Les Catalans de plus de 16 ans résidant dans 168 communes, soit potentiellement 700 000 personnes, sont invités par un collectif d'associations à se prononcer dimanche 13 décembre en faveur de l'indépendance de leur province.
Organisée en dehors des partis et sans l'aval des pouvoirs publics, la consultation n'a aucune valeur légale. Elle témoigne malgré tout que, en quelques années, sous l'effet d'une rhétorique nationaliste attisée par les institutions régionales, l'indépendantisme a gagné du terrain en Catalogne. La configuration politique instable de la Généralité - le gouvernement régional - conforte cette revendication. Il suffirait de peu de chose pour qu'une crise éclate avec Madrid.
La Catalogne n'est pas la seule région d'Europe de l'Ouest à être travaillée par ce désir d'émancipation. Outre le Pays basque, où la violence de l'ETA nuit à l'idée d'indépendance, les Flandres - qui ont beaucoup de points communs avec la Catalogne - et l'Ecosse sont elles aussi tentées de rompre avec l'Etat central. Ces régions ont en commun de disposer de très larges compétences pour gérer leurs propres affaires. Elles sont pour la plupart prospères. Alors, pourquoi aspirent-elles à briser le cadre étatique ?
A l'évidence, l'appartenance de la Belgique, de l'Espagne et de la Grande-Bretagne à l'Union européenne (UE) n'a pas refroidi les nationalismes régionaux, au contraire. En fournissant à ces régions soumises à des forces centrifuges un cadre commun pacifié, l'Europe politique leur permet d'envisager une rupture sans violence. Modifier l'antique tracé des frontières n'est plus synonyme de conflit armé aujourd'hui. Enfin, l'UE, qui dispense depuis longtemps des fonds aux régions, n'a jamais formulé de jugement de valeur sur leurs tentations nationalistes.
L'élargissement de l'Union à des Etats issus du morcellement de l'URSS et de la Yougoslavie a donné des ailes aux nationalistes catalans et flamands. Et pour cause, ces nouveaux Etats sont parfois nettement plus petits et économiquement moins avantagés que les riches régions occidentales qui regardent le large.
"Pourquoi les Slovènes et les Lettons auraient-ils droit à un Etat, et pas nous ?", demandent les indépendantistes de Barcelone et d'ailleurs. La reconnaissance de l'indépendance du Kosovo leur a fourni un argument supplémentaire. Ce n'est pas un hasard si l'Espagne dénie à cette région de l'ex-Yougoslavie son nouveau statut. Madrid n'est pas loin de penser qu'à jouer avec le feu...Les reaccions dels lectors:
A force de mépriser leurs concitoyens, les politiques n'ont pas compris que ça se retournera un jour contre eux. Elargissement débridé de l'UE, perte totale d'objectifs de société, débat archi stérile et destructeur sur l'identité nationale, etc. Pour ne pas être totalement perdus, les individus ont besoin de se reconnaître dans une communauté proche, soit-elle de région, de religion, de langage ou autre. Et le phénomène ne fera que s'amplifier, parfois pour le meilleur, parfois pour le pire.
Le problème est pourtant simple, lorsque le népotisme, la corruption ou l'irresponsabilité budgétaire atteignent une région, il n'y a que la région qui paye. Lorsque de telles fléaux atteignent un Etat-nation, et les exemples sont légions aujourd'hui en Europe, c'est l'ensemble de l'Etat qui paye. Le problème est donc multiplié par la masse sans être résolu par elle. Les pays les mieux gérés sont les petits pays, à la taille de la région, et les pays à structure fédérale, c'est évident.
Le rêve:la dissolution d'un Etat fort en x entités régionales.Pas de législation contraignante,le népotisme -+ ou - masqué-dans les nominations des responsables,la solidarité entre "les imbéciles heureux qui ont nés quelque part" et les autres?. vous pouvez crev...,etc....vous n'êtes pas catalan,Français, Syuiss, ztrc?.
Qui seme le Kosovo recolte la Catalogne!.L'irresponsabilite des dirigeants Europeens en particulierB.Kouchner merite d'etre souligne mais pour la Catalogne et le Pays Basque ils meritent a mon avis leur independance.A force de vouloir nous faire comprendre que le monde change nous devons en payer le prix sinon il faut revenir aux fondamentauxcomme disent les sportifs,mais ceci est une autre histoire qui reste a ecrire.
@Richard Bien au contraire, c'est l'Etat- Nation à la mode XIXème qui est l'obstacle le plus fort à la fédéralisation européenne, et ces "indépendantistes" qui en sont les moteurs les plus puissants. C'est bien pour un Etat intégré à l'Union, et sans laquelle il n'aurait pas grand sens, que les Catalans vont voter demain. Le nationalisme français nauséabond qui nous prive du droit à parler et enseigner nos langues, et nous impose sa définition obsolète de l'identité, est un frein bien plus fort.
Quand on commence à mélanger culture et politique, ça sent mauvais, et c'est exacement ce qui se passe en Catalogne. Il y a de la mauvaise foi chez les nationalistes catalans qui réécrivent l'Histoire à leur avantage, ou qui s'imaginent que le castillan n'a pas sa place en Catalogne.
Plus ces idées de différenciation font leur chemin dans la prose gouvernementale, donc dans le discours ambiant, plus nous régressons et plus le rejet de l'autre s'installe. Commençons par nous croire francique, alsacien ,lorrain et pourquoi pas catalan. En attendant la dévastation inéluctable de notre civilisation par nos divisions, continuons à divaguer sur ces schémas obsolètes réducteurs et passéistes. Ils ne répondent plus à la nécessaire organisation pour notre survie : l'Europe fédérale.
Luc G.
Il existe une masse politique critique en terme géographique ou démographique au delà de laquelle gouverner devient beaucoup plus compliqué. Cette masse critique, au plan géographique, s'est crééé naturellement, c'est la région ou la province. Après l'avoir cassée en départements, nous l'avons recréée sous la pression des faits lors des lois de décentralisation et elle va redevenir, avec l'Europe et la réforme en préparation, l'unité politique par excellence. C'est indéniable et c'est ainsi.
Un isoloir dans un temple romain, cela change des salles de classe ou des annexes de mairie. Le magnifique vestige antique, dans le centre médiéval de la cité, est l'un des neuf bureaux de vote mis à la disposition des 25 000 électeurs de Vic, conviés dimanche 13 décembre, comme les habitants de 168 autres localités de Catalogne, à un référendum pas comme les autres.
Dans le canton d'Osona, le seul où l'on vote dans toutes les communes (34), 126 bureaux sont à la disposition des 118 000 électeurs inscrits. On vote dans des locaux syndicaux et associatifs, dans des salles paroissiales et des théâtres. A Manlleu, la deuxième ville du canton, l'imam avait même proposé sa mosquée, avant de se rétracter. "Sur pression de Madrid", assure-t-on, sans la moindre preuve, dans les cafés alentour.
Il est vrai que ces référendums locaux, organisés par des plates-formes citoyennes, ont tout pour déplaire au pouvoir central. "Etes-vous favorable à ce que la Catalogne soit un Etat souverain, social et démocratique, intégré dans l'Union européenne ?" : telle est la question que pose cette consultation sans valeur juridique, mais dont tous les partis redoutent les retombées politiques.
Le oui l'emportera, nul n'en doute.
C'est le chiffre de la participation que scruteront les états-majors des partis. Pour l'intellectuelJulià de Jodar, venu à Vic pour participer à une réunion publique en faveur du "oui", "le résultat donnera une bonne radiographie de l'état de conscience des Catalans les plus déterminés".
Depuis jeudi, plus de 4 000 électeurs de Vic ont déjà voté par anticipation. Si cette forte participation se confirmait, dimanche soir, dans l'ensemble des villes et villages concernés, cela consacrerait la montée significative du sentiment indépendantiste observé depuis quelques années.
Pour Alfons Lopez Tena, responsable de la plate-forme Osona Decideix, qui a organisé le scrutin dans les 34 communes du canton de Vic, le succès sera au rendez-vous si la participation se situe dans une fourchette de 35 % à 50 %, la valeur de référence étant le référendum pour la Constitution européenne qui n'avait pas attiré plus de 45 % d'électeurs. Cette fois, les urnes sont ouvertes aux mineurs de 16 ans et aux étrangers extracommunautaires. Danjoma, un Ghanéen de 37 ans, installé à Vic depuis 2001, explique dans un catalan impeccable qu'il ira voter ; son "oui" sera franc et massif comme son rire quand il dit se sentir "afro-catalan". Pour sa communauté, il parie sur l'avenir : "Si on nous permet de voter aujourd'hui, cela signifie que nous aurons le droit de vote dans une Catalogne indépendante."
La frénésie de référendums sur l'indépendance, tous organisés et financés par des structures issues de la société civile, est née après le succès populaire d'une initiative de ce type à Arenys de Munt, un bourg de 8 000 habitants près de Barcelone, le 13 septembre.
D'autres vagues de consultations sont prévues début 2010, dont une à Gérone, et une autre peut-être à Barcelone. Une génération spontanée qui a "surpris et débordé les partis", reconnaît Joan Ridao, de Esquerra republicana catalana (ERC), la formation catalane pourtant ouvertement séparatiste.
"Il y a eu une explosion à la base. La raison de fond est la frustration d'un peuple", estime Alfons Lopez Tena. Chacun a ses raisons d'aller aux urnes, mais tous parlent du "manque de respect", voire des "humiliations" dont souffrirait la Catalogne. Bien sûr, il y a le nouveau statut qui, remplaçant celui de 1979, devait élargir l'autonomie de la Generalitat, notamment sur le plan de la politique fiscale. Les Catalans l'attendent depuis 2003. Proposé par le Parlement régional, voté moyennant quelques restrictions par le Parlement de Madrid, puis ratifié par référendum par les Catalans en 2006, le texte est depuis près de quatre ans en cale sèche au Conseil constitutionnel.
S'il venait à être retoqué, ou seulement raboté dans les prochains jours, comme le laissent entendre des fuites dans la presse, il faudrait s'attendre à une radicalisation politique en Catalogne, analysent la plupart des observateurs. Dans un éditorial commun titré "La dignité de la Catalogne", douze journaux catalans ont dénoncé, le 26 novembre, "le croissant ras-le-bol de devoir supporter le regard courroucé de ceux qui continuent à percevoir l'identité catalane comme un défaut de fabrication empêchant l'Espagne d'atteindre une impossible et rêvée uniformité".
Pour les indépendantistes affirmés, comme Julià de Jodar, "le statut, c'est déjà du passé, il est politiquement mort". Mais pour la majorité, son rejet ajouterait à la désaffection de la société catalane pour sa classe politique, accusée de mal défendre les intérêts d'une Catalogne spoliée par le reste de l'Espagne : de récentes coupures géantes d'électricité ou le chaos du réseau des trains régionaux ont réamorcé la thèse d'une région attardée en matière d'infrastructures alors qu'elle paie pour les autres communautés autonomes.
Le sentiment d'injustice commence à gagner les milieux catalans les plus modérés : "Peut-être que l'histoire va nous amener à demander énergiquement l'indépendance alors que ce n'était pas du tout dans notre intention de départ", s'interroge l'écrivain Alex Susanna, gestionnaire de la fameuse Pedrera - l'immeuble la plus connu d'Antoni Gaudi - à Barcelone.
Ce que Xavier Cortacans Pujol, le jeune libraire de Vic, résume d'une formule plus abrupte : "Plus le gouvernement de Madrid nous maltraite, plus nous nous sentons indépendantistes."
Jean-Jacques Bozonnet



