El tombant identitari del nacionalisme quebequès

Tres dies abans de les eleccions del proppassat dilluns, Seda Hakobyan i Alexandre Solano publicaven a Vilaweb aqueix report premonitori: “L’independentisme quebequès, entre la regeneració i la desfeta a les urnes”. I, efectivament, el Parti Quebequois ha passat a tenir només 9 diputats, però la victòria espectacular de la Coalition Avenir Quebec amb 74 escons s’ha d’interpretar en clau nacional: la defensa de la identitat i la llengua francesa és prioritària al multiculturalisme i a l’acollida de la immigració.

Un tabú vist de Catalunya estant, on fins ara no han aparegut reflexions polítiques sinó només planys per la desfeta dels independentistes del PQ, una actitud tan superficial com la joia dels diaris espanyols que hi volen veure un presagi d’allò que desitjarien passés a Catalunya. Només la crònica de Julio César Rivas ahir a Deia enfilava els termes reals del resultat: “El histórico triunfo de la derecha abre otra brecha entre Quebec i Ottawa”.

El líder de la coalició nacionalista conservadora guanyadora, CAQ, François Legault fou membre del Partit Liberal, descarta convocar un nou referèndum d’independència però a la pràctica rebasteix un projecte nacional pel Quebec en línia amb els corrents identitaris creixents arreu Europa i dislocant l’enquistat bipartidisme liberal-sobiranista, cam assenyala abans d’ahir l’editorialista de Le Devoir Bryan Myles, “L’émergence du Caquistan“. L’ascens de Quebec Solidaire fins a 10 diputats és una desfeta relativa del progressisme multiculturalista i de retruc també del primer ministre canadenc Justin Trudeau.

Uns canvis que contradiuen els esquemes dogmàtics dels progressisme abstracte i banal hegemònic ideològicament a Catalunya, també entre les forces independentistes. La crisi de l’independentisme quebequès hauria de ser analitzada com un toc d’alerta pel nacionalisme català que encara ha de clarificar què vol fer amb la independència.

Post Scriptum, 5 d’octubre del 2018.

El multiculturalisme ha esdevingut un dogma contraposat a la realitat de les comunitats nacionals que necessiten una identitat pròpia per a poder sobreviure, i en general s’utilitza la cobertura del multiculturalisme per deslegitimar els valors de les societats obertes occidentals. Una reflexió punyent és aqueix breu article de l’assagista quebequès Jéröme Blanchet-Gavel, publicat al digital francès Causeur el 28 de juny de l’any passat, titulat, “Au Québec, la censure gagne du terrain à l’université”.

El politòleg quebequès Matthieu Bock-Côté publica avui un clarificador article a Le Figaro: “Pourquoi les médias européens n’ont rien compris aux élections québéquoises”:

FIGAROVOX.- Quelles leçons tirer de ce scrutin?

Matthieu BOCK-CÔTÉ.- Il s’agit essentiellement d’une élection de réalignement qui s’éclaire d’abord à partir de l’histoire politique québécoise des dernières décennies. Lundi dernier, nous avons assisté au dernier moment d’une fin de cycle politique qui s’éternisait depuis une dizaine d’années, celui de l’affrontement qui tournait de plus en plus à vide entre les souverainistes et les fédéralistes québécois, les premiers plaidant pour l’indépendance du Québec, les seconds pour son maintien dans la fédération. Cet affrontement a pris forme au milieu des années 1960 et a culminé dans les deux référendums sur l’indépendance de 1980 et 1995, chaque fois perdus par les souverainistes – même si en 1995, le camp du «Oui» à l’indépendance a obtenu 49,4%. Mais il ne semblait plus déboucher sur rien d’autre qu’un affrontement stérile rituellement repris, et qui condamnait le Québec à un grand blocage collectif.

Mais comme je le dis, ce n’était pas d’hier. On peut dire que depuis le milieu des années 2000, l’espace public structuré autour de cet affrontement, décrochait de plus en plus de la population qui ne s’y reconnaissait plus, voulait parler d’autres choses et tourner la page sur une aventure finalement décevante, qui avait avorté politiquement. D’une élection à l’autre, ce malaise s’amplifiait. Il a finalement explosé le 1er octobre entraînant une recomposition de la scène politique québécoise. La Coalition Avenir Québec, qui représente le centre-droit autonomiste, remplace le Parti Québécois, associé au centre-gauche souverainiste, comme principal parti nationaliste francophone, comme si elle permettait au nationalisme québécois de s’accorder à la nouvelle époque. Le débat gauche-droite, qui nous était globalement étranger, est en train de se normaliser dans la vie publique, même si ce vocabulaire nous est encore en bonne partie étranger.

Il y avait une autre dimension importante à ce scrutin. Depuis quinze ans, le Parti libéral du Québec (PLQ), très fédéraliste et très multiculturaliste, a gouverné presque sans interruption le Québec, et cela, dans une atmosphère de corruption qui était devenue toxique. Il y avait dans la population une vraie exaspération contre le PLQ. Et le PLQ gouvernait le Québec malgré un appui très minoritaire dans la majorité historique francophone, qu’il compensait avec l’appui à peu près unanime de la minorité anglophone et des communautés issues de l’immigration, qui adoptent les mêmes comportements électoraux qu’elle. Je m’explique: les Québécois francophones, qui composent 80% de la population environ, se divisaient exagérément en plusieurs partis, au point de se déposséder du pouvoir. Cela témoignait d’un déficit de cohérence nationale. En se tournant vers la Coalition Avenir Québec de François Legault, les Québécois francophones se sont dirigés vers le parti qui avait le plus de chances de battre le PLQ, et ils y sont parvenus. Le PLQ a connu le pire résultat de son histoire et est réduit, pour l’essentiel, à sa base la plus étroite. Quant au Parti Québécois, il s’est effondré électoralement, même s’il a évité la disparition.

En France, François Legault a été qualifié de populiste. Est-ce le cas?

Non, pas du tout. Aucunement. Je vous avoue que j’étais effaré par le traitement médiatique des élections québécoises en France et en Europe, plus largement. On l’a assimilé au populisme, à la droite populiste, ou même à l’extrême-droite nationaliste! Il y a des limites à dire n’importe quoi. Dans plusieurs textes, on trouvait un mélange d’informations inexactes conjuguées à des interprétations si tordues de la réalité qu’elles en devenaient tout simplement fausses et mensongères. C’est un peu comme si des gens n’ayant qu’une connaissance superficielle et fragmentaire de la société québécoise décidaient de plaquer sur elle brutalement une grille d’analyse ne lui convenant pas du tout et déformant sa réalité.

Des incultes incapables de distinguer la scène politique fédérale de la scène politique provinciale et n’ayant aucune connaissance de la société québécoise nous récupèrent dans leur vision du monde avec une assurance désarmante. Les spécialistes patentés de «l’international» devraient faire un effort pour connaître un peu la société dont ils parlent, car s’ils se trompent ainsi sur le Québec, j’ai tendance à croire qu’ils se tromperont encore plus pour d’autres sociétés dont ils ne parlent même pas la langue. Est-ce qu’ils déforment ainsi chaque situation dont ils parlent?

Alors disons les choses clairement: Legault n’a rien d’un leader populiste à la québécoise. Il n’est pas dans une dynamique contestataire, il ne mise aucunement sur l’outrance verbale, il ne joue pas la carte du peuple en colère contre les élites. Pour le dire à la française, il ressemble bien davantage à Valérie Pécresse ou Xavier Bertrand qu’à Donald Trump. C’est un homme politique de centre-droit, un comptable de formation, qui a fait fortune dans l’aviation avant de se lancer en politique à la fin des années 1990 au Parti Québécois, le grand parti indépendantiste et social-démocrate du Québec moderne. Legault a longtemps été un indépendantiste particulièrement résolu et un tenant d’une version québécoise de la troisième voie à la Tony Blair, très soucieuse de l’efficacité des services publics. Mais peu à peu, il s’est convaincu, comme une grande majorité de Québécois, il faut le préciser, que l’indépendance n’allait pas se faire. Elle disparaissait de l’horizon historique même si elle continue encore aujourd’hui d’obtenir environ 38% d’appuis dans les sondages – et parmi ceux-là, votre serviteur. Comme j’aime dire, la défaite défait et les deux échecs référendaires ont brisé les ressorts politiques du peuple québécois.

Dans ce contexte, Legault a quitté pendant un temps la politique, avant d’y revenir en 2011 en fondant la Coalition Avenir Québec, qui abandonnait la quête de la souveraineté pour se replier sur un nationalisme autonomiste qui entend défendre les intérêts du Québec dans le cadre canadien. Après un échec en 2012 puis un autre en 2014, il vient enfin de remporter son pari et de former un gouvernement majoritaire. Legault ne s’est pas converti au fédéralisme mais il semble désormais l’accepter, sans pour autant l’aimer. En d’autres mots, la fin de l’aventure souverainiste ne veut pas dire, de son point de vue, la fin de l’aventure spécifique du peuple québécois en Amérique. Par ailleurs, il entend réformer une social-démocratie qu’il trouve exagérément technocratique et trop pesante pour les classes moyennes. Mais il n’y a pas dans son programme de rupture thatchérienne annoncée.

Ici, il faut préciser le sens des mots: Legault est nationaliste, certainement, mais ce mot n’a pas la même signification au Québec qu’en France et il suffit d’un minimum de culture politique pour le savoir. Au Québec, le nationalisme n’a aucune connotation d’extrême-droite. C’est un terme qui désigne simplement une appartenance première au Québec – c’est le principe du Québec d’abord, c’est-à-dire qu’on s’identifie d’abord à la nation québécoise plutôt qu’à la fédération canadienne, ce qui n’a rien de surprenant dans un contexte où le peuple québécois est clairement minoritaire dans un ensemble canadien qui ne témoigne pas d’une sympathie particulière à son endroit. Il faut être d’une inculture époustouflante pour comparer cela au «America First» de Donald Trump, comme j’ai pu le lire dans le texte d’une agence de presse renommée.

Un de vos collègues me demandait cette semaine si c’en était fini de l’idée d’indépendance. Certes, le Québec fait partie de cette triste catégorie de nations qui ont raté leur indépendance. Je me permets néanmoins de dire qu’on aurait tort d’enterrer l’idée d’indépendance ou de la ranger pour de bon dans le grand musée des idées politiques avortées. Elle s’inscrit dans l’histoire longue du Québec et il n’est pas interdit de penser qu’elle pourrait resurgir tôt ou tard comme possibilité dans le cadre d’un affrontement constitutionnel opposant d’un côté le Québec désirant réaffirmer son identité collective, contre un multiculturalisme canadien qui la censure et qui la nie.

Il a quand même centré sa campagne sur l’immigration…

Je relativiserais les choses en disant que la question de l’immigration s’est imposée dans la campagne alors que Legault espérait plutôt centrer la sienne sur l’économie. Cela dit, il n’a pas reculé et a osé assumer politiquement un constat qui était généralement censuré par la classe politique, les souverainistes eux-mêmes se montrant souvent hypnotisés par le politiquement correct: au Québec, nous recevons chaque année bien plus d’immigrants que nous ne sommes capables d’en intégrer. On le constate d’ailleurs avec l’anglicisation accélérée de la grande région de Montréal. On le constate aussi avec la faible adhésion des immigrés à l’identité québécoise – ils s’inscrivent plutôt sous la référence canadienne et regardent trop souvent la majorité francophone de l’extérieur. De plus en plus, les Québécois se sentent étrangers chez eux, surtout à Montréal, où ils sont de plus en plus clairement en minorité. Montréal, notre métropole, tend à se détacher mentalement du reste du Québec.

Alors Legault a proposé une baisse modeste – tellement prudente qu’elle est frileuse à mon avis- des seuils d’immigration de 50 000 à 40 000 par année. Ce qui n’en fait pas un populiste pour autant. Même à 40 000 par année, le Québec demeurera une des sociétés occidentales qui recevra chaque année le plus d’immigrés. De même, il a décidé de lancer une politique de laïcité pour assurer une meilleure intégration des immigrés à la culture québécoise. Mais il s’agit d’une politique très modérée, qui consiste à obliger les employés de l’État en position d’autorité à ne pas afficher de signes religieux ostentatoires. On m’expliquera où se trouve l’extrémisme ici. Pour cela, il doit évidemment défier le multiculturalisme canadien, mais celui-ci n’a rien d’une merveille comme veut le faire croire la propagande d’Ottawa. Il ne faut jamais oublier que la première mission du multiculturalisme canadien a consisté historiquement à nier l’existence du peuple québécois, pour le réduire à un statut de communauté culturelle parmi d’autres dans un pays qui refuse désormais de se définir autrement que par son culte de la diversité. Dans le Canada de Justin Trudeau, la prétention qu’ont les Québécois de former une nation passe pour une forme de suprémacisme ethnique. On conteste leur droit à décider de leur propre modèle d’intégration. En fait, on conteste leur droit d’exister comme peuple.

J’aimerais d’ailleurs ajouter une chose: la situation historique et géopolitique du Québec est tout à fait singulière. Le défi du peuple québécois est absolument singulier: maintenir en vie une société moderne de langue et de culture françaises dans une fédération qui le nie et le tout à la frontière de l’empire le plus puissant de tous les temps. En Amérique du nord, la langue française passe souvent pour une anomalie et nos immigrés se demandent pourquoi ils devraient l’adopter: d’ailleurs, ils préfèrent souvent l’anglais. Le rapport de force, en

On conteste aux Québécois le droit d’exister comme peuple.

Amérique du Nord, joue à l’avantage de l’anglais, et la défense du français comme langue commune exige une véritable vigilance politique. C’est un enjeu majeur: celui de la francisation de l’immigration et de son intégration culturelle. Les Québécois eux-mêmes sont de temps en temps tentés par le découragement: le pari québécois n’est-il pas insensé? De temps en temps resurgit la tentation de se fondre dans le continent, de s’y dissoudre. Après quatre siècles d’histoire, certains rêvent sans sel’avouer de s’assimiler au grand empire continental – ils en viennent même à s’exaspérer contre leur propre culture qu’ils caricaturent en ghetto linguistique. Mais l’instinct de vie, jusqu’à présent, a toujours fini par l’emporter. Je suis de ceux qui voient dans l’élection de lundi une forme de sursaut, même s’il demeure bien trop faible à mon goût.

La recomposition politique québécoise est-elle comparable à la recomposition politique à laquelle on assiste en Europe?

Le Québec est traversé par les vents de l’époque: les courants qui traversent l’Occident le traversent aussi. Il n’y est heureusement pas imperméable! Nous ne vivons pas à l’écart du monde. Mais il ne suffit pas de dire cela pour en venir à conclure qu’on peut appliquer partout les mêmes catégories politiques, comme si d’un pays à l’autre, chaque situation se reproduisait à l’identique. Alors oui, dans une certaine mesure, mais dans une certaine mesure seulement, la recomposition québécoise fait écho à ce qui se passe ailleurs en Occident, dans la mesure où comme je vous le disais plus haut, il y aura désormais dans la vie politique québécoise un pôle nationaliste (vous diriez chez vous républicain) et un pôle multiculturaliste, et que la question de l’indépendance, pour un temps du moins, ne sera plus prioritaire. Si le premier est clairement majoritaire dans la population, le second domine clairement le parti médiatique. Mais cette recomposition n’a pas la radicalité de la recomposition européenne. La culture politique québécoise est globalement centriste, et fondamentalement tranquille. Alors voilà la situation: la CAQ, au pouvoir pour quatre ans, est un parti nationaliste de centre-droit qui tient compte de la situation bien particulière du Québec sur le continent nord-américain. Le PLQ, qui forme l’opposition officielle, va assurément s’accrocher à son orthodoxie fédéraliste et multiculturaliste – il risque même de la radicaliser. Le Parti Québécois, devenu tiers-parti, devra chercher à refonder et réinventer le combat indépendantiste – la tâche n’est pas impossible mais elle sera difficile. Enfin, il y a une gauche populiste, Québec solidaire, qu’on pourrait rapprocher, mais en faisant de nombreuses nuances, à certaines franges de la France insoumise.

Une chose est certaine: le Québec, à travers tout cela, continue d’être habité par le sentiment de son aventure très singulière en Amérique. Et cela, pour le mieux.

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