Jaume Renyer

per l'esquerra de la llibertat

8 d'abril de 2016
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Bernie Sanders, un jueu antisionista, aspirant demòcrata a la presidència dels EUA

L’aspirant a candidat demòcrata a la presidència dels EUA, Bernie Sanders, va deixar anar ahir que l’exèrcit israelià ha assassinat més de deu mil innocents a Gaza en els darrers deu anys, unes xifres que superen de llarg les que declara el mateix Hamàs.

Avui, ha matitzat l’afirmació dient que els periodistes l’havien mal interpretat, sense retractar-se’n (com li demanen columnistes de la premsa israeliana) de l’argument de fons: Israel és l’agressor i principal causant del conflicte amb els àrabs palestins. Tota una declaració d’intencions i un avís de quina serà la seva posició envers l’estat hebreu si arriba a ésser elegit president dels Estats Units.

Bernie Sanders, és d’origen jueu, va visitar -fugaçment- un kibbutz quan era jove i ara, en la seva senectud, reprodueix en versió nordamericana tots els tòpics de les esquerres europees que semblen innovadors als ulls dels seus votants. Un dels quals és l’antisionisme banal, allunyat de la realitat i de la consciència del moment històric que passen les societats obertes occidentals amenaçades per l’islamisme que aspira a l’hegemonia mundial.

Com molts jueus d’esquerres, Sanders defuig de la identitat nacional jueva (sense arribar a l’autoodi, com Noam Chomsky) i tracta Israel com un estat aliè, aparentant ignorar que és la garantia de supervivència d’un poble encalçat pels genocides d’ahir i d’avui. Si Obama ha estat un president hostil a Israel,  Sanders pot superar-lo per haver de demostrar que n’és procliu en un món on predomina globalment la judeofòbia.

Post Scriptum, 8 de juny del 2016.

Michael Laitmann, un erudit estudiós de la tradició mística del judaisme, publica aqueix article abans d’ahir al seu bloc al The Times of Israel titulat “Pourquoi Bernie Sanders déteste Israël“:

Nous n’avions pas besoin que Bernie Sanders choisisse Cornel West, partisan du BDS et détracteur d’Israël pour participer à la plate-forme démocratique, pour savoir comment il se sent à propos d’Israël.

En mai 1985, alors que Sanders était encore maire de Burlington, VT, il a invité son compatriote (juif) anti-Israël, Noam Chomsky, pour faire un discours à la mairie. Sanders n’a pas protesté quand Chomsky a déclaré nonchalamment qu’« Israël ne voulait pas d’un règlement politique » au Moyen-Orient, ou quand il a affirmé qu’Israël a servi de meurtrier « substitut » pour les États-Unis et a effectué des massacres en masse « en Afrique, en Asie, et principalement en Amérique latine », où, selon Chomsky, Israël a massacré « des milliers, voire des dizaines de milliers de personnes » au Nicaragua.

Avec un tel dossier à l’esprit, personne ne devrait être surpris que Sanders estime qu’Israël a tué « plus de 10 000 personnes innocentes » dans le dernier conflit de Gaza, alors que même les évaluations des pertes les plus élevées du Hamas s’élèvent à un quart de ce nombre.

Du marginal au courant dominant

Si dans les années 1980, Sanders et Chomsky étaient quelque peu une espèce rare des principes de l’époque, aujourd’hui ils font partie du courant dominant. Sidney Blumenthal, par exemple, l’aide et proche associé des Clinton, n’est pas plus que Sanders un défenseur d’Israël.

Et si vous regardez les échelons supérieurs de la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), vous trouverez beaucoup de juifs et d’anciens Israéliens parmi eux. La Voix juive pour la paix (JVP) est un autre exemple flagrant d’organisations juives visant à dénigrer et à diaboliser Israël.

Tout au long de l’Histoire, le peuple juif a vu d’autres juifs se retourner contre leur propre peuple. Le chef d’état-major de Titus, Tiberius Julius Alexander, qui était le neveu de Philon et dont le père avait fait don des portes dorées du Temple, commanda à la fois la destruction de Jérusalem et le massacre de 50 000 membres de sa communauté juive originaire d’Alexandrie. Au XVe siècle, Tomás de Torquemada, d’origine juive, a été le premier Grand Inquisiteur de l’Espagne, et l’architecte de l’expulsion des juifs d’Espagne.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il y avait des juifs qui ont combattu et espionné pour l’Allemagne nazie. L’assistant personnel de Staline, Alexandre Poskrebychev, était un juif et l’a aidé à tout, y compris dans son plan à exiler en Sibérie tous les juifs de Russie.

On dit que les juifs sont uniques, mais ce dégoût profond de soi est non seulement unique, il est également très dangereux.

Parias dès le départ

Dès le début, nous, les juifs, étions différents. Même à l’époque où nous étions appelés « Hébreux », nous vivions selon différents codes moraux et sociaux. Alors que le reste des nations vivaient par la force des armes, les anciens Hébreux exerçaient l’amour fraternel et essayaient d’aimer leur prochain comme eux-mêmes. Et tandis que le monde encourageait l’individualisme, les Hébreux favorisaient l’altruisme.

Nos ancêtres étaient une « bande » éclectique. Ils ne venaient pas d’une tribu ou d’une localité spécifique, mais formaient un groupe d’individus pour qui miséricorde et amour fraternel étaient les principes de vie.

Contrairement à leurs contemporains babyloniens et cananéens, ils ne cherchaient pas à se battre ego contre ego pour voir qui gagnerait. Ils étaient originaires de sociétés semblables et ne voulaient plus vivre de cette façon. Au lieu de cela, ils ont reconnu que l’ego, qu’ils ont nommé « mauvais penchant », est en effet malfaisant, qu’il est un trait inhérent (« le péché est tapi à la porte »), et que la seule façon de le surmonter est de le couvrir par l’amour. Pour reprendre les paroles du roi Salomon (Proverbes, 10:12) : « La haine excite les querelles, et l’amour couvre tous les crimes. »

Certes, il est difficile d’aspirer en permanence à corriger notre ego et à aimer notre prochain comme nous-mêmes. Dès le début, certains juifs ne pouvaient pas vivre à la hauteur de cet idéal et ont abandonné cette croyance. En fait, après l’exil en Babylone, la majorité des juifs ont abandonné leur foi et se sont mêlés aux nations. Quelques-uns sont retournés en terre d’Israël et sont devenus le peuple juif que nous connaissons aujourd’hui. Ce sont eux qui furent chargés de transmettre l’idéologie de leurs ancêtres : à savoir que « l’amour couvre tous les crimes » est le mode de vie approprié, et que « tu aimeras ton prochain comme toi-même » est le grand klal (loi globale) de la Torah, la loi juive.

Naissance de l’antisémitisme

Quand les juifs restant en Israël sont tombés dans la haine sans fondement, ils n’ont pas pu garder leur unité, le Temple a été détruit, et ils ont été dispersés dans les communautés en exil. Il semblait dans l’ordre des choses que celui qui avait ruiné le Temple, Tiberius Julius Alexander, fut lui-même un juif.

Peu après la destruction du Temple, l’antisémitisme sous sa forme plus contemporaine de fausses histoires de meurtre, de théories de complot, et d’accusations de déloyauté, a commencé à prévaloir dans l’attitude des nations envers les juifs. Au mieux, l’aristocratie les tolérait pour leur expertise économique et financière. Au pire, ils étaient chassés ou massacrés.

Dépourvus de la capacité de vivre en respectant la doctrine qu’ils avaient eux-mêmes générée, les juifs sont devenus aussi égoïstes que les habitants de leurs pays d’accueil, et un grand nombre d’entre eux ne pouvaient pas comprendre pourquoi ils devaient continuer à être fidèles à leur religion. Ces juifs assimilés sont devenus les ennemis les plus féroces de notre nation, gardant une rancune profonde envers leur famille. Ils savaient être destinés à être « une lumière pour les nations », mais ils ne voulaient pas être le peuple élu et nourrissaient du ressentiment envers le monde qui attendait d’eux qu’ils soient différents, alors qu’en fait ils ne l’étaient pas, et qu’ils agissent avec plus d’éthique que d’autres.

Les antisémites qui ne sont pas juifs l’ont relativement belle ; ils détestent simplement les juifs et ils ont rarement besoin de le rationaliser. Les antisémites juifs ont la vie beaucoup plus difficile : ils se sentent constamment obligés de justifier à leurs propres yeux et à ceux du monde la raison de leur haine envers leur propre peuple.

Ce faisant, ils perpétuent et augmentent la désunion juive, nous éloignant de la fraternité qui nous avait initialement propulsés en tant que nation. Et quand nous ne pouvons pas réaliser cette fraternité, nous ne pouvons pas être « une lumière pour les nations » dont la haine envers nous s’intensifie. Ceci est la raison pour laquelle les pires calamités accablent les juifs dans les pays où ils sont le plus assimilés et le moins unis, comme en Espagne, et plus tard en Allemagne.

Conclusion

Bernie Sanders n’est qu’un exemple. En vérité, nous portons tous en nous un élément qui s’insurge contre notre origine et s’objecte à nous laisser accomplir notre tâche. Tout comme nos ancêtres, nous devons tous surmonter nos ego et ainsi nous unir. Si nous gardons en nous cette partie qui hait les juifs, elle prendra le dessus, la séparation entre nous augmentera, et la haine des nations envers nous grandira encore plus.

Plus le monde plonge profondément dans l’égoïsme débridé, plus il a besoin d’une méthode pour y faire face, et plus il va se retourner contre les juifs. Comme nous sommes les seuls à avoir eu autrefois un moyen efficace de travailler avec l’ego – en le surmontant pour nous unir au lieu d’essayer futilement de l’écraser, le monde va nous blâmer pour ses malheurs, sans comprendre que son seul désir est que nous nous connections et donnions l’exemple de l’unité.

Bien que nous ne soyons pas en mesure de changer nos Bernie Sanders à l’extérieur ou à l’intérieur, nous pouvons les utiliser comme des rappels de notre tâche : nous unir en couvrant notre haine par l’amour, afin de servir d’exemple au monde. Nous sommes redevables au monde pour notre méthode unique de connexion. Jusqu’à ce que nous la partagions, nous resterons les parias du monde, que nous soyons socialistes ou capitalistes. Notre chemin vers la liberté ne réside pas dans la haine entre nous ni par notre lien avec le monde ; il se trouve d’abord dans notre amour les uns pour les autres, et ensuite dans notre lien avec le monde.

Post Scriptum, 27 de juliol del 2016.

Bernie Sanders ha guanyat autoritat moral després de la filtració de les martingales de l’aparell del Partit Demòcrata per apuntalar Hillary Clinton com a candidata. Sense importar altra cosa que les dèries del progressisme europeu apareix com un home honest en contrast amb la impostora que ha de jugar la carta de ser dona com a últim argument per intentar evitar la seva fallida davant Trump.

Significatívament en el desig d’apropiar-se de l’esperit de la campanya de Sanders la consort de l’ex-president Clinton ha assumit l’antisionisme que impregna la militància demòcrata i que escenifica amb banderes palestines i la crema de banderes israelianes la deriva de la seva candidatura, imitant també en això el desastre de l’esquerra europea.

Post Scriptum, 15 de novembre del 2016.

Avui Vilaweb enllaça un vídeo on Bernie Sanders explica les raons per les quals, al seu parer, Donald Trump ha guanyat oblidant-ne una de fonamental, sense cap autocítica per part seva, consistent en el rebuig al model de l’esquerra europea en declivi que el mateix Sanders personificava.

Post Scriptum, 8 de maig del 2017.

Bernie Sanders ha fet una ferma defensa d’Israel en un interviu a la cadena televisiva Al Jazeera oposant-se al BDS contra l’estat hebreu que ha sigut acollida favorablement per The Times of Israel en la seva edició d’ahir.

Post Scriptum, 3 de març del 2020.

Alex Joffe va pubklicar el proppassat 26 de febrer als Perspective Papers, número 1460, editats pel BESA Center, aqueix report dedicat a “Sanders, AIPAC, and Israel”.

Post Scriptum, 17 de maig del 2021.

Com era previsible Bernie Sanders s’ha afegit a blasmar Israel fent costat als genocides que volen exterminar el poble jueu, al qual pertenyien els seus ancestres, però l’autoodi el fa abraçar l’antisionisme com a identitat prioritària, un eminent intel·lectual jueu, Jerold S. Auerbach, el retrata en aqueix breu apunt d’avui a The Times of Israel: Bernie’s bile:

Senator Bernie Sanders, the son of a Polish immigrant father, grew up in Brooklyn and spent a summer working on a kibbutz. That experience seems to have been formative, not only stoking his left-wing politics but poisoning his view of Israel.

His recent column in The New York Times (May 15) lays bare this noxious mixture, also known as Jewish self-hatred, that drives him to castigate Israel. He begins with the commendable, if obvious, affirmation: “Israel has the right to defend itself.” But he quickly segues to the question: “What are the rights of the Palestinian people?”

That leads him to Sheikh Jarrah, a prosperous neighborhood located just north of Jerusalem’s Old City. It has become the spark igniting waves of violence sweeping through Jerusalem, spreading across Israel and triggering a fusillade of rockets from Hamas in Gaza. According to the Sanders narrative, Palestinian families in the Jerusalem neighborhood of Sheikh Jarrah “have been living under the threat of eviction for many years, navigating a legal system designed to facilitate their forced displacement.” Blame falls on “extremist settlers” who “have intensified their efforts to evict them.” But these “extremist settlers” are Yemenite Jews who want their property returned.

Sanders’ indictment provides a classic example of ideology obliterating truth. The four Palestinian families in Sheikh Jarrah who now face “expulsion” from “their” homes are living on Jewish-owned property in a neighborhood that is the site of the tomb of a renowned Jewish High Priest in the Second Temple era. In 1876 Jews purchased the burial cave and adjoining land, where Yemenite Jewish immigrant families lived until the property was seized by Arabs during Israel’s Independence War. He is oblivious to the 1970 Israeli law that allows Jews to reclaim East Jerusalem property owned by Jews before their forced eviction in 1948.

In Sanders’ warped view “extremist settlers” are to blame for the current eruption of violence. These evictions, he claims, are part of “a broader system of political and economic oppression” that includes “a deepening Israeli occupation” – of Judea and Samaria, the Biblical homeland of the Jewish people – and “a continuing blockade on Gaza that make life increasingly intolerable for Palestinians.” He ignores the current fusillade of Hamas rockets from Gaza.

In Sanders’ contrived “reality” Israel ranks among “similar authoritarian nationalist movements” that “exploit ethnic and racial hatreds in order to build power for a corrupt few.” Americans, he insists, must cease to be “apologists for the right-wing Netanyahu government and its undemocratic and racist behavior.” In his closing, now familiar, American refrain for oppressed minorities, he insists: “We must recognize that Palestinian rights matter. Palestinian lives matter.” In translation, Palestinians are the new Black Americans, oppressed by white racists — also known as Israelis.

The anti-Israel virus seems to have spread from The New York Times to the Los Angeles Times. According to the myopic vision of Palestinian journalist Daoud Kuttab, Palestinians have been fighting against a population replacement policy in Sheik Jarrah that is illegal under international law. A “one-sided Israeli legal system” allows Jews to settle in homes that they can claim to have at one time been Jewish. Kuttab is oblivious to the reality that these homes were indeed owned by Jews who were driven out by Arabs during Israel’s Independence War.

But Daoud Kuttab cannot match Bernie Sanders, who betrays his own people with his Israel-bashing diatribe. The New York Times, which denigrated Zionism and opposed Jewish statehood because its Sulzberger publishers were fearful that as American Jews they might be accused of divided loyalty, is the perfect forum for him. Sanders’ left-wing dogma has led him to defile the Jewish state and, in the process, demean himself.

Post Scriptum, 19 de juny del 2021.

Natan Sharansky i Gil Troy, van publicar aqueixa reflexió punyent al setmanari nord-americà Tablet el proppassat 16 d’aqueix mes, que el bloc francès Terre des Juifs ha traduït: “Les alter-juifs. La tentative juive d’annuler Israël et le peuple juif“.

En mai, lorsque des Israéliens ont été attaqués par des missiles du Hamas depuis Gaza, les critiques de certaines voix au sein de la communauté juive américaine ont semblé non seulement plus intenses, mais catégoriques, passant très rapidement à la mise en cause de ce qu’Israël a fait à ce qu’est Israël. Dans de nombreuses cathédrales d’État bleues (couleur démocrate), il ne suffisait plus que les critiques se disent « pro-israéliens » et « pro-paix » ou affirment leurs références sionistes tout en fustigeant Israël pour des méfaits réels ou supposés. Faisant écho au discours sur la justice sociale, des dizaines de chercheurs en études juives et israéliennes ont défini le sionisme comme « un ensemble diversifié d’idéologies ethnonationalistes liées… façonnées par les paradigmes coloniaux des colons… qui présupposaient l’idée d’une hiérarchie entre les civilisations » et « ont contribué à des systèmes injustes, durables et insoutenables de suprématie juive », tandis que la l’Association des étudiants juifs en Droit de CUNY (Université de New York) a exigé de manière concise « un droit palestinien au retour, une Palestine libre et juste du fleuve à la mer, et la fin de la Nakba en cours ». Ce langage déniait effectivement la nécessité d’un État juif, déclarant ainsi la guerre non seulement à l’existence d’Israël mais au judaïsme moderne tel que nous le connaissons.

Au sein de la communauté juive américaine, cette montée de l’antisionisme vise ouvertement le large consensus sioniste que le monde juif a développé après la Shoah et la fondation de l’État d’Israël, ainsi que le consensus sur le droit à l’existence après les années 1990, embrassant la cause d’Israël et l’expérience sioniste en tant qu’élément central et structurant de la vie juive et principaux ciments de construction identitaire. Certes, les Juifs antisionistes sont une petite fraction de la communauté juive américaine, largement dépassée en nombre par les sondages montrant que 70 à 80 % de la communauté juive américaine soutient l’existence d’Israël en tant qu’État juif. Mais à une époque où 85 % des Juifs américains disent aussi qu’il est « important » ou « très important » pour eux de « défendre les marginalisés ou les opprimés », il n’est pas étonnant que pour de nombreux Juifs américains, en particulier ceux qui occupent l’espace public, Israël soit devenu le boulet et la chaîne au pied qui met en danger leur statut de bons progressistes. Il n’est pas, non plus, surprenant que cette menace pour leurs identités chéries de « progressistes » se heurte à une fureur correspondante qui ne laisse aucune place à un argument raisonné sur des politiques ou des actions israéliennes spécifiques.

Les antisionistes savent exactement ce qu’ils font et ce qu’ils détruisent. Ils essaient de démêler le judaïsme du nationalisme juif, le sens du peuple juif, tout en annulant des décennies de construction identitaire. En répudiant Israël et le sionisme, des centaines d’employés juifs de Google ont rejeté ce qu’ils appellent « l’amalgame entre Israël et le peuple juif ». Les voix enflammées des opposants juifs à Israël et au sionisme sont à leur tour amplifiées par une superstructure progressiste militante qui pose maintenant un verrou idéologique sur le discours dans les universités américaines, l’édition, les médias et les professions qui respectaient autrefois l’accent porté par la communauté juive américaine sur le sionisme américain, les constructions du peuple axées sur l’identité juive.

Nous appelons ces critiques des « non-juifs » (ou des négateurs de leur judéité) parce qu’ils croient que la seule façon de remplir la mission juive de sauver le monde avec les valeurs juives est de défaire la manière dont la plupart des Juifs fondent leur judéité. Ce ne sont pas des ex-juifs ou des alter-juifs, car beaucoup d’entre eux sont et restent profondément ancrés dans le judaïsme, malgré leur grave dissidence. De nombreux de ces alter-juifs sont actifs dans des formes de leadership juif, dirigent des départements d’études juives, parlent depuis des chaires rabbiniques, organisent des dîners de Shabbat. Pour beaucoup de ces alter-juifs, la mise en scène publique et communautaire de leurs croyances anti-israéliennes et antisionistes semble être l’insigne d’une forme supérieure de judaïsme, dépouillé de son bagage « ethnocentrique » et « colonialiste » peu recommandable et contraire à l’éthique.

En lançant cette tentative, ces antisionistes rejoignent une longue histoire de ces Juifs de la haine de soi, qui se sont frayés un chemin au plus profond de la tradition et ont tenté d’affaiblir idéologiquement l’identité juive de l’intérieur en annulant un pilier central de l’identité juive contemporaine, dans le cadre de ce que ils s’imaginent être un engagement plus large pour la libération du monde. Ce phénomène des alter-juifs a émergé le plus radicalement chaque fois que les Juifs ont cherché à se joindre à des non-Juifs pour faire avancer les idées typiquement juives d’amour fraternel, d’égalité et de justice sociale, détachés de leur contexte juif et de leurs systèmes de livraison juifs (historiquement, le plus triomphant de ces mouvements non-juifs étant le christianisme).

Il y a un siècle, alors que le sionisme était encore un mouvement marginal et qu’il n’y avait pas d’Israël, les Juifs avaient néanmoins un sens aigu de la solidarité juive, du peuple. La base de ce dont nous nous souvenons comme le shtetl était la kehilla, la riche infrastructure communautaire juive multidimensionnelle.

Ces Juifs qui voulaient rejoindre la révolution communiste mondiale pour changer le monde ont estimé qu’ils devaient faire leurs preuves en dénonçant leur peuple vivant encore dans leurs shtetls, leurs petites communautés juives cloîtrées. Un archétype de ce radicalisme juif était la marxiste allemande Rosa Luxemburg.

Emportée par ce que l’on pourrait appeler la théorie critique des classes de son époque, voyant le monde entier à travers le prisme marxiste de la lutte des classes dans l’espoir d’apporter l’égalité à tous, Luxemburg, comme de nombreux Juifs de son époque, était heureuse de se débarrasser de son particularisme pour réaliser sa vision universelle.

En 1917, son amie Mathilde Wurm pleure les pogroms menaçant leurs compatriotes juifs. « Je n’ai pas de place dans mon cœur pour la souffrance juive », s’est exclamée Luxemburg . « Pourquoi me harcelez-vous avec des problèmes juifs ? Je me sens plus proche des misérables victimes des plantations d’hévéas de Putumayo ou des Noirs en Afrique… Je n’ai pas de coin séparé dans mon cœur pour le ghetto. Certains radicaux considéraient même les pogroms et autres explosions de dénigrement des Juifs comme des chapitres nécessaires de la « lutte des classes » – la naissance violente d’un monde nouveau et meilleur.

Ces Juifs suivaient les indications de Karl Marx lui-même. Dans son tristement célèbre essai de 1843 « Sur la question juive », Marx, le petit-fils d’un rabbin, a écrit : « Quelle est la religion mondaine du Juif ? Marchander. Quel est son Dieu mondain ? L’argent… En dernière analyse, l’émancipation des Juifs est l’émancipation de l’humanité du judaïsme.

Exécutée par des anticommunistes allemands en 1919, Luxemburg n’a pas vécu pour voir ce qui s’est passé lorsque ses nobles idées sur l’égalité ont été diffusées brutalement, sans idéaux d’équilibre, par des dictateurs et des États policiers. Alors que le communisme soviétique est devenu plus répressif après la révolution bolchevique, il a naturellement recruté des alter-juifs pour tourmenter leurs anciens coreligionnaires. L’Evreyskaya Sekcia – la section juive du Parti communiste – s’est particulièrement réjouie de libérer les Juifs des entraves de la religion, du peuple, de la communauté, de la tradition. Estimant que leurs communautés traditionnelles étaient aussi lourdes pour eux, à peu près de la même manière que les Juifs Woke pensent qu’Israël est un fardeau pour eux aujourd’hui, ces communistes juifs ont détruit les synagogues et les cheders (classes de Yeshivot) dans lesquels ils avaient été élevés pour faire avancer l’idée juive de justice sociale qu’ils avaient d’abord rencontrés dans ces espaces.

En fin de compte, le feu de la révolution a également consumé ces alter-juifs : Josef Staline a tué beaucoup d’entre eux, après leur avoir fait faire son sale boulot. Certains des survivants ont vécu assez longtemps pour voir leurs idéaux s’effondrer dans les décombres de la répression dictatoriale, y compris la haine des Juifs, qui a ramené nombre de leurs enfants et petits-enfants au sein du peuple juif que les fondateurs cherchaient à détruire afin de construire leur monde meilleur.

Les révolutionnaires soviétiques n’ont pas été les premiers alter-juifs à se livrer à l’automutilation messianique – coupant une partie essentielle de l’identité juive contemporaine afin de rejoindre le mouvement du moment pour reconstruire l’humanité sur des bases plus équitables et plus justes. Tout au long du Moyen Âge, les Juifs désireux de sauver le monde en diffusant l’enseignement de Jésus sur la paix et l’amour fraternel ont souvent intimidé leurs compatriotes juifs pour qu’ils abandonnent leurs superstitions égoïstes et se joignent à eux dans cette croisade d’amour. Les vrais persécuteurs d’origine juive de leurs compatriotes juifs comme Pablo Christiani de la dispute (disputation) de 1263 à Barcelone et Geronimo de Santa Fe de la dispute de 1413-14 à Tortosa se sont convertis. Mais leur connaissance intime de la théologie juive et du Talmud, et le zèle avec lequel ils ont tourné la connaissance contre les autres Juifs, suggèren-t à la fois qu’ils ont travaillé dur pour se prouver à eux-mêmes leur nouvelle confession à l’égard de leur commun0auté d’origine, mais aussi qu’ils n’étaient pas entièrement parvenus à rompre leurs amarres ancestrales…

Comme les communistes, ces fanatiques médiévaux avaient en effet absorbé les enseignements juifs essentiels, tout en rejetant les contradictions apparentes qui donnaient en fait leur force à leurs anciennes croyances. Les fanatiques de l’amour, de l’égalité, de la justice sociale ont besoin de contre-pouvoirs idéologiques pour tempérer leur extrémisme. Les dualités du judaïsme, ses paradoxes apparents équilibrant universalisme et particularisme, liberté et identité, ou, en termes actuels, libéralisme et nationalisme, ont souvent fonctionné comme des freins idéologiques, empêchant les puristes d’aller trop loin dans une idée, aussi noble soit-elle. L’esprit totalitaire ne peut pas supporter la tension – et peut tuer des gens qui semblent faire obstacle à la marche du dictateur vers l’amour, l’égalité ou la justice ; l’esprit démocratique – et l’esprit juif traditionnel – se plaît à résoudre les dilemmes, sans ni adopter complètement ni rejeter aucun des deux pôles.

L’affrontement entre les fanatiques du progrès – ou ce que certains ont décidé qu’était le progrès – et le traditionalisme juif remonte aussi à l’époque des anciens.

Il y avait beaucoup de Juifs à l’époque grecque et romaine qui voulaient faire avancer ces civilisations attrayantes, qui semblaient donner naissance à un avenir meilleur. Le panthéon romain des dieux semblait tellement plus majestueux, plus mondain, que le seul Dieu jaloux des Juifs. Ces rebelles seraient heureux de garder Jérusalem et d’autres sites juifs comme reliques alors qu’ils marchaient sur la route d’un avenir meilleur, soutenus par le pouvoir impérial des légions romaines.

L’un des généraux romains qui a contribué à raser Jérusalem et à détruire le Second Temple a peut-être été le premier non-juif. Tiber Aexan-dre, l’Apostat, Tiberius Julius Alexander, le neveu du principal philosophe juif Philon, « n’est pas resté an*cré dans ses coutumes ancestrales », selon les mots de l’historien de l’Antiquité Flavius Josèphe, un général juif qui a lui-même rejoint la cause romaine. A l’époque, comme aujourd’hui, ces Juifs agaçants ont insisté pour garder leur ghetto, leur État ethnonationaliste, si vous voulez, et ont rejeté les symboles de l’empire multiculturel plus mondain de Rome.

Les historiens ne savent finalement pas grand-chose sur Tibère Alexandre. Ce que nous savons, c’est que malgré ses racines juives, il était soucieux d’aider le monde à se civiliser comme Rome – et il a déchaîné les légions romaines contre les Juifs d’Alexandrie lorsqu’il était préfet d’Égypte de 66 à 69 EC. Tout cela le préparait à son plus grand crime contre son peuple, servant en tant que commandant en second de Titus en 70 EC lorsque le siège de Jérusalem a plongé son propre peuple dans l’exil pendant près de 2000 ans.

Les alter-juifs d’aujourd’hui restent aussi attachés à certaines parties de leur héritage juif, aussi consternés par d’autres parties et aussi soucieux d’être acceptés que leurs prédécesseurs. Leur projet de destruction n’implique pas la conquête du Temple au nom de la civilisation ou la conversion des Juifs au christianisme. Au lieu de cela, ils divorcent de l’État démocratique d’Israël au nom de la démocratie et de la justice sociale. Les guerriers de la justice sociale d’aujourd’hui font la guerre à Israël de la même manière que les communistes soviétiques ont fait la guerre au peuple juif et à ses institutions.

Cet assaut va bien au-delà des « étreintes et de la lutte » ou « d’oser poser des questions difficiles » ou de donner à Israël « un amour qui châtie bien ». Nos objections à ces nouvelles attaques ne sont pas des tentatives pour esquiver les dilemmes difficiles dont nous devons débattre concernant la paix et la guerre, la proportionnalité et la moralité, les valeurs juives et démocratiques – ou l’occupation, les droits conflictuels et les frontières défendables. Nous connaissons intimement les nombreux efforts déployés par l’establishment politique et militaire d’Israël pour maintenir sa boussole morale. Nous souhaitons qu’il y ait plus de forums – comme un Parlement juif mondial – où les Israéliens pourraient discuter de ces dilemmes et d’autres avec les Juifs du monde.

Mais nous ne pouvons avoir ces débats que si nous avons de l’empathie les uns pour les autres et que nous sommes prêts à prendre soin les uns des autres. En fin de compte, un dialogue large et accueillant est important. Mais ceux qui sont déterminés à nier l’essence du peuple juif sont rarement intéressés par le genre d’échange respectueux et mutuel qui nous construit tous. Au contraire, ils sont déterminés à détruire la force la plus puissante qui nous a maintenus ensemble en tant que peuple à travers les âges – et sans laquelle eux aussi, paradoxalement, dépériront.

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