Les oscil·lacions de l’esquerra euro-occidental sobre la immigració extracomunitària

Avui, a Alemanya Sahra Wagenknecht, la líder del partit de l’esquerra radical Die Linke presenta un nou projecte polític anomenat Aufstehen (Dempeus) que reformula el discurs sobre la immigració, entre d’altres motius per arrabassar una bandera als nacionalistes conservadors d’Alternative für Deutschland. D’alguna manera aqueixa giragonsa segueix les passes de Diego Fusaro, el pensador marxista que inspira la Lega Nord en aqueixa i altres qüestions.

Als estats eslaus centre-europeus i bàltics l’esquerra ha desaparegut perquè no té discurs propi sobre la identitat nacional i la immigració, mentre que als estats euro-occidentals ha assumit la política pro-immigració dels anys daurats del creixement econòmic, ara en qüestió arran de la crisi desfermada a partir del 2007. Només els reductes anticapitalistes sostenen el moviment No Borders i les campanyes Papers per Tothom. L’esquerra europea, també la catalana, ha de repensar els seus plantejaments tenint en compte la confrontació present entre elits cosmopolites i pobles identitaris.

En aqueix setit resulta interessant el parer d’Steve Ohana que publicava ahir a Le Figaro aqueixa reflexió: “Et si la gauche devennait audible en se remettant à parler d’immigration ?”:

Il y a quelques semaines, Sahra Wagenknecht, la leader du parti de gauche allemand Die Linke, a annoncé le lancement de son mouvement «Aufstehen » («Se lever»). Ce mouvement, se voulant indépendant des partis, a choisi une orientation idéologique nouvelle, dirigée non seulement contre les réformes de flexibilisation du marché du travail, qui ont considérablement précarisé les travailleurs peu qualifiés en Allemagne, mais également contre l’ouverture des frontières migratoires. Il s’agit pour elle de quitter la posture de la «gauche moralisatrice», expliquant aux perdants de la mondialisation comment il convient de penser, pour adopter celle de la «gauche matérialiste», qui se pose comme leur porte-parole et défenseur. Car, comme le dit le dramaturge Bernd Stegemann, qui travaille avec Wagenknecht sur le programme du mouvement, «les personnes vivant dans des conditions précaires et atomisées réagissent nécessairement de façon moins généreuse et tolérante que les catégories aisées à l’égard des immigrés». «D’abord le Grub (la nourriture en langage argotique), ensuite l’éthique», résume Brecht.

Cette orientation constitue une révolution copernicienne du point de vue de la gauche. En effet, depuis l’avènement du marché unique européen et de la mondialisation libérale dans les années 80, la gauche dite «de gouvernement» a déserté la question de la défense du travail contre le capital (qui rentrait en contradiction avec l’objectif de la «construction européenne» et de «l’insertion dans la globalisation») pour se recentrer sur les questions sociétales: promotion des droits des minorités ethniques et sexuelles, politiques d’accueil migratoire… Or, la mondialisation a creusé les inégalités de revenus et de richesses au sein des sociétés occidentales, en particulier dans les pays qui ont épousé le plus nettement les politiques de flexibilisation du marché du travail et de réduction de la fiscalité sur les hauts revenus (États-Unis, Royaume-Uni, et, au sein de l’Europe continentale, l’Allemagne). C’est donc ainsi que la social-démocratie a progressivement délaissé les classes populaires, au profit d’une élite urbaine attachée à la mondialisation et aux valeurs cosmopolites (élite urbaine constituant une des composantes de ce que Bruno Amable et Stefano Palombarini ont nommé le «bloc bourgeois», ce corps social représenté par les différents partis politiques «de gouvernement» depuis l’avènement de la seconde mondialisation).

Certains courants de «gauche radicale», dans l’objectif de reconquérir le vote des classes populaires, ont adopté un agenda de modification radicale du statu quo de la mondialisation: fiscalité beaucoup plus progressive, au détriment du capital et des plus hauts revenus, réforme de la gouvernance de l’euro et du mode d’intervention des banques centrales au profit des plus démunis (monétisation de la dette, «Helicopter Money»), régulation du marché du travail (augmentation du salaire minimum, protection des travailleurs et des chômeurs), dirigisme de l’État dans l’économie (politiques sociales, renationalisations de secteurs privatisés, protection de l’emploi et des services publics, politiques ambitieuses d’investissements publics), régulation du commerce international (protection du secteur industriel, dénonciation des accords de libre-échange, barrières douanières à l’encontre des pays pratiquant le dumping fiscal, social ou environnemental).

Mais cette nouvelle offre politique antimondialisation portée par la gauche radicale s’est avérée jusqu’à présent insuffisante pour recueillir une large adhésion des classes populaires et renverser le statu quo de la mondialisation.

Le changement de ligne opéré par Sahra Wagenknecht sur la question migratoire trouve son origine dans la crise des migrants de 2015, lors de laquelle la chancelière Angela Merkel a décidé unilatéralement de l’accueil d’un million de réfugiés du Moyen-Orient en Allemagne. Cette politique ne répondait pas qu’à une logique humanitaire, elle était également conforme aux intérêts du patronat allemand, inquiet que la pénurie de main-d’œuvre ne finisse par l’obliger à augmenter fortement les salaires (on estime que le pays a besoin d’un flux de 500 000 migrants par an jusqu’en 2050 pour contrer la baisse structurelle de sa main-d’œuvre). L’ensemble de la gauche allemande a d’abord adhéré, suivant sa ligne internationaliste habituelle, à cette politique d’accueil. Mais elle a alors vu son audience au sein des classes populaires s’affaisser au profit de l’AfD, le nouveau parti national populiste allemand, dont la ligne était clairement hostile à l’immigration.

En reprenant le thème de la lutte contre l’immigration à son compte, la gauche renoue en réalité avec son positionnement historique quant au problème de la mobilité du travail. «Ce que nous ne voulons pas, disait Jaurès dès 1894, observant les effets de la première mondialisation, c’est que le capital international aille chercher la main-d’œuvre sur les marchés où elle est la plus avilie, humiliée, dépréciée, pour la jeter sans contrôle et sans réglementation sur le marché français, et pour amener partout dans le monde les salaires au niveau des pays où ils sont le plus bas. C’est en ce sens, et en ce sens seulement, que nous voulons protéger la main-d’œuvre française contre la main-d’œuvre étrangère, non pas je le répète, par un exclusivisme chauvin mais pour substituer l’internationale du bien-être à l’internationale de la misère». On observe d’ailleurs la contraposée de cette intuition de Jaurès au Royaume-Uni, où les salaires dans certains secteurs utilisant beaucoup de main-d’œuvre étrangère ont fortement augmenté suite aux reflux migratoires vers le continent induits par la perspective du Brexit.

Dans cette controverse centrale de l’immigration, se mêlent donc la critique de l’idéologie cosmopolite (critique portée traditionnellement par la droite conservatrice) et celle des effets économiques délétères de la mondialisation. Deux thématiques qui rencontrent une forte résonance au sein des classes populaires.

De leur côté, les mouvements nationaux populistes comme l’AfD s’engagent de plus en plus dans la défense des classes populaires contre les effets de la mondialisation. Ainsi, l’AfD, qui campait à l’origine sur une ligne économique ultralibérale, propose à présent de revaloriser les retraites et de revenir sur les réformes de flexibilisation du marché du travail (réformes Hartz IV en particulier) pour mieux épouser les attentes de son électorat cible. Le parti est même intervenu pour soutenir les ouvriers de Siemens contre le projet de fermeture d’une usine à Görlitz, près de la frontière polonaise. Ce positionnement fait écho à la ligne anti-euro et antimondialisation de la campagne présidentielle de Marine Le Pen en 2017. La Ligue italienne s’est également significativement «gauchisée» sur le plan économique et social, jusqu’à faire une alliance de gouvernement avec le Mouvement Cinq Étoiles en mai dernier, une situation politique inédite qui préfigure la constitution d’un «bloc populaire» potentiellement hégémonique face au «bloc bourgeois» représenté par les formations centristes traditionnelles.

Cette tendance s’étend par contagion aux partis de gouvernement, qui jusqu’à présent se préoccupaient avant tout de représenter les gagnants de la mondialisation. Le Premier ministre britannique Theresa May, leader du parti conservateur Tory, a ainsi acté la rupture définitive avec le thatchérisme pour renouer avec la tradition «social conservatrice» du «Red Tory». Elle tente ainsi de mieux répondre au besoin de protection exprimé par les classes populaires qui ont majoritairement voté en faveur du «Leave». Face à elle, Jeremy Corbyn a rompu avec la doctrine libérale du «New Labour» de Tony Blair pour adopter une ligne économique beaucoup plus en phase avec les intérêts des classes populaires. Il a également incorporé dans son programme la régulation des flux migratoires, chère aux partisans du Brexit, dans le même esprit que Sahra Wagenknecht. La rhétorique anti-mondialisation et anti-immigration de Donald Trump, tout à fait inédite au sein du parti républicain, constitue également une sorte d’avatar de cette tendance, même si, sur le plan intérieur, le positionnement de Donald Trump (notamment en matière fiscale) est encore franchement défavorable aux classes populaires. Quant à Bernie Sanders, il ne proposait rien de moins qu’une «révolution politique» aux catégories populaires déclassées par la mondialisation lors des primaires du parti démocrate.

On se souvient de la fameuse phrase de Warren Buffet: «Il y a bien une lutte des classes, mais c’est ma classe, celle des riches, qui la mène et elle est en train de la gagner». Or, les classes populaires, qui ont en effet été reléguées aux marges du système jusqu’à la crise de 2008, sont maintenant en train de se structurer en force d’opposition politique face au statu quo inégalitaire de la mondialisation.

Les élites bénéficiaires de la mondialisation tentent aujourd’hui de défendre le statu quo en se présentant comme les ultimes défenseurs des valeurs «progressistes» et «libérales» face au retour des «populismes» ou des «nationalismes». Mais, derrière cette terminologie caricaturale, se lit en réalité la tentative désespérée du «bloc bourgeois» de maintenir son hégémonie sociale et culturelle face à la pression de plus en plus menaçante du «bloc populaire». Un souverainisme politique, migratoire, commercial, budgétaire et monétaire, transcendant le clivage droite-gauche, apparaît comme le nouvel axe doctrinal autour duquel les classes populaires sont en train de s’organiser en vue de la reconquête du pouvoir. Face à la puissance de ce discours souverainiste, qui entend restituer aux peuples une démocratie confisquée, les élites libérales vont devoir réviser en profondeur leur logiciel si elles ne veulent pas voir cette seconde mondialisation finir, comme la première, dans les poubelles de l’Histoire.

Post Scriptum, 12 de setembre del 2018.

Comparteixo el comunicat de República Valenciana/Partit Valencianiste Europeu de suport al Decret italià per la dignitat, les valoracions positives d’Anguita, Monereo i Illueca i l’aparició del moviment alemany d’esquerres Aufstehen, fet públic el proppassat 9 d’aqueix mes, enmig del silenci enutjós del progressisme nostrat.

Post Scriptum, 18 de setembre del 2018.

La majoria de mitjans de comunicació i dirigents polítics, no solament alemanys, han qualificat de neo-nazis les manifestacions hagudes a la ciutat de Chemnitz arran de l’assassinat d’un ciutadà a mans d’un refugiat àrab. Excepcionalment, el psico-sociòleg jueu francès Charles Rojzman (Villeurbanne, 1942), publicà abans d’ahir al digital Causeur la seva versió dels fets desmentint la políticament correcta: “Chemnitz: des pseudo-nazis ouverts au dialogue“:

Largement considérés comme des militants néo-nazis, à cause de leur opposition frontale à la politique migratoire d’Angela Merkel, les habitants de Chemnitz ou Dresde en Allemagne sont en fait très ouverts au dialogue. Mais pour s’en apercevoir, encore faut-il chercher à les connaître…

Outre-Rhin, pour la plupart des médias, la quasi-totalité du gouvernement – à l’exception notable d’un ministre – et les partis de gauche, l’affaire est entendue : les manifestants anti-migrants de Chemnitz sont nazis. Rien n’est plus faux. Je connais Chemnitz pour y avoir formé la police l’an dernier ainsi que Dresde, à 75 kilomètres de là, où j’ai animé de nombreux groupes de dialogue entre adversaires et partisans de l’ouverture à l’immigration voulue par Angela Merkel.

J’y ai appliqué la méthode de thérapie sociale que j’ai créée il y a plus de vingt ans et pratiquée dans de nombreux contextes à travers le monde. Une méthode de dialogue qui ne consiste pas à pacifier les conflits entre personnes aux normes et aux valeurs différentes mais à leur permettre d’émerger pour résoudre les problèmes des communautés. Le résultat final de ce travail, c’est la reconnaissance par tous de la réalité dans sa complexité.

Les anti-migrants sont pro-dialogue
Or, à Dresde, la crise des réfugiés a beaucoup agité l’opinion, au point de provoquer de nombreuses manifestations, dont celles de Pegida tous les lundis. Je m’y suis rendu à la demande du maire et de l’association « Dresden für alle » (Dresde pour tous) pour aider les habitants de la ville qui avaient des opinions opposées à partager leurs expériences et à surmonter les conflits qui les opposaient.

A lire aussi: Chemnitz: cachez cette Allemagne que je ne saurais voir!

Première entorse aux idées reçues, les adversaires de la politique gouvernementale, y compris des membres de Pegida souhaitaient ce dialogue que refusaient les mouvements dits antiracistes. Ces derniers ont même envoyé des lettres de dénonciation à la mairie et à l’université parce que j’avais invité à ces rencontres des adhérents de Pegida ! A Dresde comme à Chemnitz, les militants de Pegida ne sont pas des nazis mais des citoyens allemands qui clament que les lois ne sont pas respectées et que la presse ment au sujet des exactions commises par des migrants. Des petits groupes de néo-nazis se sont, certes, joints à ces manifestations mais ils ont été très minoritaires et souvent écartés. D’ailleurs, nul ne sait de façon certaine si ce sont vraiment ces groupes qui ont attaqué le restaurant juif de Chemnitz.

Du côté de Pegida, des thèmes reviennent sans cesse : « Il n’y a pas d’argent ni de logements pour les pauvres de chez nous, alors qu’on en trouve toujours pour les migrants » ; « la presse nous ment sur la réalité des délits commis par ces migrants comme elle a tenté de la faire lors des événements de Cologne le soir du nouvel an 2016 » ; « on ne peut parler de la réalité qu’on voit ou qu’on vit même, sans être accusés d’être des nazis et des xénophobes ».

Une nouvelle lutte des classes
Force est de constater l’insuffisance du contre-discours qui leur est opposé. On évoque l’humanisme et la tolérance, expliquant que les flux migratoires ne sont pas si importants et on accuse Pegida d’entretenir la xénophobie des allemands de l’est et ainsi d’empêcher une bonne intégration de ces malheureux qui fuient la guerre ou la misère.

En fait, nous assistons dans toute l’Allemagne à une nouvelle forme de lutte des classes. D’un côté, des personnes appartenant à des milieux protégés séduits par l’exotisme du multiculturalisme et qui n’ont rien à perdre. De l’autre, des masses de travailleurs en chute sociale s’inquiètent d’un avenir qui leur échappe, sans perspective d’amélioration de leur sort, et ont tout à perdre dans cette globalisation qui leur arrache leur travail et aussi l’identité collective qui faisait, peu ou prou, leur fierté. Cette opposition recoupe en partie la division Est/Ouest du pays.

A l’Ouest, plusieurs générations allemandes ont vécu après-coup le traumatisme de l’anéantissement des juifs d’Europe et ne veulent plus connaître de différences entre les êtres humains. Les Allemands qui font partie des classes éduquées poursuivent un rêve d’amour universel, un rêve d’un monde qui ne connaîtrait plus le racisme et la guerre. Ils plaquent sur la réalité d’aujourd’hui cette utopie d’une humanité réconciliée, unie et identique. Ce refus de voir les différences et les hiérarchies entre les êtres humains et leurs cultures est une réaction parfaitement compréhensible à un passé douloureux mais aboutit à un déni de réalité. La jeunesse allemande, instruite et pacifiste, établit une équivalence entre clandestins et habitants légaux d’un pays, entre les genres, entre les sexualités, entre les générations, entre les cultures et les civilisations.

Ceux qui s’opposent à ces indistinctions, qui veulent que les frontières et les nations subsistent, ceux qui ouvertement déclarent que les cultures n’ont pas une valeur égale, que le voile, la polygamie, les mutilations sexuelles n’ont pas droit de cité sont dénoncés comme des fascistes, des racistes, des héritiers du nazisme. Alors que l’Allemagne de l’Ouest a été dénazifiée depuis 1945, l’ex-RDA s’est considérée comme victime et ne se reconnait pas ou peu dans cette culpabilité et cette repentance collectives. Cela explique pourquoi les protestations sont plus nombreuses à l’Est qu’à l’Ouest.

La France, une autre Allemagne
En réalité, les problèmes de fond sont identiques et la colère gronde aussi souterrainement à l’Ouest contre le manque d’intégration des Turcs et des Arabes de deuxième ou troisième génération.

Dans les ateliers que j’ai animés à Dresde, après moult hésitations et atermoiements de la part des membres d’organisations antiracistes, la réalité de l’extrême difficulté de l’accueil des migrants s’est imposée comme un constat partagé de tous. Alors que le premier mouvement avait été de refuser absolument tout dialogue avec les militants de Pegida, peu à peu, au fil des rencontres, se fit jour la possibilité, pour ne pas dire la nécessité, de réfléchir ensemble, sans tabous, à cet immense problème auquel font face désormais l’Europe et l’Allemagne en particulier.

Tout ce que j’ai vu à Chemnitz et à Dresde est transposable à la France d’aujourd’hui. Le dialogue conflictuel est indispensable. L’absence de conflit méthodique, l’absence de rencontre entre des citoyens d’origine, d’idéologies opposées, l’omniprésence d’une censure et d’une autocensure implacables, tout cela constitue un terreau fertile pour la propagande qui sépare encore davantage les hommes et les femmes, les groupes, les communautés. Comme le dit « l’immonde » Frauke Petry qui fut le porte-parole du parti AFD, auquel il est reproché de surfer sur des peurs non justifiées et d’attiser la haine contre les étranges : « La haine est le résultat de l’interdit du dialogue dans notre société. »

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