Manfred Gerstenfeld: “Masochisme israélien et hypocrisie hollandaise”

Jewish Forum va publicar ahir un punyent article de Manfred Gerstenfeld (sovint esmentat en aqueix bloc) titulat “Masochisme israélien et hypocresie hollanaise”:

Il existe des différences culturelles radicales dans la façon dont les pays, même les démocraties, enseignent leur passé. J’ai appris beaucoup à l’école, aux Pays-Bas, à propos des Indes néerlandaises – devenue plus tard l’Indonésie – qui était encore une colonie. Pourtant, on ne nous enseignait rien du tout sur la guerre de Java, à la moitié du dix-neuvième siècle, quand l’armée néerlandaise a massacré 200.000 autochtones, dont des dizaines de milliers étaient des civils[1].

Au contraire, mon petit-fils aîné est scolarisé dans un lycée de Jérusalem et on lui a demandé d’écrire au sujet du massacre de Deir Yassin en 1948. Au cours d’intenses combats, environ 200 Arabes, dont des civils, ont été tués par les combattants de l’Irgun Zwai Leumi. L’étendue de ces atrocités a gravement été exagérée pour des motifs politiques, à la fois par des Juifs et des Arabes. Pourquoi a t-on imposé ce devoir à mon petit-fils? Deir Yacin n’illustre pas particulièrement la façon général dont Israël a mené une guerre de survie existentielle.

Beaucoup de crimes de guerre extrêmes par leur barbarie demeurent dissimulés ou minimisés, dans l’histoire enseignée aux Pays-Bas. J’ai appris peu de choses sur la guerre de 1873-1914 à Atjeh, dans les Indes néerlandaises. Les colonisateurs ont tué environ une centaine de mille d’autochtones, selon les estimations.

Hendrik Colijn y occupait le poste de lieutenant. IL deviendra plus tard cinq fois Premier Ministre[2]. En novembre 1894, il écrivait à son épouse que, dans le cadre de la politique générale, il avait ordonné à ses soldats de tuer neuf femmes et trois enfants qui imploraient pitié[3]. Mais ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.

En 2017, l’historien néerlando-suisse Rémy Limpach a publié un livre de 870 pages sur les crimes de guerre hollandais qui se sont déroulés lors des deux soit-disant “opérations de police”, en 1947 et 1948, dans les Indes Hollandaises contre les combattants indépendantistes et des bandes criminelles.

Il en concluait que les crimes de guerre néerlandais qui se sont déroulés là étaient structurels et non contingents comme on l’a prétendu auparavant. Le livre offre de nombreux exemples de Hollandais déclenchant des incendies, torturant et exécutant des prisonniers, ou massacrant tout autant femmes et enfants. Il a bénéficié de plusieurs recensions,mais il n’y a eu aucune réaction importante au sein de la société néerlandaise.

A la fin des années 1960, un jeune historien hollandais, Cees Fasseur, a officiellement été chargé d’enquêter sur ces “opérations de police”. Il a adis plus tard le caractère superficiel de cette recherche[4]. Ce n’est qu’aujourd’hui, alors que tous les auteurs de crimes hollandais sont morts ou très âgés qu’a débuté une étude de fond sur la période de la décolonisation.

Durant de nombreuses décennies, presque personne ne s’est soucié des crimes de guerre hollandais. Un capitaine néerlandais Raymond Westerling, avait pour mission de “pacifier” certaines régions de l’île de Sulawesi. En 1974, il a déclaré à un journaliste, en sirotant un verre dilué de whisky, qu’il avait traîné en cour martiale 350 otages et qu’il les avait personnellement exécuté[5]. Depuis 1971, c’était Dries van Agt, qui est devenu plus tard le Premier Ministre de Hollande, qui était Ministre de la Justice. Aucune action contre Westerling n’a jamais été entreprise. Van Agt est le principal incitateur antisioniste de tous les Pays-Bas.

Une interiew de Westerling a ét& filmée en 1969, dans laquelle il a avoué ses crimes de guerre. Toutes les chaînes de TV hollandaises ont refusé de la programmer. Elle a finalement été diffusée en 2012[6].

En 1987, l’historien Ad van Liempt a écrit un article sur un massacre au cours des “opérations de police”, qui s’est soldé par 364 morts parmi les Indiens Hollandais[7]. Il m’a dit que cet article n’avait provoqué aucune réaction. En 1997, il a écrit un livre : Train of Corpses (Le Train des cadavres), qui raconte comment les Hollandais avaient affamé jusqu’à la mort près de la moitié des prisonniers Indiens de Hollande transportés dans un train.

Van Liempt m’a raconté que nombreux étaient ceux qui considéraient comme scandaleux qu’il ait osé écrire un livre relatant cet épisode[8]. Un cinéaste que je connais a réalisé un film en 1995 sur les meurtres de masse de l’armée hollandaise, de centaines d’hommes dans un village de Rawagede. Il me disait alors que les autochtones mentionnaient que des crimes identiques étaient survenus dans les villages voisins[9].

Dans sin livre de 2013, My Promised Land, Ari Shavit raconte l’histoire d’un soit-disant crime intentionnel de civils arabes qu’il prétend avoir été commis par les forces de Défense Israéliennes en juillet 1948 à Lod. Trois universitaires israéliens, Martin Kramer, Efraim Karsh et Benny Morris ont débattu autour de ce que prétendait Shavit. Aucun des trois ne considère sa version comme exacte[10].

Le New Yorker a pré-publié une version écourtée du chapitre de Shavit. Le rédacteur en chef aurait pu remplir une année entière de publications sur les crimes hollandais meurtriers qui se sont déroulés en Indonésie exactement à la même période.

En 1995, les soldats hollandais de l’ONU ont fui vers la capitale croate, Zagreb, depuis le village musulman bosniaque de Srebrenica qu’ils étaient censés protéger. Au cours d’un véritable génocide, les occupants Serbes bosniaques ont tué 8372 civils, hommes de 13 à 77 ans : égorgés et bâillonnés. Leurs corps maltraités et morcelés ont été jetés dans plusieurs fosses communes… Un tribunal hollandais a désigné les Pays-Bas comme civilement responsables de centaines (300) de ces meurtres[12].

L’historien néerlandais, Henri Beunders, a écrit qu’alors que les Bosniaques se tenaient à genoux dans le sang, les soldats de la glorieuse Hollande étaient à Zagreb barbotant dans la bière jusqu’aux chevilles, applaudis par leur Prince couronné, le Premier Ministre et le Ministre de la Défense, qui tous savaient pertinemment qu’ailleurs le sang giclait à flots[13].

Au cours d’une bataille en Afghanistan près de Chora en 2007,les soldats hollandais ont tué un nombre estimé entre 50 et 100 civils[14]. Le gouvernement hollandais a admis qu’il ne savait pas exactement combien de civils avaient été tués par ses avions et ses hélicoptères entre 2006 et 2010, dans la province afghane d’Uruzgan[15].

En 2018, le gouvernement hollandais a reconnu que ses avions ont tué des civils au cours de la guerre contre Daesh, en Irak et en Syrie. Alors que les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie ont fourni des informations sur la mort de civils pendant cette guerre,les Néerlandais se sont obstinément refusés à le faire[16].

La culture hollandaise de l’hypocrisie dans le traitement des points noirs monstrueux dans son passé contraste grandement avec la culture masochiste israélienne, qui consiste à souligner ce que les Israéliens ont fait de mal, et qui apparaît bien pâle face aux crimes des Hollandais. Dans cette culture il convient parfaitement que les gouvernements hollandais successifs ont obstinément refusé de reconnaître les graves défaillances de leur gouvernement en exil à Londres, a cours de la Seconde Guerre Mondiale, envers les Juifs de Hollande persécutés et assassinés. Tous les autres pays d’Europe occidentale, dont Monaco et le Luxembourg, ont reconnu ce qui s’était passé. Plusieurs d’entre eux ont présenté lurs excuses à leurs citoyens juifs.

Post Scriptum, 9 de desembre del 2018.

Jewish Forum publica avui una entrevista entre Manfred Gerstenfeld i la periodista holandesa Els Van Diggele arran del llibre testimoni que ha escrit arran la seva estada d’un any als territoris palestins.

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