Frédéric Sroussi: “Modernité, crise d’identité et expansion de l’islam”

Frédéric Sroussi és un assagista franco-israelià que ahir va publicar aqueixa reflexió al seu bloc del The Times of Israel:

L’Occident est victime d’une nouvelle crise d’identité causée par une défiance aiguë vis-à-vis d’une modernité qui l’effraie par son aspect particulièrement « transitoire, fugitif et contingent » (Baudelaire). Comme tout malade, l’Occident est inquiet et l’inquiétude, comme le rappelle l’excellent Jacques Le Rider, est une marque de la modernité.

Dans la condition moderne, « l’individu se trouve mis au défi de maîtriser par les seules forces de sa subjectivité des problèmes qui le dépassent largement : crise du sujet social et politique face aux conséquences, parfois même à l’ échec des grandes stratégies d’émancipation, et face au relâchement des forces traditionnelles d’intégration culturelle »(1).

L’individu n’est plus structuré par la tradition dont la modernité fait tabula rasa. Il existe une tendance dans une partie de la jeunesse d’aujourd’hui à mépriser avec une assurance déconcertante tout ce qui n’est pas issu de l’ instant :« Je n’ étais pas né disent-ils , comment le saurais-je ?».

L’histoire, donc les racines de l’individu, structure le sujet en lui offrant une généalogie, une durée qui l’inscrit dans un temps dont le passé n’est pas forclos. Comme l’écrivait Nietzsche, grand pourfendeur de la modernité : « L’homme « fort » sera celui qui saura construire son identité en intégrant tout son passé au moi présent » (2).

La crise généalogique de l’individu déstructure les bases identificatoires du sujet moderne qui par conséquence se retrouve sans repères face à un avenir sans lien avec le passé : destructuration temporelle.

Pour beaucoup d’occidentaux, l’existence est donc devenue un simple passage qui ne mène à rien, le nomadisme pour le nomadisme. C’est l’homme sans qualités de Musil. À la différence de Kafka qui écrivait : « Il y a un but mais pas de chemin » , le sujet moderne prend plutôt un chemin sans but. Cette société du passage dans laquelle les identités se bousculent à l’intérieur du même moi crée une crise même de cette « identité » polymorphe. La fallacieuse « Théorie du genre » est le symbole pathologique du « non-accomplissement de l’identité », comme le dit Jean Florence en parlant du moi freudien.

Deux options seront donc retenues par le sujet moderne en crise : soit rester en « disponibilité » identificatoire (« refusant les identifications hâtives », comme le dit Jacques Le Rider), soit tenter de sauver son identité par le biais d’une identification à des causes extérieures que sont « les rôles sociaux ou les causes idéologiques » (3). Et c’est ici que la religion absolument dogmatique et totalement passéiste qu’est l’islam, devient pour les perdus de la modernité un (illusoire) support.

L’islam a de nombreux « avantages » pour ceux qui sont en recherche d’une identité stable puisant ses racines dans une tradition basée sur l’idée d’un passé glorieux fantasmé. Ce retour en arrière plonge le musulman ou le futur prosélyte au cœur d’une lignée généalogique et tribale dans laquelle l’identité d’appartenance ne se pose plus. On appartient à l’Oumma, c’ est-à-dire à une totalité refermée sur elle-même qui, à l’image des sectes, condamne l’individualisme et le monde extérieur (non musulman bien évidemment). Dès lors, le problème d’identité du sujet se trouve artificiellement réglé par l’« arraisonnement » du « moi » par un « nous ». L’individu n’est donc plus abandonné à lui-même car il appartient à une grande communauté.

L’identité musulmane repose sur une identité totalisante, c’est-à-dire, une identité collective qui paraît stable mais dans laquelle l’individu ne s’appartient plus. Rien n’est en fait réglé car le moi labile du sujet et ses représentants inconscients n’ont pas disparu pour autant, et le retour violent du refoulé l’attend au détour du chemin. L’islam apporte aussi un « avantage » indéniable pour ceux qui rejettent la civilisation occidentale !

Dans Malaise dans la civilisation (ou dans la culture, selon les traductions), Freud explique que : « (Le) remplacement de la puissance de l’individu par celle de la communauté est le pas culturel décisif. Son essence consiste en ce que les membres de la communauté se limitent dans leurs possibilités de satisfaction, alors que l’individu isolé ne connaissait pas de limite de ce genre.»

Freud ajoute: « La liberté individuelle n’est pas un bien de culture. C’est avant toute culture qu’elle était la plus grande, mais alors le plus souvent sans valeur, parce que l’individu était à peine en état de la défendre. Du fait du développement de la culture, elle connaît des restrictions et la justice exige que ces restrictions ne soient épargnées à personne. »

De ce fait, Freud explique que « ce qui bouillonne dans une communauté humaine en tant que poussée à la liberté peut-être révolte contre une injustice existante et ainsi être favorable à un développement ultérieur de la culture et rester conciliable avec la culture. Mais cela peut aussi être issu du reste de la personnalité originelle, non domptée par la culture, et devenir le fondement de l’hostilité à la culture ».

Ainsi, nous pouvons dire que l’islam « offre » la possibilité à la communauté (l’Oumma) de se comporter comme un individu non « dompté » par la culture tout en gardant l’approbation et l’amour de la société (musulmane), donc d’une forme de « civilisation ». En fait, l’islam affecte le rigorisme, ce qui répond en partie aux besoins d’ordre et de morale d’un individu non totalement dénué de « culture » afin de leurrer et de « contenter » le surmoi (dont la fonction consiste à juger le Moi). Mais la vérité est toute autre ! Violence et soumission (traduction du mot islam) sont les maîtres mots de cette religion. Les pires pulsions sont donc cautionnées par la « Cause » comme cela se passe dans la plupart des idéologies totalitaires!

Les crises d’identités touchent des millions d’individus en ces temps de perturbations sociétales. Face aux crises d’identité et aux familles décomposées, l’aspect clanique de l’islam vient aussi « rassurer ». La nouvelle crise de la modernité occidentale peut trouver sa solution dans l’affirmation d’une identité forte en « piochant » dans son passé les moments les plus brillants de son histoire.

Notes
(1) Jacques Le Rider ; Modernité viennoise et crises de l’ identité (Quadrige/Presses Universitaire de France).
(2) Friedrich Nietzsche; “Le crépuscule des idoles”.
(3) Jacques Le Rider; “Modernité viennoise et crises de l’ identité” (Quadrige/Presses Universitaire de France).

Post Scriptum, 27 de desembre del 2019.

Frédéric Sroussi publica avui a Europe-Israel aqueix article punyent: “Fofana, Coulibaly, Traoré, Dieudonné: l’antisémitisme noir, on en parle ?”:

Un couple de suprémacistes noirs a commis l’irréparable le 10 décembre dernier en visant une supérette cachère à Jersey City aux États-Unis, tuant deux personnes juives dont une mère de famille de 31 ans et un élève d’une école talmudique de 24 ans (sans oublier, évidemment, le décès d’un héroïque officier de police et d’un employé de l’ épicerie cachère de 49 ans). Les deux assaillants (un homme et une femme) munis,entre autres, de fusils d’assaut,ont été heureusement abattus.

Les deux tueurs ont agi par haine des Juifs : des propos antisémites avaient été postés sur Facebook par l’homme, David N. Anderson, accompagnés de versets du Nouveau Testament comparant les Juifs à «la Synagogue de Satan» (Apocalypse de Jean). Anderson, 47 ans ,était en contact avec « le mouvement israélite des Hébreux noirs » (Black Hebrew israelites). Ce mouvement très nébuleux n’a évidemment aucun lien avec le Peuple juif mais prétend le remplacer (on retrouve ici l’idée de la Théologie de la substitution prônée par le christianisme à partir du IIe siècle affirmant que l’ Église serait « le véritable Israël»). Comme l’explique la chercheuse Heidi Beirich :« les Juifs sont considérés (pour les «Hébreux noirs») comme des «imposteurs» ».

Les « Hébreux noirs», ajoute-t-elle, pensent aussi que Dieu se révélera à eux pour « dominer toute la terre» et que les Blancs seront maudits et réduits en esclavage pour l’éternité… Les Afro-américains, bien qu’ayant toujours été soutenus par la communauté juive dans leurs combats pour les droits civiques, étaient déjà dans les années 1990, selon un sondage, quatre fois plus antisémites que les Américains blancs.

Je rappelle le pogrom de Crown Heights -un quartier de Brooklyn (New York City)- qui s’est déroulé en août 1991. Après un accident de la route qui a malheureusement coûté la vie à un adolescent noir(le conducteur était juif), la communauté afro-américaine a déchaîné sa haine meurtrière pendant plusieurs jours contre tous les Juifs, hommes, femmes et enfants qu’ils croisèrent dans les rues. Une vingtaine de noirs lynchèrent et poignardèrent à mort un étudiant juif australien Yankel Rosenbaum. Un homme non Juif (nommé Anthony Graziosi), portant la barbe et habillé en noir fut aussi assassiné d’une balle dans la tête à un feu rouge par une meute de noirs qui le prit pour un Juif. Pendant plusieurs jours, les magasins appartenant à des Juifs furent pillés et incendiés, et pour avoir vu des photos de ces émeutes raciales, je peux dire que je fus frappé par la ressemblance de ces images avec celles que je connaissais des pogroms qui se déroulèrent en Russie: des Juifs orthodoxes à terre nageant dans leur sang à côté de leurs enfants en pleurs eux-mêmes blessés. Des banderoles sur lesquelles était inscrit «Hitler n’a pas fini le travail» ont été aussi affichés dans les quartiers noirs.

Ces derniers mois ,de nouvelles attaques perpétrées contre la communauté juive orthodoxe par des gangs de jeunes noirs se sont généralisées à Brooklyn (tabassages d’enfants juifs, caillassage de bus scolaires, rabbins roués de coups, synagogues vandalisées, etc). Toutes les photos et les vidéos concernant cette vague de violence envers les Juifs montrent de jeunes noirs souvent hilares après avoir commis leurs forfaits.

À ce sujet ,le journaliste Zachary Evans dans The National Review (10/12/19) a dénoncé le fait que les autorités locales de New York aient accusé le ‘’nationalisme blanc’’ d’ être responsable de cette vague de violence contre les Juifs, alors même que David Pollock, le directeur d’un organisme qui s’occupe de la sécurité de la communauté juive de New York, explique que les assaillants sont tous noirs ou hispaniques. D’ailleurs, un sondage commandé par l’organisation The Brand Israel group, démontrait déjà en 2017 qu’ aux États-Unis, les noirs et les hispaniques représentaient la population la plus hostile envers Israël.

Les suprémacistes noirs et les suprémacistes blancs ont donc lancé une offensive contre les Juifs aux États-Unis comme en Europe (je rappelle l’attentat dit de Yom Kippour perpétré contre une synagogue, en Allemagne, par un suprémaciste blanc, le 9 octobre 2019). Dans un article que j’ai publié en février dernier, je faisais remarquer que la Représentante du Minnesota au Congrès des États-Unis, Ilan Omar, femme noire, musulmane d’origine somalienne, connue pour ses petites phrases antisémites concernant «les Juifs et l’argent» avait trouvé le soutien de…l’ancien «Grand sorcier » du Ku Klux Klan, l’immonde David Duke. Ce dernier avait loué le talent de la somalienne Omar pour ses prises de position antisionistes. Décidément, la haine des Juifs est bien l’élément le plus fédérateur du monde !

Sartre écrivit dans son célébrissime Réflexions sur la question juive que:«Proust a montré, par exemple, comment l’antidreyfusisme rapprochait le duc de son cocher, comment grâce à leur haine de Dreyfus, des familles bourgeoises forcèrent les portes de l’aristocratie. C’est que la communauté égalitaire dont se réclame l’antisémite est du type des foules ou de ces sociétés instantanées qui naissent à l’occasion du lynchage ou du scandale. » Tout est dit !

La plus célèbre figure actuelle de l’ antisémitisme noir aux États-Unis est sans conteste, le leader afro-américain de Nation of Islam, Louis Farrakhan (l’antisémite Malcom X -mort en 1965 – fut le porte-parole de Nation of Islam ). Le leader noir Farrakhan qui a décrit Hitler comme «un très grand homme»(sic) a depuis les années 1980 traité à plusieurs reprises le judaïsme de «religion de caniveaux», accusant même les Juifs d’avoir…«financé l’Holocauste» (discours prononcé à la Mosquée Maryan de Chicago en mars1995).Farrahkan a aussi, entre autres,fait récemment référence aux Juifs comme étant des «termites »…

Ha ! Formidable Amérique où l’on bannit des gens et où l’on brise des carrières pour des « délits» relatifs à «l’ appropriation culturelle» (soit, par exemple, une femme blanche portant une coiffure rasta), mais qui tolère les propos pathologiquement haineux et génocidaires d’un Louis Farrakhan. Ce dernier rencontra même Barack Hussein Obama en 2005 (la photo de cette réunion où l’on voit le futur président américain tout sourire aux côtés du leader ultra-antisémite de Nation of Islam n’a été dévoilée qu’en 2018 pour ne pas gêner la candidature puis les deux mandatures du premier président noir des États-Unis). En parlant d’Obama, rappelons aussi que son mentor fut pendant des années le Révérend Jeremiah Wright, un pasteur afro-américain connu pour ses propos antisémites. Il accusa ,par exemple, les Juifs de «contrôler la Maison Blanche » (2009).

Je me suis attardé sur l’antisémitisme noir made in America car ce dernier est moins connu que celui auquel les Juifs français sont confrontés depuis que Dieudonné (le Goebbels noir) a ouvert la voie à un antisémitisme qui produira les passages à l’acte des immondes Fofana, Coulibaly et Traoré. N’oublions pas de citer «l’antisémitisme politiquement correct » (c’est-à-dire l’antisionisme) de la députée mélanchoniste franco-gabonaise et islamo-gauchiste Danièle Obono.

Nous pouvons constater qu’il existe donc une expression de l’antisémitisme noir qui est lié, aux États-Unis comme en Grande-Bretagne, à la résurgence d’un antijudaïsme de type chrétien (suivant en cela l’exemple des suprémacistes blancs !) . Mais, il est évident que l’islamisme et le ressentiment au sens nietzschéen du terme (1) restent au sein de nombreux membres des communautés noires les «moteurs» de la haine envers les Juifs. Mais , ne nous y trompons pas, les passages à l’acte antisémites d’une partie de cette population sont aussi liés – comme l’explique le criminologue et policier Jean-François Gayraud au sujet des djihadistes opérant en Occident – à un «habitus de violence et de déviance ». Évidemment, et comme la décision d’injustice concernant l’affaire Sarah Halimi le démontre, cet antisémitisme noir sera nié, et ceux qui l’auront pointé du doigt traités de racistes, c’est tellement facile…

Il est étrange que les sentiments de culpabilité et de pitié que l’Occident exprime – jusque dans les tribunaux – ne sont donc en fait accordés qu’envers ceux que l’Occident n’a pas assassiné (les populations issues du tiers-monde), alors qu’il refuse d’accepter sa responsabilité (autrement que par de pieuses paroles) en ce qui concerne la Shoah,le pire crime de l’histoire de l’inhumanité. La dette morale de l’Occident vis-à-vis des Juifs étant irréparable, il apparaît préférable pour l’économie psychique de la civilisation occidentale de transférer son sentiment de culpabilité vers ceux pour qui la dette est réparable (les prétendus «damnés de la terre» de la colonisation qui n’ont pas connu l’extermination !). De plus, au nom de «l’antiracisme» dévoyé , l’Occident peut continuer sa guerre contre les Juifs par d’autres moyens : le monde arabo-musulman servant depuis des décennies de sous-traitant à la civilisation occidentale dans sa lutte contre le Peuple d’Israël. Il existe donc bien un nationalisme noir en Occident (2) profondément antisémite et meurtrier.

Notes
(1) L’homme du ressentiment est à la recherche d’un agent -un bouc émissaire- qu’il peut blâmer et faire souffrir pour compenser ses propres sentiments et/ou d’infériorité.
(2) Au sens où “la nation est “acéphale” comme le disait le doyen Hauriou.

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