Jaume Renyer

per l'esquerra de la llibertat

26 de novembre de 2022
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Michel Gad Wolkowicz i Jean-Pierre Winter: Psychopathologie de la détestation d’Israël

Els autors d’aqueix article publicat el proppassat 21 a Tribune Juive són dos psicoanalistes de pretigi a França i des de la perspectiva del seu coneixement analitzen la psicopatologia socio-política que avui hom denomina antisionisme: “L’antisionisme, “cette trouvaille miraculeuse, cette aubaine providentielle”.

L’antisionisme, c’est l’hostilité à l’idée d’un Etat Juif. Pour Vladimir Jankélévitch l’antisionisme est «la trouvaille miraculeuse, l’aubaine providentielle» autorisant des groupes hétérogènes à haïr les Juifs avec bonne conscience. Qu’en est-il de cette hallucinante obsession de la «figure du Juif» – point de fascination autant que point aveugle – dans l’imaginaire collectif, dans le discours contemporain, constitutif de cette paranoïa de masse caractéristique de l’antijudaïsme, qui a abouti à la «solution finale»?

Comment la fétichisation éplorée d’Auschwitz est-elle constitutive de son abstraction, une universalisation mimétique amenant déshistoricisation, désingularisation, dépolitisation et désubstantialisation du réel?

Comment cette quête de rédemption et d’absolution des culpabilités propres à l’Occident aboutit-elle à la diabolisation, à la nazification d’Israëll et à son envers, la production du «nouveau peuple martyr» avec l’image sacrificielle de «l’enfant innocent» palestinien, actualisant une mythologie moyenâgeuse refoulée, celle du meurtre rituel, provoquant ces réactions médiatiques délirantes, assimilant Jenine au ghetto de Varsovie?

L’antisémitisme, selon une rhétorique perverse, se décline sans honte ni pudeur sous le vocable d’antisionisme.  La stigmatisation d’Israël est d’abord l’obsession d’Israël, et l’antisémitisme, selon une rhétorique perverse, se décline sans honte ni pudeur sous le vocable d’antisionisme. Qu’est-ce que ce parasémitisme qui fait de l’existence d’Israël quelque chose d’intolérable et d’irreprésentable? Ne voit-on pas fleurir dans les discours anti-israéliens la projection par l’Europe de ses fautes passées et de certains refoulements cachés dans ses mythes fondateurs? Et si l’Europe ne supportait pas en Israël tout ce à quoi elle a renoncé?

Léo Pinsker écrivait en 1882: «Les Juifs sont le peuple élu par la haine universelle». Le contre-judaïsme paulinien, d’autant plus puissant dans une France déchristianisée qu’il est violemment dénié, notamment dans l’extrême gauche, dénie l’existant-peuple Juif, en réduisant l’identité juive à un signifié religieux. Mais c’est pourtant bien en tant que peuple que les Juifs ont été persécutés et exterminés. La trilogie théologie du mépris, dogme de la souillure, stratégie de la substitution, qui pendant des siècles visait à la condamnation du peuple «déicide», et la substitution du peuple chrétien au peuple juif comme peuple de Dieu, agit de nouveau aujourd’hui, par délégation. Désormais les Européens attribuent tous les éléments symboliques à un autre peuple, fétiche-relique, intronisé comme le peuple originaire, le nouveau visage du martyr chrétien et du réprouvé. À cette figure idéalisée du palestinien, à la fois christique et rebelle, toujours «jeune et innocent», s’ajoute la mémoire de la Shoah dont le poids de culpabilité se voit soudain allégé par la réprobation d’Israël.

Après la guerre, l’Europe avait manifesté de l’empathie pour ces Juifs rescapés, en pyjama rayé, se transformant en cultivateurs d’un lopin de terre aride, et en soldats la défendant contre les armées arabes menaçant de les «jeter à la mer». Puis vint le retour du «temps du soupçon» (Raymond Aron), et la mise en route d’une culpabilité perverse vis-à-vis du peuple Juif. Cette Europe exorcise sa honte dans la haine qu’elle trouve hallucinatoirement à légitimer.

Le lien entre la Shoah et la renaissance d’un État Juif en terre d’Israël n’est pas de causalité, souligne Michaël Bar-Zvi, mais «l’expression de la reconstruction d’une dignité par les armes», la réhabilitation de la guerre contre la disparition, constitutifs d’un droit fondamental. La fétichisation d’Auschwitz, les déviances du devoir de mémoire participent de toutes les inversions imaginaires et substitutions symboliques. Ainsi, une Europe en crise d’identité et de limites, en transfert de culpabilité, ne pardonne pas aux Juifs le mal qu’elle leur a fait, et ne peut penser la «destruction des Juifs» que dans les termes sacrificiels de l’Holocauste, sous le sceau du péché originel. 

Le peuple Juif en fait trop, est trop… Il est En trop! De sorte que si le Juif s’arrache à son statut de victime expiatoire assigné aux «Frontières d’Auschwitz», il est aussitôt diabolisé, et l’Europe n’intègre l’existant-Israël qu’en termes conditionnels humanitaires, de foyer-refuge, de parenthèse dans l’Histoire. Ses fondements symboliques, historiques, éthiques, politiques, spirituels se trouvent ainsi déniés. Il en résulte que tout ce que l’État d’Israël entreprendra en tant que Nation souveraine assumant sa défense et celle de ses citoyens sera condamné, accusé de réactions toujours disproportionnées: le peuple Juif en fait trop, est trop… Il est En trop! Il s’agit que le conflit israélo-palestinien réintroduise la question de la faute première, le péché originel de la naissance de l’État d’Israël.

Le nom de Shoah est devenu aussi sacré que celui d’Israël est maudit. Voilà l’Europe, honteuse, peureuse, en quête de rédemption expiatrice, qui s’est débarrassée de la plus grande partie de ses Juifs, mais n’est pas vaccinée contre son antisémitisme, qui plaint les Juifs exterminés, mais n’accepte pas le citoyen ordinaire d’une nation. La sacralisation de la Shoah, qui garantit à l’Europe qu’elle sera protégée des atteintes du réel, exile le Juif de lui-même et participe de son occultation comme peuple et du sens originaire du sionisme: assumer son destin collectif. Le devoir de mémoire, en faisant d’Auschwitz un symbole universel ouvrant à l’abstraction et à la rivalité mimétique meurtrière, et donnant de surcroît l’occasion à la repentance de jouir esthétiquement d’elle-même, ne reconnaît dans le Juif que la victime: le sionisme ne peut alors qu’être un scandale car il se propose d’apporter une issue politique rejetant la condition victimaire. Le nom de Shoah est devenu aussi sacré que celui d’Israël est maudit, avec un débat récurrent ahurissant sur la question du droit de celui-ci à exister «dans des frontières sûres et reconnues», dont l’automatisme de répétition semble bien avoir valeur de dénégation.

 «Nous pardonneront-ils le mal qu’ils nous ont fait? », se demandait déjà un psychiatre israélien dans les années 60. Le monde, dont le questionnement avait accouché de «La destruction des Juifs d’Europe»(R.Hilberg), chercherait-il à transférer sa culpabilité, à se fabriquer une innocence et l’assurance de son propre salut, en (se) projetant indéfiniment le spectacle de la «faute» et de la déshumanité d’Israël? «La repentance donne des gens qui s’excusent des crimes passés pour se défausser des crimes présents», écrit Pascal Bruckner. Pourquoi cette passion antisémite, unissant «les prêcheurs de haine et les prêcheurs de honte», avec le déni de la dette, morale, intellectuelle, et symbolique, à l’égard du Judaïsme et du peuple Juif, qui produit l’obsession de l’Europe à l’effacer? 

Dans “L’Homme Moïse et la religion monothéiste“, Freud interroge tout à la fois le «caractère» d’un peuple et ce qui prédispose chez l’autre à la haine antisémite, caractérisée par la haine du Nom. Aucun peuple n’existe ex-nihilo, incarnant l’origine. En revanche, il peut et doit se construire dans l’histoire, dans l’appropriationconflictualisante d’un héritage, de filiations diverses, dans un projet qui lui est propre, assumant dette, gratitude, castration symbolique et libre-arbitre. L’idée qu’un peuple aurait par essence un accès privilégié à l’être, qu’il empêche les autres d’avoir, c’est cette place que le peuple juif occupe aux yeux de ceux qui lui en veulent. L’effet Moïse, c’est l’opération anti-idolâtre ouvrant au champ de la métaphore, à l’indéfini de la pensée, à une liberté responsable.

Le Judaïsme en tant qu’il horrifie l’identité totalitaire, puisque l’identité consiste précisément en la recherche infinie de sa question et fait éclater les stéréotypes aliénants, par l’humour notamment, est un authentique objet de haine chez les tenants du sans-limites et du narcissisme absolu. L’anti-judaïsme est une religion intégriste.

Qu’en est-il de cette éthique de vérité psychique qui provoquerait chez les autres un tel ressentiment? L’étrangeté des Juifs vient de ce qu’ils ont intériorisé l’idée que l’identité est une chose vaine si elle n’est pas accompagnée de la différence. Que tout ce qu’on transmet est voué à se déformer, à se tordre, d’angoisse ou de rire. Figure d’ordre paternel, le Juif semble sans cesse rappeler que la différence des générations et des sexes est fondamentale. La judéophobie c’est la peur que le sujet anti-juif a de son propre refoulé, qu’il transfère sur le Juif, celui qui renouvelle son refus de la grâce chrétienne comme de la soumission islamique. Le Juif est un point noir ou une entame irréductible dans l’origine immaculée du christianisme, et dans la totalisation de l’Ouma islamique.

Cette nouvelle judéophobie. L’antisionisme devient la solution d’un paradoxe : un anti-sémitisme dénégatif. Selon Pierre-André Taguieff, la nouvelle judéophobie n’est pas moins redoutable que le vieil antisémitisme, mais elle ne doit rien à la définition raciale diabolisant les Juifs en tant que Sémites. Elle se constitue autour d’un noyau idéologique bien rationalisé: la haine des Juifs, alors portée par l’antisionisme passionnel, démonologique, au regard de la religion universelle, accuse aujourd’hui les «sionistes» d’apartheid, de colonisation, de génocide.

«La solution finale» était l’aboutissement d’une généalogie de la pensée, et d’une volonté de destruction des référents symboliques. Le camp de Belzec a illustré d’emblée la volonté nazie d’effacer les traces de la destruction des Juifs d’Europe. Le négationnisme n’était pas seulement une conséquence du crime, mais en constituait fondamentalement la finalité. Il ne concernait pas seulement la réalité de l’extermination, de son projet, mais était au fondement-même du délire des origines et de filiation des nazis. Faire disparaître les traces du massacre, c’était faire disparaître les Juifs, effacer l’existence même du peuple juif dans l’Histoire de l’Humanité, anéantir une antériorité, concomitant au fantasme d’auto-engendrement. Le révisionnisme et le négationnisme institutionnalisés sont consubstantiels à l’anti-judaïsme, à la déshumanisation de l’autre, et au génocide. Seul cet effacement réaliserait chez les Allemands nazis le fantasme d’incarner l’origine associé au fantasme d’éternité. Ainsi s’est substitué à la guerre le massacre de masse, dont la radicalité consiste en ce que les morts et les mots ne soient jamais assez disparus. L’expérience du déshumain se joue là, au moment où est perdue toute ressemblance, toute possibilité d’un semblable-différent. La démolition d’un homme (Primo Levi), cela signifie que les apparences qui permettaient la reconnaissance sont défaites.

Ce peuple symboliserait-il ce qui résiste à l’idéal – Les Juifs ayant une façon bien à eux de maintenir béante la question de la transmission -, à l’universel mimétique et à la toute-jouissance narcissique, avec sa façon bien à lui de maintenir ouverte la question de la transmission? On pourrait souhaiter que chaque peuple conquière sur lui-même cette capacité de s’inventer régulièrement. Étrangeté d’un peuple qui s’invente un Dieu pour le combattre, qui se donne comme destin de combattre le destin, y compris celui qu’il s’est donné, assumant l’identité comme une construction toujours en devenir: c’est Jacob advenant Israël. La subjectivation participe de l’universel du singulier, un universel qui n’a pas besoin de se répandre sur toute la surface de la terre, mais qui est partageable pour tout un chacun, dans son propre dialecte, avec ses propres références. L’État d’Israël, en décidant de l’échange inégal (Guilad Shalit contre 1027 terroristes) assume la décision d’une éthique de l’Un, de l’unique, de cet universel du singulier, par cet acte qui relève de l’éthique d’un peuple. L’importance que les Juifs accordent à la valeur de la vie, leur croyance qu’ils partagent un sort commun et leur fort sentiment de responsabilité mutuelle, la visibilité de cette éthique, s’avèrent porteuses de scandale, scandale de la subjectivité juive face aux artéfacts et aux stéréotypes objectivistes. Là réside le paradoxe de l’antisémite qui, en donnant un prix infini au Juif (cf. l’enlèvement d’Ilan Halimi) ne fait qu’augmenter sa honte, son humiliation, sa haine et donc son investissement dans la destruction plutôt que dans l’identification et la transmission conflictualisables. Peu importe quelle instance aura finalement le contrôle de la Cité de David. Il importe essentiellement que le peuple juif en soit dépossédé et que l’État d’Israël, objet d’une stigmatisation méthodique, en soit découronné. 

La doxa médiatico-diplomatique désigne Israël comme l’essentiel responsable des manques-à-être, et des troubles dans le monde. Une manipulation symbolique construit l’innocence en miroir de la déshumanité d’Israël. On comprend qu’Israël, Etat-nation florissant, puisse tourmenter la conscience européenne et lui renvoyer l’image de sa démission mégalomane du principe même de la question du lien dialectique et conflictualisable de l’identité, de l’appartenance, de la filiation et de l’héritage. Alors, l’hypocrite «droit à la critique légitime du gouvernement israélien» prétend s’y substituer. Le sionisme, une uchronie, avant tout une façon d’être, refusant le sacrificialisme en même temps que l’incarnation de la judéité dans le seul État, a relevé le gant de l’historico-politique à un moment où le peuple Juif était voué à la disparition. Celui-ci, rejetant la condition victimaire, incarne au contraire un mouvement d’émancipation, d’auto-détermination, de souveraineté, alors que la détestation d’Israël rejette la légitimité de l’État d’Israël en tant qu’État du et pour le peuple Juif, en tant que sujet de l’Histoire et de son histoire, engagé à mériter la terre promise par le travail de culture, celui physique respectueux de cette terre, et celui du progrès de l’esprit sur cette terre. L’antisionisme manifeste l’omniprésente représentation de la liquidation nécessaire du peuple juif, objet étrangement inquiétant d’un présent réminiscent d’un passé anachronique. Que signifie «Sortir d’Égypte»? Qu’est-ce qu’une vocation, sinon ce qui médiatise liberté et destin ?

  1. La finalitat de tot aquest discurs pseudofilosòfic no pot ser més intel·lectualment deshonest: fer callar tota crítica a l’estat i el govern israelians, en tant que irremeiablement antisemita. Com, suposo, han de ser considerades aquestes meves paraules. Però les injustícies i els abusos s’han de denunciar vinguin d’on vinguin, fins dels teus. És tan senzill com això.

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