Jaume Renyer

per l'esquerra de la llibertat

10 de juny de 2025
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Anotacions a Charles Rojzman: “Le crépuscule des nations: Israël, la France et l’effacement des identités”

Fa cinc dies el psicòleg jueu francès Charles Rojzman (Villeurbanne, 1942) va publicar aqueixa punyent observació al periódic digital Causeur:

Israël n’est pas seulement au cœur d’un conflit territorial: il incarne une frontière civilisationnelle entre deux visions du monde. Derrière le conflit israélo-palestinien se profile un affrontement plus large, entre le globalisme – qui dissout les identités – et l’enracinement – qui défend les nations, les mémoires, les singularités. Ce combat, trop souvent masqué, concerne autant l’Europe que le Proche-Orient.

Il faut le dire sans détour, sans cet artifice des âmes tièdes qui veulent encore croire à des accommodements : le Hamas ne veut pas de la solution à deux États. Il ne la veut pas, il ne la peut pas, car son horizon n’est pas celui des nations, pas même celui des peuples, mais celui d’un univers soumis à la seule loi d’Allah. À l’extrême rigueur, il l’accepterait comme une ruse, un délai, une pause stratégique : une étape avant de rayer l’État juif de la carte, avant de dissoudre cette anomalie qu’est Israël dans le grand bain d’un Moyen-Orient musulman de toute éternité. Pour lui, pour l’islamisme, Israël ne saurait être une nation souveraine, juive de surcroît, mais tout au plus un territoire, un espace, une portion de terre où les juifs vivraient en dhimmis, sous le joug discret mais implacable de la charia, tolérés comme on tolère l’ombre du passé sur les ruines du présent.

Sociétés fatiguées

Ce qui se joue là, et que l’on ne veut pas voir – car l’aveuglement, aujourd’hui, est le luxe suprême des sociétés fatiguées –, c’est que cette logique n’est pas circonscrite au conflit israélo-palestinien. Elle travaille aussi, souterrainement, l’Europe, la France, ces vieilles nations qui s’acharnent à nier leur propre chair, leur propre mémoire, leur propre être. Pour l’extrême gauche, pour la gauche qui se laisse entraîner par elle dans un vertige dont elle ne comprend ni l’origine ni le prix, comme pour l’islamisme, les nations sont des fictions à dissoudre, des entraves à l’avènement d’un ordre supérieur : celui de l’oumma pour les uns, celui du marché planétaire pour les autres, celui de l’humanité universelle pour les troisièmes. Et c’est pourquoi l’on comprend aussi pourquoi ces courants si différents en apparence – islamistes, capitalistes, révolutionnaires – se retrouvent paradoxalement à défendre, d’une manière ou d’une autre, une immigration de masse, notamment en provenance de pays majoritairement musulmans : car ce flot humain, en noyant les identités historiques sous une vague démographique, contribue puissamment à dissoudre les repères, à effacer les singularités nationales, à rendre les peuples plus malléables, plus abstraits, plus interchangeables.

Ainsi, ce qu’on veut effacer, ce n’est pas seulement l’État juif ; c’est l’idée même d’État-nation. Le Hamas ne veut pas d’un État juif, il veut bien, peut-être, d’un État d’Israël vidé de sa substance juive, comme l’islamisme peut bien tolérer une République française à condition qu’elle ne soit plus la France des Français, mais un espace abstrait, ouvert, disponible pour le déploiement de l’islam. Car pour l’islamisme, comme pour les idéologues de la globalisation, la nation n’a pas de sens : ce qui compte, c’est l’unité du monde, l’unification sous une loi, fût-elle marchande ou divine, mais toujours hostile aux singularités historiques, aux héritages, aux frontières.

Et l’on ne voit pas – et c’est peut-être cela, la tragédie de notre temps, cette incapacité à percevoir les lignes profondes qui structurent les événements – que la France et Israël sont, en vérité, affrontés à un même péril : celui de leur effacement. Effacement sous la poussée islamiste, qui rêve d’un monde où les autres religions seraient soumises ; effacement sous la poussée de la marchandisation, qui rêve d’un monde où tout serait interchangeable, marchandisable, dissolu dans les flux ; effacement sous la poussée d’une gauche encore hantée par les relents du communisme, qui rêve d’un monde où les hommes seraient réduits à leur simple humanité abstraite, sans histoire, sans mémoire, sans identité.

C’est ton destin

Dans cette conjonction inattendue – islamisme, marché, idéologie universaliste – se joue une bataille qui n’est pas seulement politique, mais métaphysique : celle de l’existence des nations. Être une nation, c’est dire non à l’uniformité, non à la dissolution, non à la réduction des êtres humains à de simples unités de désir ou de foi. C’est affirmer une différence, une singularité, une mémoire incarnée dans des lieux, des langues, des rites, des morts. Israël, comme la France, comme l’Europe, se trouve à la croisée des chemins : ou bien elle persiste à exister comme nation, au prix d’un combat douloureux, solitaire, presque désespéré ; ou bien elle consent à disparaître, à se fondre dans le grand magma planétaire, à n’être plus qu’un espace sans épaisseur, sans mémoire, sans visage.

Ce combat, on le mène souvent sans le savoir, ou en croyant qu’il s’agit seulement de cohabitation, de justice sociale, de redistribution économique. Mais il s’agit, en vérité, d’un combat ontologique : il s’agit de savoir si nous voulons continuer à exister comme peuples, comme nations, ou si nous acceptons de n’être plus que des individus sans attaches, soumis aux lois de l’économie, de l’idéologie, ou de la religion totalitaire.

Voilà pourquoi la France et Israël sont liés par un destin commun, que nul ne veut voir. Voilà pourquoi il faut parler, écrire, nommer, contre le flot amnésique du monde contemporain. Voilà pourquoi il faut, peut-être, retrouver cette mélancolie tragique qui fut toujours le propre des civilisations vieillissantes mais lucides.

Il y a, dans cette affaire, une immense fatigue. Fatigue des nations, qui ne savent plus porter le poids de leur histoire ; fatigue des hommes, qui ne croient plus à leur singularité ; fatigue des élites, qui rêvent d’effacer les aspérités pour se fondre dans une humanité sans épaisseur. La France est comme cette vieille demeure que l’on abandonne aux vents, à la pluie, au lierre, et dont on contemple la lente décrépitude avec une fascination morbide, sans trouver en soi l’énergie de la réparer. Israël, quant à lui, connaît une autre réalité : une partie de ses élites rêve parfois d’abandon, mais le cœur du pays résiste encore — porté par une jeunesse ardente, patriote, prête à défendre sa survie. Si certaines zones d’Israël commencent à ressembler à l’épuisement français, le reste du pays, lui, reste en état d’alerte, tendu, debout, face à la menace.

Triple rejet

Car réparer, c’est toujours se souvenir. Réparer, c’est dire : nous avons existé, nous avons un passé, nous avons des morts, des guerres, des larmes, des chants. Réparer, c’est refuser l’oubli dans lequel nous pousse l’époque. Mais l’époque ne veut plus de ce passé. Elle n’en veut plus car il gêne, il embarrasse, il limite. Le passé, pour l’idéologie marchande, est un poids mort ; pour l’idéologie islamiste, il est une impureté ; pour l’idéologie de gauche, il est une faute. Et dans ce triple rejet, il y a une forme d’alliance, une coalition inattendue mais redoutable.

Israël, en tant qu’État juif, incarne le scandale du particulier : une identité historique, religieuse, culturelle, irréductible à l’universalisme abstrait. La France, malgré toutes ses trahisons, toutes ses abdications, reste, aux yeux du monde, une vieille nation façonnée par des siècles de guerres, de littérature, de catholicisme, de révolutions, de fidélité à soi-même. Or, ce sont précisément ces singularités-là qu’il faut abattre.

Car le monde qui vient – le monde que veulent les islamistes, les marchands, les idéologues – est un monde sans nations. Un monde de flux : flux de capitaux, flux de marchandises, flux de croyants, flux d’êtres humains réduits à leur fonction économique ou religieuse. Ce que l’on appelle, souvent sans le comprendre, le globalisme, n’est qu’un nom poli pour désigner cette guerre souterraine contre les enracinements. Et l’islamisme, en ce sens, n’est pas l’ennemi du marché ; il en est l’allié paradoxal. Car tous deux veulent effacer les frontières, tous deux veulent un monde unifié, tous deux veulent abolir l’idée même de nation.

Voilà pourquoi il est vain d’opposer naïvement l’un à l’autre. Voilà pourquoi il est illusoire de croire qu’on pourra résoudre le conflit israélo-palestinien, ou la question de l’immigration en Europe, par de simples ajustements politiques, par des compromis, par des arrangements techniques. Car il s’agit d’un combat plus profond : celui de la survie des identités.

Et c’est ici que vient le plus tragique : il est possible que ce combat soit déjà perdu. Non pas par la force des armes, mais par la lassitude intérieure. Car les nations ne sont pas d’abord abattues de l’extérieur ; elles meurent de l’intérieur, par épuisement, par dégoût de soi, par incapacité à se transmettre, à se désirer encore. Regardez la France : elle n’enseigne plus son histoire ; elle n’ose plus dire ce qu’elle est ; elle s’excuse d’exister. Regardez Israël : il vacille entre le besoin de se défendre et la culpabilité de le faire, entre la volonté de survivre et la hantise d’être jugé.

On dit parfois : il faut défendre l’Occident. Mais l’Occident existe-t-il encore ? Est-ce autre chose qu’un souvenir, qu’un mirage, qu’un mot creux ? On dit : il faut sauver les nations. Mais les nations veulent-elles encore être sauvées ? Ont-elles encore en elles le désir de durer, cette obstination, ce sang, cette fidélité, cette mélancolie active qui fut jadis leur force ? Ou bien ont-elles déjà consenti, en silence, à se dissoudre, à s’effacer, à devenir des espaces neutres, des lieux sans mémoire, des zones franches pour le commerce et pour la foi ?

Je ne sais pas. Ou plutôt, je le sais trop bien : il est des moments où les civilisations, comme les hommes, choisissent la mort sans le dire. Elles s’affaissent doucement, avec une lassitude infinie, avec cette nostalgie sans objet qui précède la chute. Peut-être est-ce cela que nous vivons. Peut-être est-ce cela, le cœur battant de notre temps : le crépuscule des nations.

Post Scriptum, 2 d’agost del 2025.

Charles Rojzman, ahir a Causeur:  Qu’est-ce qu’une guerre civile d’atmosphère? Aveuglement ou collaboration.

Il y a des événements qui révèlent plus que mille discours. L’affaire de cette étudiante palestinienne de vingt-cinq ans, idéologiquement proche du Hamas et auteure de tweets d’un antisémitisme d’une violence nue, appartient à cette catégorie. Vingt-cinq ans : l’âge où les convictions ne sont plus des maladresses, mais des choix assumés. Ce qu’elle a écrit ne relève pas d’un excès de jeunesse mais d’un imaginaire formé dès l’enfance : la haine du juif comme principe fondateur et, derrière elle, la volonté d’anéantir ce qu’il incarne – un monde, une mémoire, une altérité – pour imposer à l’Occident sa conversion idéologique et religieuse. Le Juif n’est ici qu’un avant-poste : c’est l’Occident lui-même qui est visé, non seulement pour être détruit, mais pour être refondu dans un autre ordre moral, un autre récit de civilisation.

Et pourtant, cette jeune femme a été accueillie comme réfugiée, inscrite à Sciences Po Lille, hébergée par son directeur. Ce n’est pas simplement de la naïveté. Ce geste est un basculement. Il ne s’agit pas seulement d’offrir l’asile à une personne : en fermant les yeux sur ce qu’elle porte en elle, c’est une idéologie que nous introduisons au cœur de nos institutions. Et elle n’est pas seule. D’autres viendront. D’autres jeunes adultes, Palestiniens ou non, nourris depuis l’enfance à la haine du Juif et au rêve d’un Occident humilié, converti de force à leur récit.

Post Scriptum, 9 d’agost del 2025.

Avui, Charles Rojzman alerta a Causeur, Intifadas ici et là-bas : une crise du politique dans la civilisation démocratique.

Les « incivilités » et les « débordements de jeunesse », en France comme ailleurs en Europe, ne représentent pas qu’un désordre social ponctuel, mais sont les signes une lutte généralisée et diffuse. Une certaine jeunesse se révolte contre l’autorité, la démocratie et la civilisation occidentale, sous l’influence de l’idéologie islamiste qui, par la religion, légitime le retour d’une forme de violence rédemptrice.

Ce que l’on désigne, avec les précautions linguistiques d’usage, sous les termes d’«incivilités», de «violences urbaines», ou de «débordements de jeunesse», constitue en réalité l’un des symptômes les plus alarmants d’un phénomène qui excède de loin les limites du fait divers ou du désordre social ponctuel. Il s’agit, à l’échelle de nos sociétés européennes, et singulièrement en France, d’une insurrection diffuse, intermittente mais persistante, menée par une partie significative de la jeunesse issue de l’immigration musulmane contre les institutions représentatives de l’ordre démocratique. L’on parlera ici, sans détour, d’intifada intérieure, non par goût de la provocation, mais parce que le terme dit ce qu’il doit dire : un soulèvement contre un pouvoir perçu comme illégitime, étranger, hostile, oppressif.

La référence quasi obsessionnelle à la cause palestinienne, l’identification affective au combat contre l’« occupant israélien », l’usage des drapeaux, des symboles, des mots d’ordre, montrent qu’il ne s’agit pas simplement d’un mimétisme géopolitique ou d’une solidarité abstraite. Ce qui se joue là, c’est la transposition, dans le théâtre intérieur des nations européennes, d’un imaginaire de lutte structuré par la détestation de l’Occident, de ses principes et de son univers symbolique.

I. De l’économie matérielle à l’économie symbolique de la conflictualité

Il importe de déconstruire ici une lecture qui demeure hégémonique malgré les preuves de son inadéquation : celle qui attribue les violences à des facteurs strictement sociaux – chômage, discriminations, relégation urbaine. Ces éléments sont réels, bien sûr, mais ne suffisent pas à expliquer le saut dans la haine et la volonté destructrice. Nombre de groupes sociaux marginalisés dans l’histoire n’ont pas épousé de tels schémas de confrontation. Ce qui distingue la situation présente, c’est l’articulation entre un vide existentiel, un ressentiment historique, et une grille de lecture idéologique fournie par la religion dans sa forme radicalisée.

Ce que Wilhelm Reich appelait la « peste émotionnelle » permet ici de saisir ce nouvel agencement du pathos collectif : un enchevêtrement de traumatismes, souvent transmis, parfois imaginés, qui sert de matériau à la construction d’une identité victimaire. L’histoire y est réécrite comme un catalogue de blessures subies, sélectionnées selon un usage stratégique de la mémoire. Loin de permettre la sortie de la condition victimaire par l’élaboration du passé, cette mémoire fige les sujets dans un état d’humiliation permanente, propice à toutes les manipulations.

Nous ne sommes plus dans un monde structuré uniquement par l’économie de la production matérielle, mais dans une économie du sens où l’information, les récits et les mythes jouent un rôle aussi décisif que l’accès à l’emploi ou au logement. C’est pourquoi l’intervention thérapeutique, sociale ou politique qui négligerait cette dimension symbolique et imaginaire de la conflictualité s’exposerait à l’échec.

II. Une crise de la transmission : la dissolution du père

Il est impossible de comprendre ce phénomène sans interroger la métamorphose des structures familiales et des figures de l’autorité. Le passage du père travailleur, porteur d’une forme d’autorité verticale, au père déchu, humilié, au statut marginal, a produit une rupture générationnelle sans précédent. L’autorité n’est plus située dans la transmission intergénérationnelle, mais dans la bande, dans la fratrie, dans la loi du groupe.

Ce renversement a une conséquence anthropologique majeure : l’impossibilité de traverser le conflit œdipien, qui est pourtant la condition même de l’entrée dans l’ordre symbolique. En l’absence d’un père identifiable comme figure tierce, la mère devient l’image de l’omnipotence frustrante : l’État, la République, la société tout entière prennent alors le visage d’une mère archaïque, castratrice et oppressive, contre laquelle l’agressivité ne connaît plus de limites.

Ce phénomène, loin d’être pathologique au sens strict, relève d’une logique identifiable : celle d’une pathologie du politique née de la défaillance du symbolique. La société démocratique, fondée sur l’autonomie du sujet, présuppose un travail d’appropriation de la loi. Là où la loi n’est plus transmise, elle est rejetée. Elle apparaît comme une violence étrangère, une occupation. D’où la facilité avec laquelle la société française est perçue non pas comme le cadre commun, mais comme une force d’hostilité à combattre.

III. Narcissisme blessé et régression identitaire

La crise identitaire à laquelle nous assistons n’est pas seulement personnelle, elle est collective et civilisationnelle. Toute société confrontée à l’échec de son projet historique développe des mécanismes compensatoires. C’est ce qu’a connu l’Allemagne dans les années 1930 avec le mythe du Reich perdu. C’est ce que vivent aujourd’hui de nombreuses sociétés musulmanes avec le mythe du califat ou de la grandeur islamique disparue. Ce mythe fonctionne comme réparation d’un narcissisme collectif blessé, mais aussi comme modèle de projection dans un avenir reconquis, imaginaire mais mobilisateur.

Dans ce cadre, l’islam radical se substitue à la vieille gauche révolutionnaire, dont il recycle à sa manière les postures anti-impérialistes, les rhétoriques de l’émancipation, mais en les subordonnant à une vision totalitaire du monde. Là où la gauche rêvait d’un homme nouveau libéré de l’exploitation, l’islamisme promet un croyant purifié, lavé des souillures de l’Occident et du doute démocratique. Il ne s’agit plus de transformer la société, mais de la purifier par le feu du sacré retrouvé.

Ce déplacement n’est pas anodin : il indique que le sacré a fait retour là où la démocratie avait cru l’avoir désarmé. Et ce sacré n’est plus fondateur d’un ordre commun, il est mobilisé contre l’ordre existant. C’est là l’une des formes les plus profondes de la crise contemporaine du politique : le retour du religieux dans sa fonction de dénonciation absolue, comme légitimation d’une violence qui se veut rédemptrice.

IV. Le rituel de la violence et la quête d’un âge d’or

Là où l’intégration échoue, là où l’espoir se défait, là où la parole publique se délite, surgit une réponse archaïque : la violence sacralisée. Elle devient langage, rituel, preuve d’existence. Comme dans les sociétés primitives étudiées par les anthropologues, la mise à mort symbolique ou réelle d’un ennemi désigné est vécue comme moyen de rétablir un ordre brisé. Mais dans nos sociétés sécularisées, cet usage de la violence comme sacré substitutif ne peut que conduire à la destruction réciproque.

C’est pourquoi la violence qui s’exprime dans les quartiers sensibles ne relève pas du seul désespoir, mais d’une construction idéologique et psychique complexe, qui mêle sentiment d’abandon, humiliation paternelle, quête d’un cadre structurant, et identification à un combat globalisé. Le résultat est cette haine d’autant plus dangereuse qu’elle est vécue comme moralement justifiée. L’État devient l’occupant. Le policier, le professeur, le médecin deviennent des figures de l’ennemi. La République devient une fiction hostile, usurpatrice.

V. Le retour du religieux armé et la crise de la démocratie universaliste

Ce qui se joue dans les flambées de violence que nous observons en France et ailleurs en Europe dépasse largement la sphère du social, du psychologique ou même du politique au sens classique. Nous avons affaire à une délocalisation d’un conflit global, à une forme de projection intérieure d’une guerre idéologique dont la cause palestinienne constitue le levier symbolique majeur, mais non l’origine réelle.

Il faut cesser de croire que l’antisionisme est un simple avatar de l’anticolonialisme. Il est devenu, dans l’idéologie islamiste mondialisée, l’élément moteur d’un récit global de l’humiliation musulmane, unificateur, mobilisateur, affectivement chargé, apte à souder dans une même rage identitaire les déshérités des cités françaises et les stratèges des Frères musulmans. L’hostilité à Israël, dans ce cadre, n’a pas pour finalité une solution politique au conflit israélo-palestinien, mais l’effondrement symbolique du modèle occidental incarné, aux yeux de ses ennemis, par l’État juif.

Ce que nous voyons aujourd’hui, c’est donc la convergence entre un ressentiment postcolonial mal élaboré, une faillite de la transmission culturelle, et une entreprise idéologique extérieure à visée totalisante. L’islamisme, en tant qu’idéologie politique mondiale, a repris à son compte le rêve d’une revanche sur l’histoire, abandonné par les anciennes gauches révolutionnaires. Mais, là où celles-ci croyaient encore au progrès et à la raison, l’islamisme postule la régression comme restauration : retour à un âge d’or mythifié, purification par le sang et la loi divine, refus de toute altérité.

Ce phénomène met la démocratie devant une alternative qu’elle n’avait pas anticipée : soit elle persiste à se concevoir comme un espace neutre et indifférencié, au nom d’un universalisme abstrait, et elle sera bientôt submergée par des contre-cultures organisées autour de la haine du monde qu’elle incarne ; soit elle accepte de se penser comme civilisation – c’est-à-dire comme une forme historique déterminée, avec ses valeurs, ses principes, ses exigences – et elle pourra alors opposer à la logique de la destruction une résistance consciente d’elle-même, de ses limites mais aussi de sa légitimité.

Le choix qui s’impose n’est pas celui d’une guerre civile souhaitée par certains. C’est le choix d’une lucidité politique. Non pour exclure, mais pour désarmer symboliquement ceux qui rêvent de substituer à la démocratie la théocratie, au conflit réglé la guerre sainte, à la mémoire partagée le mythe de l’anéantissement de l’autre.

Post Scriptum, 19 d’agost del 2025.

Una altre article clarivident de Charles Rojzman avui a Causeur: Ce qui se joue à Gaza : le destin de l’Europe. Depuis le 7-octobre, l’Europe se drape dans une morale humanitaire qui, sous couvert de compassion, équivaut à un renoncement politique. En exigeant un cessez-le-feu inconditionnel, elle consacre la victoire symbolique du Hamas et alimente l’essor de l’islamisme. Israël est l’avant-poste d’un combat qui engage le destin même de notre civilisation.

 

 

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