Per una defensa activa de les societats obertes front als totalitarismes, no solament contra el gihadisme

Els atacs gihadistes a París del divendres passat han accelerat una crisi llargament covada al si de l’Europa occidental: l’afebliment dels valors democràtics per part de les elits culturals i polítiques (ja advertit fa anys per Myriam Revault d’Allones) ha abonat el terreny pel ressorgiment dels vells totalitarismes (comunista i feixista), els nous populismes euroescèpics, i l’emergència d’un integrisme desconegut en terra europea: l’islamisme.

A la part d’Europa no ocupada pel règim soviètic en acabar la Segona Guerra Mundial va renéixer la vida democràtica sobre les restes del nazisme i els seus col·laboradors: el liberalisme, el conservadurisme, el republicanisme, el social-cristianisme, el laïcisme, el socialisme democràtic van bastir i governar els estats occidentals i les institucions comunitàries. Avui d’aqueixes ideologies i dels partits que les representaven en queda ben poc rastre arreu del continent.

L’economicisme tecnocràtic, el tardocomunisme (dit anticapitalisme), el pacifisme arbitrari, l’autoodi europeu pel passat colonial, el progressisme abstracte i banal, l’antisionisme, l’antiliberalisme, els moviments teocràtics, són ideologies de substitució mancades de projectes creïbles i viables. L’atzucac de la UE i la pusil·lanimitat dels dirigents influents a escala continental són l’erm on han crescut les males herbes que combinades han facilitat el sorgiment d’un totalitarisme islàmic que atrau a aquells que volen destruir el model de civilització oberta  que encara subsisteix.

Certament, no hi ha altra alternativa que la militar per derrotar el Califat Islàmic, però cal la regeneració efectiva dels valors democràtics per menar un combat multidimensional (cultural, socioeconòmic, ètic, polític) per fer retrocedir tots els totalitarismes, no solament l’integrisme islàmic, que volen acabar amb les societats obertes definides per Karl Popper fa setanta anys i que ara han perdut la capacitat d’atracció i integració.

Post Scriptum, 18 de gener del 2017.

Avui el filòsof i economista francès André Gjrebine publica aqueix article a Le Figaro titulat “L’islamisme et l’angoise des sociétés libérales face à la perte de sens” que assenyala la incertesa del liberalisme en contrast amb la certesa del totalitarisme com una de les causes de la puixança de l’islamisme:

La recherche d’un système immuable qui situe l’homme dans l’univers et donne un sens à sa vie et l’aspiration a toujours plus de liberté sont sans doute deux visées contradictoires inhérentes à l’être humain. Plus une religion ou une idéologie fournit des réponses précises aux questions existentielles, moins elle laisse de failles par lesquelles un questionnement peut s’infiltrer. Elle enferme ses fidèles dans une plénitude, un excès de sens qui, pour être imaginaire, n’en réduit pas moins leur liberté de pensée et d’action hors des normes prescrites. En centrant son enseignement sur des rituels et des règles de comportement, une religion détourne le fidèle de questions existentielles sujettes à des remises en question dangereuses, aussi bien pour le système ainsi constitué que pour lui-même. L’éclatement de cette bulle devient la crainte, plus ou moins obsessionnelle, du fidèle. Il menace de laisser celui-ci démuni face au vide métaphysique, psychologique, social auquel il sera alors confronté. Au contraire, un système ouvert est, à première vue, plus angoissant, dans la mesure où il stimule l’inquiétude plutôt que d’offrir le confort de réponses indiscutables. Mais, il permet une sorte de respiration, un aller-retour permanent entre un questionnement et la formulation d’hypothèses qui peut rendre l’individu plus à même de faire face aux irruptions de la vie qui menacent les systèmes fermés. A certaines époques, la confrontation de ces deux approches ne se manifeste que dans la conscience ou l’inconscient des individus. A d’autres, elle sous-tend un affrontement entre deux conceptions de l’homme et de la société. Cet affrontement se dessine aujourd’hui au sein de la société française.

Alors que la première génération de l’immigration musulmane pratiquait en général un islam paisible tout à fait compatible avec une démocratie laïque, la difficulté de trouver des repères et de s’intégrer que connaissent des jeunes des générations suivantes amène bon nombre d’entre eux à se replier sur une identité d’origine qui n’a jamais été véritablement la leur et qu’ils sont tentés de surjouer. Les uns accentuent leurs différences de mœurs et de comportement avec la population dominante, en prétendant se conformer à des prescriptions religieuses. D’autres prônent un fondamentalisme d’un autre âge. L’emprise du texte fondateur compromet leur adaptation à la société ambiante ici, de même qu’elle rend plus difficile la modernisation de leur pays d’origine. Elle est source de tensions et d’animosité à l’encontre de ceux qui s’opposent à l’introduction de règles d’inspiration religieuse dans l’organisation de la société.

Ces derniers se sentent d’autant plus menacés par les débordements de ce trop-plein identitaire qu’ils éprouvent souvent eux-mêmes quelques difficultés à se situer, à assumer leur finitude, sans le secours d’une béquille religieuse ou idéologique que la démocratie laïque ne leur fournit plus. Certains suggèrent de renouer avec un roman national dont on attend qu’il renforce le sentiment d’appartenance à un peuple héritier d’une longue histoire. D’autres entendent tirer profit de l’expansion de l’islam en France pour réintroduire la transcendance et renforcer la place du christianisme dans la vie politique. Il est douteux que la première solution soit à la hauteur du manque que tant de gens ressentent, qui est moins de nature tribale qu’ontologique. La seconde solution constituerait une incontestable régression par rapport à la société ouverte, c’est-à-dire à une société sans dogmes imposés au nom d’une Révélation.

Tout se passe comme s’il n’y avait de choix qu’entre le rejet ou la complaisance. Des hommes politiques et des commentateurs multiplient les déclarations et les propositions qui risquent de renforcer le sentiment d’être incompris qu’éprouvent des personnes de culture musulmane, par exemple la décision de plusieurs maires d’interdire des repas de substitution dans les cantines scolaires. D’autres mettent en œuvre des politiques inspirées par un sentiment de culpabilité au souvenir de la colonisation et par leur volonté d’accepter n’importe quelle concession pour préserver la paix sociale et éviter de s’enliser dans des conflits qui leur paraissent trop difficiles à gérer. Ces politiques aggravent, elles aussi, la divergence entre la communauté musulmane et la communauté nationale.

Elles risquent donc d’obtenir le résultat opposé à celui qu’elles recherchent.

On peut se demander si c’est seulement la réminiscence de notre passé colonial qui explique cette mauvaise conscience, et pas tout autant le malaise ressenti devant nos sociétés ouvertes. Leurs succès expliquent la séduction qu’elles exercent sur le reste du monde, sans les excuser aux yeux d’un grand nombre de nos concitoyens. Ceux-ci se sentent désemparés dans une société qui ne leur propose pas de boussole pour s’orienter dans la société et dans le monde et ne leur impose pas des valeurs, qu’elle leur laisse le soin de déterminer eux-mêmes. Ils comprennent d’autant mieux les réticences à l’égard de la société française, plus généralement des démocraties libérales, qu’expriment de nombreux jeunes d’origine musulmane qu’au fond d’eux-mêmes ils les partagent. D’où les lamentations sur l’absence de valeurs et la spiritualité défaillante de nos sociétés.

La croyance que le vivre-ensemble suppose le refoulement de tout ce qui pourrait être perçu comme une critique conduit à confondre l’islam et ses fidèles. En réalité, ce n’est pas l’islam qu’il s’agit de rendre compatible avec la République, mais ceux qui s’y référent qu’il convient d’amener à adopter des comportements qui ne soient pas contraires à ses règles. Les textes fondateurs n’ont généralement pas vocation à s’adapter. En revanche, on peut attendre de chacun qu’il s’en distancie. Le christianisme comme le judaïsme ont connu, au fil du temps, de nombreuses interprétations qui ont parfois donné lieu à des réformes. Sauf pour quelques groupes plus ou moins marginaux, ils ne jouent plus le rôle qui a été jadis le leur. Le plus souvent, c’est la réalité des choses elle-même qui conduit les individus à s’adapter, à s’écarter d’une manière ou d’une autre de leur texte fondateur, quitte à l’interpréter en fonction des circonstances. En assimilant les musulmans à leur texte fondateur et en s’interdisant d’en débattre, les politiques bien-pensantes contribuent à figer une identité qui autrement pourrait s’adapter à la vie et à la société.

Les mouvements communautaristes qui dénoncent partout des symptômes de racisme ne voient pas que le repli identitaire qu’ils prônent en est une manifestation éclatante. Le racisme, comme le cauchemar décrit par Sartre, dans Huis-clos, c’est précisément cette fixation sur ce qui différencie l’individu, réduit à une caractéristique unique, alors qu’il a, en réalité, une multitude de spécificités qu’il ne connaît pas toujours lui-même et qui peuvent varier au fil du temps et des circonstances.

Les uns et les autres doivent aujourd’hui se réconcilier avec leur faille. Les uns en acceptant qu’aussi angoissante que soit la perspective de vivre dans un monde sans référence transcendante, elle est le prix de la liberté dont ils jouissent. Les autres en reconnaissant que si personne ne les empêche de rester fidèle à leur religion, ce n’est pas seulement la coexistence pacifique au sein d’une société, mais la vie elle-même qui exige de chacun qu’il sorte de son enfermement.

Contrairement au multiculturalisme, qui suppose un assemblage disparate d’entités culturelles figées, l’intégration dans une société ouverte s’inscrit dans l’inachèvement. Elle ouvre la voie à un individu toujours en devenir, riche de ses innombrables possibilités. Dans cette optique, il conviendrait de redéfinir ce que signifie «reconnaître l’autre». Il ne s’agit pas de l’enfermer, ou de le laisser s’enfermer, dans sa différence. Mais bien d’accepter que sa quête d’identité – jamais assouvie et qui ne peut pas l’être – se confronte à la nôtre et la stimule. Ce sera un processus douloureux pour l’un comme pour l’autre dans la mesure où il risque d’ébranler les certitudes de chacun d’eux. Mais est-il préférable de se raccrocher à des certitudes factices? Si l’un et l’autre craignent tant la confrontation, la moindre remise en question, n’est-ce pas précisément que leurs certitudes sont fragiles et qu’ils s’y cramponnent en sentant bien qu’elles prennent l’eau de toutes parts?

Post Scriptum, 9 de febrer del 2017.

Eric Delbecque, (president de l’Association pour la compétitivité et la sécurité économique (ACSE) i director del departement d’intel·ligència  estratègica de SIFARIS, signa aqueixa ressenya del llibre de Pierre Lellouche “Une guerre sans fin” sobre l’islamisme radical entès com el fenomen totalitari del segle XXI titulada “Le djihadisme, héritier du fascisme, du nazisme et du soviétisme ?”, apareguda el proppassat 6 d’aqueix mes a Le Figaro.

Le livre de Pierre Lellouche, Une guerre sans fin (éd. du Cerf) est apparemment celui d’un néoconservateur à l’américaine… Il y dénonce très classiquement le relativisme moral dont font preuve une partie des Occidentaux vis-à-vis des salafistes, et il appelle à une réaction bien davantage musclée contre tous les soutiens de l’intégrisme islamiste.

L’ancien ministre s’assume en faucon extrêmement résolu qui déteste franchement toute complaisance – dans le débat hexagonal au premier chef – envers ce qui mine la confiance de l’Occident en lui-même. Pour aller au fond des choses, on peut même avoir l’impression qu’il n’est pas loin d’adhérer à la thèse du «choc des civilisations» de Samuel Huntington.

Il est pourtant nécessaire de dépasser les apparences. Si l’on peut trouver ses positions tranchantes, il n’en reste pas moins que son analyse présente un grand mérite: celle de la cohérence. De plus, enracinée dans un travail de fond impressionnant, elle déploie une vision parfaitement lucide du salafisme djihadiste. Il ne cesse, à juste titre, de le qualifier de totalitarisme.

De ce point de vue, son décryptage est incontestable: le djihadisme s’impose comme l’héritier du fascisme, du nazisme et du soviétisme. Il incarne au XXIe siècle la menace fasciste et totalitaire. Il ne s’agit pas de sombrer dans l’anachronisme, mais de noter une filiation et une identité de nature, où plutôt de constater qu’une analogie est possible. Ces quatre idéologies dérivent d’une matrice commune, un modèle holiste de fonctionnement social dans lequel l’individu n’est rien.

Quelle est l’étape suivante de son raisonnement? Que l’immigration massive en Europe de populations qui ne partagent pas nos idées et nos codes culturels (notamment la laïcité et les valeurs démocratiques) fragilise le tissu social et favorise la propagation du fondamentalisme (qui constitue aux yeux de Pierre Lellouche l’une des véritables menaces contre laquelle il convient de lutter, le djihadisme en constituant une conséquence mécanique).

Il pose donc le constat suivant: deux sociétés distinctes cohabitent sur le même territoire, elles vivent côte à côte, mais s’éloignent de plus en plus l’une de l’autre. «La première continue de rechercher toujours plus de droits individuels, en évacuant toute contrainte morale, religieuse et bien entendu nationale, mais s’inquiète confusément de «ne plus se sentir chez elle». La seconde, poussée par les plus jeunes, rejette en bloc ce modèle et cherche au contraire, autour de la religion, à conforter des règles morales et sociales fortes».

Faut-il conclure que le député juge irréconciliables les différentes communautés sur le territoire national? Non. Il explique très clairement que le nœud gordien à trancher est celui du choix de la loi qui s’applique en dernier ressort: celle de la République ou celle de la Charia. C’est au sein de la communauté musulmane de France que doit se régler cette question.

Ce qui doit être établi une fois pour toutes, c’est que les convictions religieuses appartiennent à la dynamique de l’intériorité, et ne régulent pas l’existence de la cité, espace d’interaction d’une galaxie de consciences aux perceptions du monde les plus variées. Une culture élémentaire les rassemble néanmoins, qui repose sur quelques règles affirmant la liberté de conscience, l’égalité homme/femme, et la désirabilité de société ouvertes.

Par ailleurs, Pierre Lellouche appelle parallèlement à en finir avec la repentance et la négation de notre Histoire. Il encourage aussi à la responsabilité, comme dans ces lignes fortes: «Tant que l’Europe n’aura pas accepté d’appréhender le monde tel qu’il est, en acceptant ses bouleversements et ses menaces, tant qu’elle n’aura pas réinvesti le registre de la puissance et du recours à la force, elle sera incapable de distinguer ses amis de ses ennemis. Nous ne ferons rien pour les premiers et rien contre les autres. Et la France devra prendre ses responsabilités, au besoin seule. La solitude dans l’action valant mieux, pour une grande nation, que l’immobilisme des puissances éteintes».

L’ouvrage impressionne par sa densité et les connaissances de l’auteur en matière de relations internationales. Les perspectives analytiques qu’il ouvre sur l’approfondissement du fonctionnement de l’échiquier de la puissance mondiale, allant des Etats-Unis à la Russie en passant par l’ensemble des pays du Moyen-Orient, excitent la curiosité et le désir de raisonner dans de vastes horizons stratégiques.

Personnalité souvent caricaturée, Pierre Lellouche affirme dans ces pages – de manière magistrale – que sa pensée mérite une écoute attentive, qu’il excède de loin le niveau habituel des réflexions de nos politiciens, et qu’affirmer un désaccord avec certaines de ses conclusions exige d’affuter ses arguments… A lire absolument.

Post Scriptum, 2 d’agost del 2019.

David Engels publica avui a Le Figaro un punyent article titulat “Le déclin d’Occident n’est pas un accident de parfcours”.

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