatarstan promulguait un décret qui faisait du tatar une langue facultative à raison de deux heures par semaine.

Les républiques caucasiennes

À l’exception de la Tchétchénie tenue par la main de fer de Ramzan Kadyrov, les républiques caucasiennes sont dans une situation économique et sécuritaire désastreuses : radicalisation de la jeunesse, corruption, népotisme, persécution des salafistes accompagnées d’emprisonnements et de destruction de mosquées.

Dans ce contexte, le refus de la commission électorale d’enregistrer la candidature à la présidentielle de Aina Gamzatova, femme du mufti du Daghestan, rédactrice en chef du site « Islam.ru », a été mal perçu par la population de la république, voire par l’ensemble du Caucase qui voyait par ce biais un moyen d’expliquer ses problèmes à la fois aux autorités et au reste de la population.

La visite surprise de Vladimir Poutine au Daghestan, récemment, visite au cours de laquelle, selon son porte-parole, il a rencontré des personnalités de la société civile pour évoquer les problèmes de la petite république, la plus pauvre et la plus peuplée de la Fédération de Russie, doit se comprendre comme une dernière tentative pour calmer les esprits avant l’échéance de dimanche.

Poutine appelle les Russes à se rendre aux urnes dimanche

Le président Vladimir Poutine s’est adressé aux Russes, dans une vidéo diffusée dans la nuit de jeudi à vendredi, pour les appeler à aller voter dimanche lors d’un scrutin pour lequel le Kremlin craint une forte abstention. « Pour qui voter, comment appliquer son droit à un choix libre relèvent de la décision personnelle de chacun. Mais si l’on se soustrait à ce choix, alors ce choix essentiel et déterminant sera fait sans que votre avis ait été pris en compte », a déclaré M. Poutine dans cette adresse diffusée par la chaîne russe RT. « Je suis convaincu que chacun d’entre nous se soucie du destin de notre pays natal. C’est pourquoi je m’adresse à vous en vous demandant de vous rendre dans les bureaux de vote dimanche. Usez de votre droit à choisir l’avenir », a-t-il ajouté. Face à ce scrutin qui semble joué d’avance, le Kremlin craint une abstention élevée qui affaiblirait la légitimité du résultat, et a multiplié les mesures et les consignes pour inciter les Russes à aller voter le 18 mars.

Afegeix un comentari

Deixa un comentari

L'adreça electrònica no es publicarà. Els camps necessaris estan marcats amb *