La llibertat d’expressió a les universitats franceses amenaçada pels nous totalitarismes

El proppassat 13 d’aqueix mes Le Figaro publicava un manifest signat per un centenar llarg d’intel·lectuals per tal de protegir la llibertat d’expressió a les universitats franceses atès el creixent nombre d’actes acadèmics que han estat suspesos per pressions de col·lectius que diuen obrar en pro de causes aparentment nobles (antiracistes, propalestins, profeministes..) que es creuen amb el dret de prohibir la dels que no pensen com ells, una actitud que també es comença a veure a les universitats catalanes :

Plusieurs événements récents démontrent que la liberté d’expression et de communication est entravée dans les universités françaises. Ces derniers mois, pas moins de cinq manifestations ont été annulées par des universités suite à des menaces émanant de groupes de pression divers et d’organisations d’extrême gauche. À chaque fois, les organisateurs ont renoncé au prétexte qu’ils ne seraient pas en mesure d’assurer la sécurité des participants et du public.

En janvier, la conférence sur la ruralité du député Jean Lassalle, à l’université de Lille, a été annulée sous la pression d’associations féministes et de SUD Solidaires, qui lui contestaient la faculté de parler en public à cause de son comportement jugé sexiste. À la Sorbonne, la représentation de la pièce Les Suppliantes d’Eschyle a été annulée en mars après l’appel au boycott d’associations dites antiracistes qui reprochaient à son metteur en scène d’avoir grimé les comédiens en personnes noires. Un mois plus tard, la conférence d’Alain Finkielkraut à Sciences Po a échappé de justesse à la censure après les menaces d’un groupuscule dénommé «Sciences Po en Lutte-Institut Clément Méric».

Voilà peu, la formation consacrée aux signaux de la radicalisation, dispensée par Mohamed Sifaoui à l’université Paris-I, a été annulée à la suite des critiques proférées par des associations islamistes selon lesquelles l’essayiste «stigmatise les musulmans». Et tout récemment, l’université de Bordeaux Montaigne a renoncé à la tenue de la conférence de la philosophe Sylviane Agacinski, opposée à la PMA pour toutes et à la GPA, à la suite d’un communiqué de plusieurs associations féministes et LGBT qui annonce que tout sera mis en œuvre pour que la conférence n’ait pas lieu.

Chaque fois que les universités cèdent à ces menaces, elles se déshonorent et trahissent leur mission. En effet, leur rôle est d’offrir un espace de confrontation des idées qui favorise la réflexion et non un espace où le conformisme intellectuel s’impose en maître. Elles doivent également favoriser l’émergence de l’esprit critique, qui suppose toujours d’analyser toutes les données d’un débat pour se forger ses propres convictions. C’est cet esprit critique qui permet de résister au dogmatisme, ce cancer de la pensée qui empêche toute découverte et asservit l’homme.

Les présidents d’universités peuvent et doivent assurer la tenue et la sécurité de ces conférences, en faisant, le cas échéant, appel aux forces de l’ordre. Nous ne pouvons pas accepter que nos universités cèdent plus longtemps, par lâcheté, à ce chantage idéologique et ces menaces liberticides. La liberté d’expression doit être garantie et défendue par les présidents d’université, quitte à mobiliser les moyens dont ils disposent pour en assurer le respect. Forts de leur pouvoir de police, ils peuvent et doivent assurer la tenue et la sécurité de ces conférences, en faisant, le cas échéant, appel aux forces de l’ordre.

Les universités françaises doivent rester le lieu privilégié de l’échange des idées, des connaissances, des questions, dont surgit, parfois, le génie humain.

Dos dies després, el 15, un estudiant de Dret, Alban Guyomarc’h, hi publicava un article punyent: “Comment les amis de la diversité peuvent-ils haïr autant la diversité des idées?”:

Pourquoi débattre, quand il suffit de déchirer des livres? Pourquoi se donner la peine de construire une pensée dans la contradiction, quand il suffit de bloquer une conférence pour museler celui qu’on devrait réfuter par les arguments? Quand on confond dans la même censure, sans discernement, l’intervention d’un philosophe trop à droite, d’une sociologue trop peu progressiste ou encore d’un ancien président de la Vème république? Pourquoi faire l’effort de raisonner puis d’exposer ses arguments, quand il suffit de museler simplement l’opposant? Le silence comme adversaire présente la certitude d’une victoire par K.O. Après tout, pourquoi permettre la contradiction quand on peut bâtir sa tour d’ivoire dans le silence de l’autre. Tour bâtie sur un socle de certitudes qui ne risqueront pas de trembler: le «bâillonnons l’autre», voilà l’anti-séisme des étudiants en sciences humaines. À vouloir combattre la violence par la violence, on a préféré le bâillon à la baïonnette, en se trompant de cible. Voilà la logique des étudiants qui, mardi soir, ont bloqué une conférence que devait tenir François Hollande à Lille, déchirant au passage les exemplaires de son livre sur la démocratie, destinés à la vente sur place. C’est ainsi qu’ils piétinèrent dans leur bêtise la possibilité du débat estudiantin.

Cet événement aurait pu être traité comme un simple fait divers. Une anecdote de plus, un débordement dans une faculté en France – encore. Mais il ne peut l’être. Il n’est que le dernier en date d’une longue série: musellement progressif de l’autre voix, celle qui fait un débat et pas un soliloque. Et passé le temps de la désillusion vient celui du constat: le débat étudiant se meurt, il étouffe, la disputatio a perdu son contradictoire ; et le dialogue, duel devient un monologue collectif.

Moi, qui montais «faire mon droit» à Paris, je pensais les libertés universitaires et estudiantines sacrées, protégées au sein des bastions du débat à la française, de la Rue d’Ulm aux universités-mères, du Quartier Latin au 27 rue Saint-Guillaume. Mais en lieu et place d’un mur d’enceinte, je ne trouvais qu’une mince palissade de carton.

Je pensais y apprécier un terreau fertile au débat libéré, courtois et élégant tant dans sa forme que dans son fond. L’école, prétendue libre, des sciences politiques, porte en elle une profonde négation: ses élèves – pas tous – refusent de s’interroger sur les principes qu’ils tiennent pour vrais. Ils posent l’universalité d’idées qu’ils brandissent en étendards de combat et qualifient de “fascistes” leurs malheureux contradicteurs, ceux qui les remettent en question, ou les interrogent simplement. Car, quand arrive le contradictoire sur son docile mulet, accourent, fumants par les naseaux, les grands chevaux noirs que montent les bien-pensants, beuglant non pas hourra mais “tranchons la langue de ces privilégiés”.

Et nous sommes désolés que le contradictoire ait si pauvre monture ; la guerre qui s’annonce est pourtant plus que cruciale. Il en va de redonner au débat universitaire ses lettres de noblesse, d’en (re)faire un lieu où la pensée jaillit de la contradiction.

Il s’agit de pouvoir proposer des intellectuels masculins pour un nom de promo sans être traités de phallocrates, sans qu’on le rejette – voir tente de le censurer – au prétexte qu’il n’est pas une femme et que seule l’égalité imposée pourra conduire à l’égalité de fait. On ne choisit pas un nom de promo en fonction d’un sexe, mais en fonction d’une œuvre, d’une action, d’une personne prise dans sa globalité. Si l’on défend Jean Cocteau plutôt que Simone de Beauvoir, c’est moins parce qu’il est un homme et que Beauvoir une femme plutôt que par pure admiration pour Cocteau. Que l’égalité entre les femmes et les hommes soit un enjeu principal de notre société contemporaine, cela, nous ne le nions pas. En revanche, imposer un nom féminin en refus d’un choix soi-disant patriarcal et soi-disant sexiste, c’est sacrifier sur l’autel d’une égalité bien mal comprise, la liberté pourtant si précieuse et pour laquelle nous sommes tombés bien des fois.

Il s’agit, en outre, que dans le monde associatif, on refuse que la souffrance et le rejet valent pondération des arguments ou de la liberté d’expression. Souffrir ne vous rend pas légitime, ipso facto, pour définir sans méthode ni raison le cadre d’un débat ou pour décider de façon péremptoire qu’une idée est audible ou inaudible, vraie ou fausse. S’il fallait demander à un “racisé” (sic) célèbre, le Bouddha, si la souffrance était partagée par tous les hommes, il vous dirait, lui, minorité méditante, qu’elle est sans doute le sentiment le plus universel. Faisons-nous confiance pour distinguer le vrai du faux sans que les chantres monocordes chantent à l’unisson ce qu’il nous faut penser.

Il s’agit, enfin, de pouvoir encore blesser par ses mots, non par malice ou par perversité, mais parce que les mots peuvent choquer, parce qu’ils sont des armes, et parce que nous devons être libres de les utiliser. Et que le prix à payer pour la liberté, c’est accepter que notre sensibilité puisse être heurtée, au nom des libertés de penser, de s’exprimer et de croire. Les «safe space» de l’esprit, cette illusion dans lesquelles certains s’enferment, autre tour d’ivoire, n’y feront rien. C’est là, qu’en «non-mixité choisie», ils s’isolent, refusant l’altérité et de la diversité, trop effroyables et menaçantes pour avoir droit de séjour en leur royaume. On ne change pas ni ne saisit le monde depuis une île déserte.

J’aimerais résoudre ce paradoxe: comment ces amis de la diversité des individus peuvent-ils haïr autant la diversité des idées? Doutent-ils à ce point, peu sûrs de l’universalité de leurs prétentions ou de la légitimité de leur particularisme, qu’ils rejettent toute forme d’opposition et de contestation? Il n’y a qu’un colosse aux pieds d’argile pour craindre la mince brise qui l’effleure. Cette brise, c’est la liberté de contredire. Comment peut-on à ce point défendre la paix, l’acceptation et le pacifisme, alors même qu’on est le plus véhément et que l’on constitue la plus forte menace pour les idéaux démocratiques et républicains?

Ils répondront que, si l’on ne l’interdit pas, la stupidité, soutenue par l’ignorance, sera, comme l’annonçait Orwell, le terreau fertile de la dictature. Or, pourquoi ne pas plutôt tendre à réduire l’ignorance, plutôt qu’à combattre la bêtise? Par ailleurs, ce n’est pas en étouffant la bêtise qu’on l’éteint ; au contraire, ligotée elle triomphe de plus belle. Il faut donc la laisser libre de s’exprimer, libre de circuler, libre de persuader, libre d’être combattue. Les hommes sont des animaux suffisamment raisonnables pour choisir la lumière de l’esprit à l’ombre de la passion délirante.

Finalement, ces étudiants ont une réaction bien humaine: la tendance naturelle de tout opprimé est la revanche, quitte à ce que, dans le combat, périsse l’alliée du progrès humain et du changement ; la liberté, qui n’a que la raison pour seule armure. Lorsqu’une démocratie n’a plus confiance dans sa capacité de débattre, c’est qu’elle n’en est plus une.

Afegeix un comentari

Deixa un comentari

L'adreça electrònica no es publicarà. Els camps necessaris estan marcats amb *