Elits cosmopolites i pobles identitaris: les fractures socials que trasbalsen el sistema de partits occidental

Trump, Netanyahu i Jhonson, per exemple, són líders gens políticament correctes que obtenen èxits electorals malgrat la seva personalitat aixeca animadversió entre els opinadors mediàtics dels seus respectius països i arreu d’Occident.

Una explicació possible rau en els canvis haguts al si de les societats obertes occidentals als darrers vint anys, els de la globalització triomfant (per alguns), que han desbordat els referents dreta/esquerra i el sistema de partits posterior a la Segona Guerra Mundial.

Thibault Muzergues, un politòleg francès que treballa per l’International Republican Institute dels EUA, autor de l’assaig “La quadrature des classes” (Éditions Le bord de l’eau, Lormont, 2018) és entrevistat ahir per Le Figaro: “Ouvriers blancs, millennials, boubours et créatifs: ces classes qui redéfinissent les clivages politiques en Occident”:

LE FIGARO.- Dans votre livre «la quadrature des classes», vous démontrez que les anciens clivages politiques ont été remplacés en Occident par une nouvelle lutte des classes. Est-ce le retour d’une analyse marxiste qu’on croyait disparue?

Thibault MUZERGUES.- Absolument pas, même si j’avoue jouer sur l’ambiguïté en utilisant ce mot «classe», idéologiquement très chargé. Je constate simplement que partout en Occident, on retrouve les mêmes quatre classes sociales (ou catégories socio-professionnelles, si vous préférez) au centre des nouveaux paradigmes politiques. Ces quatre segments de nos populations redéfinissent le débat public – ses thèmes, ses codes, mais surtout ses clivages, dont l’émergence est à l’origine des grands bouleversements électoraux que nous avons vécus depuis 2016, de l’élection de Donald Trump à celle d’Emmanuel Macron, en passant par les succès de Sebastian Kurz en Autriche ou du Mouvement Cinq Étoiles en Italie. Mais comme il s’agit de quatre pôles politiques distincts (et souvent de taille assez comparable comme en France) et qu’il faut bien une majorité pour gouverner, la donne entre ces quatre classes n’est pas une lutte prédéterminée, mais bien un jeu de coopération/opposition, beaucoup plus complexe que la lutte des classes proposée par Karl Marx – en d’autres termes, là où la doctrine marxiste va voir un antagonisme inévitable entre deux classes où chacun occupe une position prédéterminée, mon approche se veut existentialiste: il s’agit de définir des groupes dont la composition et la stratégie d’alliance n’est pas déterminée à l’avance.

De quand date le tournant?

Il est double: la crise financière de 2008 va mettre un terme au rêve d’une grande classe moyenne englobant toute la société, avec des catégories sociales (la classe créative) qui vont clairement prendre leur essor là où d’autres (la classe ouvrière blanche et les millennials, pour différentes raisons) vont décrocher. Ensuite, la crise migratoire de 2015 va cristalliser les oppositions culturelles en faisant naître des peurs et des fantasmes dans chaque catégorie de la population. En particulier, la classe moyenne provinciale, déjà ébranlée par le discours très pro-diversité des élites urbaines, va se crisper sur cette question, et ainsi permettre l’émergence d’un clivage bien plus clair, dans lequel la question migratoire devient un élément particulièrement déchirant pour les sociétés occidentales.

Il existe selon vous 4 grandes classes: la classe créative, la classe moyenne provinciale conservatrice (les «boubours» ou «bourgeois bourrins») , la nouvelle minorité blanche ouvrière et les «millennials». Comment s’est manifesté ce nouveau clivage lors de la dernière présidentielle en France?

La présidentielle de 2017 est vraiment intéressante parce qu’on y retrouve quatre candidats qui ont choisi (consciemment ou non) de se poser comme champions d’une des quatre classes, avec comme résultat un quasi-monopole du débat – à eux quatre, ils totalisent quasiment 85% des voix, laissant aux 7 autres candidats 15% restant, autrement dire des miettes. Du côté d’Emmanuel Macron, on retrouve la classe créative – c’est la «start-up nation» de son début de campagne, urbaine et ultra-intégrée dans la mondialisation, qui soutient l’ouverture et un libéralisme économique et social, avec une tendance très marquée à la promotion de la diversité et une vision du travail très flexible qui déteint sur sa vision du monde. La classe moyenne provinciale, très proche de la classe créative sur le plan économique, s’inscrit complètement en faux sur les questions sociales: parce que sa vie est faite de routines, de trajets en voiture et de séparation stricte entre le monde du travail et la sphère familiale, elle ne comprend pas les aspirations à la diversité des créatifs et s’oppose donc vigoureusement à leurs tentatives de limiter la circulation automobile, ou encore sur leurs mesures sociales pro-diversité (mariage pour tous, accueil des réfugiés, etc.). C’est la France qui a voté François Fillon au premier tour en 2017, et celle qui s’est en majorité ralliée à Emmanuel Macron au deuxième tour, assurant son élection (là où elle avait basculé vers Donald Trump durant la présidentielle américaine). Il faut ensuite ajouter les deux grands perdants de l’après-2008: la classe ouvrière blanche a fait les frais de la désindustrialisation de l’Occident et de sa mise en concurrence avec l’étranger (que ce soit par le biais de l’immigration ou celui de l’ouverture des frontières) – elle aspire à un retour aux années 60 avec fermeture des frontières, réouverture des usines et retour de l’État-providence. Elle forme le cœur électoral du FN dans le nord-est de la France. Enfin, il y a les millennials. Déjà beaucoup plus portés sur les schémas collaboratifs que leurs aînés du fait de leur expérience sur les réseaux sociaux, leurs difficultés à s’insérer sur le marché du travail se transforme en rébellion ouverte contre le système, d’où leur soutien à Jean-Luc Mélenchon à la dernière présidentielle.

Aucune de ces classes n’est majoritaire en occident. Quels types d’alliances ont été mises en œuvre entre elles? Peut-on considérer qu’aujourd’hui Emmanuel Macron gouverne selon une alliance entre classe créative et classe moyenne provinciale conservatrice? Dans le cas du gouvernement populiste italien, quel type d’alliance prévaut?

Emmanuel Macron a effectivement pu faire la jonction entre la classe créative et la classe moyenne provinciale – en partie dès le premier tour et quasi totalement au deuxième, ce qui lui a assuré la victoire. Mais ce n’est bien sûr pas la seule combinaison possible – dans le cas de Donald Trump, on voit le candidat partir d’une base classe ouvrière blanche pendant la primaire pour gagner la classe moyenne provinciale durant sa confrontation avec Hillary Clinton, tandis que dans celui du séparatisme catalan (ou de la coalition nationaliste en Corse), on retrouve une coalition improbable millenials-classe moyenne. Généralement, cette dernière est la clé du débat, même en Italie, où nous avons assisté à une coalition postélectorale entre un Matteo Salvini qui a su s’attirer la sympathie de la classe ouvrière blanche du Nord du pays et le Mouvement Cinq Etoiles dont le cœur électoral est situé chez les Millenials (et dans le Sud). Ce qu’on ne voit pas dans cet accord, c’est qu’électoralement, Salvini est en train de siphonner une grande partie du vote de la classe moyenne provinciale (généralement porté vers Forza Italia), ce qui fait de la Ligue du chaos des derniers mois.

Attardons-nous sur la classe des millennials (génération née entre les années 1980 et l’an 2000). Quels sont les ressorts qui nourrissent la radicalité politique de cette génération?

Ce qui caractérise cette classe, c’est d’abord le niveau d’éducation. Les millennials ont fait des études supérieures (au moins trois ans) et ont donc été très influencés par le discours de leurs professeurs, souvent plutôt portés à gauche, et qui leur ont fait miroiter un avenir radieux et un succès fulgurant lors de leur entrée dans le monde du travail. Or, non seulement nos jeunes diplômés ont dû s’adapter à une réalité beaucoup plus nuancée qui les a amené à détester les «bullshit jobs» avec lesquels ils doivent commencer leur carrière professionnelle, mais leur entrée dans le monde du travail a eu lieu dans les années qui ont suivi la crise, avec des emplois peu nombreux et bien moins payés qu’auparavant. Même si leur rapport à la propriété privée (du fait des réseaux sociaux et de l’économie collaborative) est bien moins marqué que les générations précédentes, la rébellion de ces jeunes ne peut pas se résumer à l’image d’Epinal de la crise marxiste de la jeunesse – d’abord parce que les millennials, bien que collectivistes, ne font aucune confiance à l’Etat pour répartir les richesses, et ensuite parce que leur rébellion ouverte est le fruit de leur expérience personnelle – s’ils sont «insoumis», c’est parce que non seulement le système actuel ne fonctionne pas pour eux. Pour une génération élevée dans le culte du moi (un vrai paradoxe au vu de leur collectivisme), c’est l’insulte suprême qui les fait basculer d’abord dans un mouvement de contestation (les Indignados en Espagne, Occupy Wall Street aux USA et Nuit Debout en France), puis dans un mouvement politique, que ce soit Podemos ou Jean-Luc Mélenchon.

La victoire d’Emmanuel Macron a donné l’illusion d’un reflux éphémère des populismes. Quel avenir pour cette lutte des classes? Sous quelles conditions peut-elle se résorber?

Une élection ne règle rien, dans la mesure où le phénomène est sociologique, et global. En 2018, nos quatre classes sont encore bien présentes, en particulier les classes rebelles qui sont le terreau électoral des populistes – et plus la situation économique (ou migratoire) est tendue, plus les classes rebelles ont la cote. Tant que millennials et/ou classe ouvrière blanche se sentiront exclus du système ou estimeront que celui-ci ne marche pas pour eux, alors on ne pourra pas se sortir du problème de la quadrature des classes. A court-terme, cela veut dire qu’il faut jouer avec cette nouvelle donne: se poser comme le porte-voix d’une des classes avant de tenter de rallier une autre à sa coalition électorale (en incluant généralement la classe moyenne provinciale). A plus long-terme, se pose la réinsertion sociale des classes rebelles, puisqu’elles ne s’insurgent que parce qu’elles ont l’impression d’être en marge de nos sociétés globalisées. De même que la poussée du communisme a pu être enrayée en occident par l’intégration de la classe ouvrière dans la classe moyenne, tout le défi des politiques publiques aujourd’hui consiste à réintégrer une de ces classes dans le mainstream. Sinon, la victoire des forces anti-système n’est qu’une question de temps.

Post Scriptum, 8 de setembre del 2018.

El president francès Emmanuel Macron ha deixata anar un comentari displicent sobre “les gaullois ” que es resisteixen als canvis, això des de Dinamarca estant, (un estat de referència per a ell) afirmant alhora estar disposat a confrontar la seva visió d’Europa, com editorialitzava Le Monde, tot fent-li costat, el proppassat 31 d’agost, “Face a l’axe Salvini-Orban“. Ben diferent és el punt de vista de Nicolas Vidal expressat el 30 d’agost a les pàgines de Le Figaro: “Emmanuel Macron face au retour des peuples européens et aux Gaulois”.

Post Scriptum, 24 de setembre del 2018.

La revista de pensament polític feta per intel·lectuals jueus francesos “Controverses” va dedicar el dossier del número 3, corresponent a l’octubre del 2006, a “L’identité nationale face au postmodernisme” aplegant un seguit de col·laboracions entre les quals destaca l’article editorial de Shmuel Trigano: “Le bel avenir de l’Empire Ottoman“.

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