Anthony Samrani: “Les fous de Riyad et de Téhéran”

Anthony Samrani publica el proppassat 28 a l’Orient-Le Jour de Beirut aqueix article que il·lustra els termes de l’enfrontament entre Aràbia Saudí i Iran per l’hegemonia al  Pròxim Orient, dos règims totalitaris que lideren les dugues branques de l’islam (xiïsme i sunnisme) i que bloquegen les possibilitats de canvis polítics i socials al món musulmà:

« L’Orient compliqué » n’est plus. Fini les alliances contre-nature et les luttes fratricides. Fini les revendications sociales et les réalités géographiques. Fini les communautés hétérogènes et les affiliations politiques. Une seule chose compte désormais : faire partie du camp chiite ou bien faire partie du camp sunnite. Peu importe après tout que la Turquie, le Qatar et l’Arabie saoudite aient eu des stratégies politiques concurrentielles sur le théâtre égyptien. Peu importe les liens entre la Turquie et l’Iran, et entre Islamabad et Téhéran. Peu importe les dimensions locale, révolutionnaire et sociale dans les revendications des houthis. Peu importe l’émergence au sein même du monde sunnite des jihadistes d’el-Qaëda et de l’État islamique (EI). Peu importe que les Américains participent aux côtés des Iraniens aux combats contre l’EI à Tikrit tout en apportant un soutien logistique aux frappes de la coalition sunnite contre les houthis. Peu importe les multiples contradictions dans la composition de ces deux blocs communautaires.

Aux ambitions régionales de « l’arc chiite » répondent les missiles de la coalition sunnite. Aux provocations verbales des dirigeants iraniens répondent à l’unisson les voix de la fermeté sunnite. Aux pasdaran déployés en Irak et en Syrie répondent les 150 000 soldats saoudiens mobilisés pour l’opération yéménite. À Kassem Souleimani répond Bendar ben Sultan. Œil pour œil. Dent pour dent. En Syrie hier, comme au Yémen aujourd’hui, le Moyen-Orient est rattrapé par ses instincts sectaires. Ou plutôt le Moyen-Orient est une nouvelle fois rattrapé par la démesure des projets politiques des deux mastodontes qui se disputent l’hégémonie régionale depuis 35 ans. Deux pays qui n’ont cessé d’allumer la poudrière communautaire dans les différents théâtres locaux, en fonction de leurs intérêts propres.

Présenté comme une guerre sunnito-chiite, le conflit qui oppose l’Iran à l’Arabie saoudite n’a pourtant rien de religieux. Ce ne sont pas les débats sur l’interprétation du Coran ou bien sur l’existence ou non d’une autorité cléricale dans l’islam qui divisent actuellement le Moyen-Orient. Ce sont, comme toujours, les enjeux politiques et économiques qui prévalent, quitte à complètement anschlusser et redéfinir de façon politique les notions de chiisme et de sunnisme. Aujourd’hui, l’Arabie saoudite et l’Iran ont tous deux réussi leur pari. En imposant à toute la région une lecture binaire de chaque événement politique, où chacun doit choisir son camp en fonction de son appartenance à une des deux grandes branches de l’islam, ils ont réussi à utiliser, voire à figer, le religieux au profit du politique. Ils ont réussi à imposer, chacun de son côté, deux visions d’un islam politique conservateur. Et finalement, au gré de leurs efforts, ils ont réussi à étouffer les revendications politiques qu’avaient vu naître les printemps arabes. Mais si les deux puissances ont décidé de déplacer leur fou dans cette partie d’échecs sur le théâtre moyen-oriental, ils pourront bien tous les deux en payer les conséquences. En continuant de donner l’impression de mettre en œuvre une stratégie d’expansion dans toute la région, les Iraniens ne rassurent pas les populations sunnites du monde arabe et ne se mettent pas dans les meilleures conditions pour négocier un accord sur le nucléaire avec les 5+1. Plus les Iraniens joueront la carte communautaire, plus ils seront perçus comme une puissance déstabilisatrice dans la région.

En choisissant d’attaquer frontalement les houthis au Yémen, l’Arabie saoudite et ses alliés sunnites ont envoyé un message fort à la communauté internationale et aux populations arabes : la lutte contre le rival chiite est plus importante à leurs yeux que la lutte contre les organisations jihadistes. Même si l’Iran et les houthis combattent ces organisations sur le terrain, même si en stigmatisant les chiites ils alimentent la rhétorique des organisations jihadistes, même si cet extrémisme est probablement un danger bien plus menaçant pour l’ensemble du monde sunnite que l’avancée des houthis au Yémen, la coalition sunnite a privilégié les instincts sectaires sur la raison. Et en attendant, ce sont tous les leaders autoritaires de la région qui doivent se frotter les mains. Tant que l’Iran et l’Arabie saoudite continuent de déplacer leur fou, ils ne sont pas près de quitter leur trône. Échec et mat.”

 

Post Scriptum, 8 de gener del 2016.

Anthony Samrani publica avui a L’Orient-Le Jour de Beirut un article on insisteix en el caràcter predominantment polític més que religiós de la lluita per l’hegemonia dins el món islàmic entre perses i àrabs: “Iran versus Arabie: où s’arrête la religion“.

Post Scriptum, 27 d’agost del 2016.

Anthony Samrani publica avui a L’Orient-Le Jour un punyent article titulat significativament “Au Moyen-Orient, la lutte contre l’EI peut attendre”:

“Bien malin celui qui pourrait (pré)dire à quoi ressemblera le Moyen-Orient dans dix ans. La région a connu tellement d’évolutions au cours de ces cinq dernières années qu’aucune dynamique lisible n’a réussi pour l’instant à s’imposer. La situation est si volatile que chaque décision, chaque changement peut avoir des conséquences majeures dans cette phase de morphogenèse d’un nouveau Moyen-Orient.

L’évolution de la situation dans le Nord syrien en donne un parfait exemple. En seulement quelques semaines, les lignes ont très clairement bougé : à Alep, les rebelles ont remis en question la capacité du régime syrien et de ses alliés à mettre la main sur toute « la Syrie utile » ; à Hassaké, les forces loyalistes ont quasiment été chassées de la ville par les Kurdes du PYD (parti de l’Union démocratique), soutenus par les Américains, après que les avions du régime ont bombardé pour la première fois depuis le début du conflit les positions des Kurdes ; à Jarablous, les Turcs, appuyés par la coalition internationale, ont réalisé un coup de force en aidant les rebelles à reprendre la ville des mains de l’État islamique (EI). En seulement quelques semaines, le rapport de force global entre le régime, les rebelles et les Kurdes a évolué de façon significative sur fond de tractations diplomatiques et de rapprochement entre Ankara, Moscou et Téhéran. En jeu : l’avenir de Bachar el-Assad, l’intégrité territoriale de la Syrie et la formation d’un Kurdistan autonome à la frontière turco-syrienne. La lutte contre l’EI peut bien attendre…

La Syrie est le théâtre principal de ce grand jeu auquel tout le monde veut participer, mais que personne n’est plus en mesure de dicter. Entre la guerre en Syrie, celle en Irak, celle au Yémen, celle en Libye, le conflit israélo-palestinien et la menace terroriste 2.0, la région n’avait pas connu pareilles instabilités depuis la chute de l’Empire ottoman et la formation du Moyen-Orient moderne. Près d’un siècle plus tard, l’enjeu est encore le même : derrière la lutte entre les grandes capitales régionales, le renforcement des groupes paraétatiques, l’intervention ou la non-intervention des puissances extérieures, la guerre contre le(s) terrorisme(s), les conflits ethniques ou communautaires, c’est bien la genèse du Moyen-Orient postmoderne qui se joue.

(Lire aussi : L’avenir de la région se joue dans le nord de la Syrie, le décryptage de Scarlett Haddad)

« Game of Thrones »
Cette nouvelle question d’Orient est encore plus complexe que la précédente dans le sens où elle implique un grand nombre d’acteurs, étatiques et non étatiques, ayant tous une capacité à faire entendre leurs revendications.
Les acteurs étatiques, tels la Turquie, l’Iran, l’Arabie saoudite, la Russie, se livrent une lutte d’influence pour l’hégémonie régionale, depuis le retrait relatif des États-Unis, qui était la seule superpuissance de la région. Dans ce Game of Thrones version réelle, les États ne se confrontent pas pour l’instant de façon directe, mais par le biais d’intermédiaires qui ont, eux aussi, leur propre agenda. Aucune puissance n’étant en mesure de s’imposer à toutes les autres, les États multiplient les stratégies d’alliances avec d’autres États ou avec des groupes paraétatiques, sans pour autant qu’il soit possible de distinguer nettement chacun des deux camps. Cela donne lieu à des situations un peu absurdes, mais qui reflètent probablement la nouvelle géopolitique de la région, où les alliances reposent davantage sur des nécessités tactiques que sur des convergences stratégiques.

Les exemples sont légion : les Iraniens et le Hezbollah, qui désignent Israël comme l’ennemi numéro un, coopèrent de façon étroite en Syrie avec la Russie, laquelle entretient de bonnes relations avec l’État hébreu ; les États-Unis appuient en Syrie une formation, le PYD, considérée comme un groupe terroriste par l’un des membres les plus importants de l’Otan, la Turquie ; Moscou et Ankara, Téhéran et Ankara, Moscou et Riyad, Riyad et Ankara entretiennent tous, à des degrés divers, des relations de coopération tout en étant en profond désaccord sur une partie des questions les plus stratégiques (Syrie, hydrocarbures, Égypte, conflit israélo-palestinien, etc.).

(Repère : Guerre en Syrie : Qui combat qui ? Qui soutient qui ? Qui contrôle quoi ?)

Acteurs régionaux
À ce jeu de trônes viennent se mêler les groupes paraétatiques ayant, ou non, des liens de dépendance directs avec une puissance régionale. À l’instar des groupes jihadistes comme l’EI ou el-Qaëda, les milices chiites, dont la grande majorité dépend directement de Téhéran, et les différentes formations kurdes, qui sont elles-mêmes rivales, deviennent des acteurs régionaux et interviennent, au gré de leurs intérêts, sur plusieurs théâtres d’opération à la fois. Se confondent alors à l’échelle locale, régionale et internationale les luttes pour l’indépendance, la guerre contre le terrorisme, les ingérences étrangères et les guerres par procuration, simplifiées et présentées sous un seul de ces aspects dans le récit de chacun des acteurs, en fonction de ses intérêts.

Cette phase de profonde mutation régionale est loin d’être terminée. Elle est alimentée de toute part par une instrumentalisation des hystéries collectives, qu’elles soient communautaires, autoritaires, sécuritaires ou nationalistes, qui tentent de retarder l’apparition du « nouveau monde », pour reprendre une formule d’Antonio Gramsci. Pour leur propre survie, les « anciens régimes » exploitent les problématiques géopolitiques pour continuer à cannibaliser l’État, tout en prétextant qu’ils sont en train de le défendre. Parce qu’ils revendiquent un monopole absolu du pouvoir, ces anciens régimes, fondés sur des appartenances familiales, claniques, tribales, institutionnelles et/ou des convergences d’intérêts, empêchent la constitution d’un État de droit, seul garant possible du vivre-ensemble dans les différentes sociétés de la région.

Bien davantage que les « coups géopolitiques », que la reconquête des territoires perdus, que les longues négociations diplomatiques, que le maintien ou non des régimes, que la définition de nouvelles frontières, c’est la refondation de ce vivre-ensemble qui, seule, pourra permettre au Moyen-Orient de sortir de cette phase de transition. En espérant que ces dernières années, qui ont vu la disparition de villes, de communautés et de traditions historiques, n’auront pas suffi à briser définitivement ce lien si particulier, et si souvent malmené, qui fait la richesse des sociétés moyen-orientales.”

Post Scriptum, 7 de novembre del 2016.

Aminu Abubakar publicà ahir a L’Orient-Le Jour de Beirut aqueix article analitzant les repercussions a Nigèria de la pugna per l’hegemonia del món islàmic entre Iran i Aràbia Saudita.

Post Scriptum, 14 de desembre del 2016.

Ali Al-Chihabi, directiu de The Arabia Foundation publicà el proppassat 6 d’aqueix mes aqueix article al web del Project Syndicate titulat “Why is Saudi Arabia at war in Yemen ?”:

Saudi Arabia has drawn a lot of criticism lately for its leading role in the war against Houthi rebels in Yemen. Some deride the Kingdom, the richest Arab state, for taking action against the poorest. Others have claimed that the fight against the Houthis – a Zaidi Shia-led religious-political movement – is just one element in a broader war on the Shia that Saudi Arabia has supposedly been waging. These are simplistic claims, reflecting a fundamental misunderstanding about the Kingdom’s role in Yemen – and, indeed, in the entire Arab world.

Saudi Arabia is not out to get the Zaidis. In fact, it actively supported the Zaidi royal family in Yemen’s civil war in the 1960s. What the Kingdom has reacted to in Yemen is Iran’s cynical efforts to take advantage of Yemen’s internal conflict to build a military alliance with the Houthi rebels – an alliance with only one conceivable target: Saudi Arabia.

Yet when Saudi officials tried to warn the international community about Iran’s activities in Yemen, it was met with denial. Western commentators, in particular, have twisted themselves into knots to avoid recognizing any Iranian involvement in the conflict, even as evidence to the contrary has mounted.

In the last 18 months, the US Navy has intercepted four arms shipments from Iran to Yemen. Iran itself has claimed numerous times that it controls four Arab capitals, including Sana’a, and the Houthis have become closely tied with Hezbollah, Iran’s Lebanese political and military proxy.

In fact, Hezbollah’s leader Hassan Nasrallah has claimed the Houthi cause as his own, allowing Houthi media to set up in Beirut’s southern suburbs and publicly welcoming Houthi fighters to train with his forces. The Houthis’ political slogans, propaganda, and modus operandi are all modeled after Hezbollah’s.

The Saudi government entered the war in Yemen with its open eyes. Having fought the Houthis back in 2009, it had no illusions that this would be a cakewalk. Nor did it expect to have an instant impact with “shock and awe” tactics, as a former US ambassador to Yemen claimed. Saudi Arabia expected a messy, protracted, and expensive war, and that is what it has gotten.

The fact that Saudi Arabia intervened thus highlights the severity of the threat it faced once the Houthis had overthrown Yemen’s legitimate government and seized control of Sana’a. Had Iran been allowed to solidify its alliance with the Houthis unobstructed, Northern Yemen would have become another South Lebanon, with an Iranian proxy actively working to subvert Saudi national security.

Saudi Arabia had two clearly defined military objectives in Yemen. The first was to disrupt arms deliveries, making it much more difficult and costly – or, ideally, impossible – for Iran to supply the Houthis. The second was to send a clear message to the Houthis and their allies that an alliance with Iran would cost them dearly.

Saudi Arabia has achieved both objectives. Yemen’s airports have been closed down and its seaports blockaded. With Iran now struggling to smuggle arms into Yemen, the flow of weapons has declined considerably. Meanwhile, Saudi Arabia has maintained a powerful air campaign against the Houthis. The costs of their alliance with Iran could not be clearer.

But success in war never comes without sacrifice. And, unfortunately, Yemeni civilians have paid a high price, with an estimated 10,000 killed since the conflict began. For an air campaign waged for nearly two years against an unconventional army, this figure is not particularly high. The losses pale in comparison to, say, Syria, where the air campaign being carried out by Russian, Iranian, and Syrian forces racks up 10,000 civilian deaths in a matter of weeks.

Moreover, claims that the Saudi coalition has intentionally targeted civilians – or infrastructure, for that matter – have not been substantiated by neutral parties. Anyone who has gained access to the battlefield has done so under Houthi oversight or control. And, in reality, it would not be in Saudi Arabia’s interest simply to destroy Yemen. After all, Saudi Arabia will probably have to provide the lion’s share of aid to Yemen once the war is over and the rest of the world has turned its attention elsewhere.

Yet none of this diminishes the tragedy that these civilian casualties represent. It is a truly horrific situation that highlights the urgency of defeating the Houthis and ending the conflict in Yemen. But it makes little sense to cast blame on Saudi Arabia, which entered the conflict not to project power, but to neutralize an acute security – even existential – threat.

Others may minimize the threats Saudi Arabia faces, but the Kingdom’s rulers know better. They see what Iran has done to Lebanon, Syria, and Iraq, and they hear what Iran and its allies say in their local media (never for Western consumption) about their hostile intentions toward the Kingdom and its rulers. If anything, Saudi Arabia has historically been willing to allow threats to reach a very high threshold – far higher than even a superpower like the United States would allow – before taking military action.

For its own self-protection, Saudi Arabia will have to ensure that its embargo on Iranian military assistance to the Houthis in Yemen remains in place. If, say, the United Nations agreed to shoulder that responsibility, the war in Yemen could be ended very quickly, protecting civilians from further casualties. But if the world continues to deny Iran’s involvement in Yemen, and the threat that this poses to Saudi Arabia, the Kingdom will have little choice but to remain in Yemen. Its own safety depends on it.

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