L’acusació d’islamofòbia, eina inquisitorial contra les societats obertes

Els processos judicials als quals han estat sotmesos dos intel·lectuals francesos, Georges Bensoussan i Pascal Bruckner, (ambdós d’origen jueu i compromís demòcratic), acusats de conductes islamòfobes i d’incitació a l’odi racial respectivament a instància d’entitats antiracistes. Els tribunals els han absolt finalment a tots dos sense que això suposi que la dinàmica inquisitorial engegada pel conglomerat polític que Jacques Julliard denomina islamo-gauchisme s’aturi.

Caroline Valentin, una de les col·laboradores de Bensoussan en l’obra col·lectiva de recent aparició “Une France soumise” (Albin Michel, 2017) publicà el proppassat 13 d’aqueix mes a les pàgines de Le Figaro aqueixa extensa reflexió: “Bensoussan relaxé, la victoire du véritable antiracisme face au communitarisme“:

En relaxant successivement Pascal Bruckner et Georges Bensoussan, le Tribunal correctionnel de Paris a redonné ses lettres de noblesse à la lutte contre le racisme et au-delà de celle-ci, à la notion de débat d’idées. Ces décisions salutaires viennent mettre un point que l’on espère final à la dénaturation calamiteuse dont le concept même de lutte contre le racisme, pourtant a priori plutôt élémentaire, faisait l’objet jusque-là dans le débat public, et à l’instrumentalisation de la justice par les associations communautaristes pour réduire leurs opposants au silence. Il est aujourd’hui clair que dénoncer l’intolérance, fut-elle le fait d’une minorité, ne constitue ni du racisme, ni de la diffamation. On est surpris qu’il ait fallu attendre aussi longtemps pour se l’entendre dire, en termes enfin clairs.

Ce rappel est d’autant plus salutaire que l’évidence en question n’en est aujourd’hui pas une pour tout le monde. La lutte contre le racisme a été tellement dévoyée que toute une partie de l’élite médiatique, politique et intellectuelle, dont le rôle premier est pourtant de penser ces concepts et de participer à leur nécessaire actualisation, en est arrivée à considérer qu’en matière de racisme et d’intolérance, la sévérité requise contre la population majoritaire n’était pas applicable à l’encontre des minorités. Considérées comme des victimes éternelles d’une ségrégation sociale que d’aucuns n’ont pas hésité à assimiler à l’Apartheid, leur manifestation de haine, leurs violences, leurs outrances sont analysées comme l’expression d’une souffrance qui justifie tout ou presque et les dispense de la maîtrise de soi pourtant indispensable à la vie en collectivité. Il s’agit en définitive d’effectuer une partition de l’humanité en deux groupes sur un critère ethnique, distinguant ceux qui peuvent et donc doivent gérer leur impulsivité et ceux que l’on dispense de cette exigence. Ainsi aboutit-on à créer, au nom de l’antiracisme, une distinction quasi anthropologique entre les citoyens ; l’Enfer est décidément pavé de bonnes intentions.

Ce postulat idéologique affecte jusqu’aux enquêtes de la pourtant très respectée Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH). Cette dernière, qui dispose d’un mandat législatif pour l’exercice de sa mission, produit chaque année un rapport annuel sur le racisme, l’antisémitisme et les discriminations qui reçoit un large écho dans la presse. Comme l’explique toutefois Michèle Tribalat dans le livre Une France soumise. Les voix du refus publié en janvier dernier, dirigé par Georges Bensoussan, préfacé par Elisabeth Badinter et dont je suis coauteur, les rapports de la CNCDH n’étudient que le racisme de la majorité vis-à-vis de la minorité: dans le rapport publié en 2016, les auteurs indiquent qu’ «il s’agit au premier chef des attitudes du groupe majoritaire à l’égard des différentes minorités qui composent la société, mais elles peuvent concerner les perceptions entre groupes minoritaires». Le racisme des minorités à l’égard du groupe majoritaire est donc exclu d’emblée. Par exemple, l’une des questions – posées à toute la population, minorités comprises – du sondage sur lequel repose l’analyse de la CNCDH est de demander aux sondés s’ils estiment qu’il est grave «d’être contre le mariage de ses enfants avec une personne d’origine maghrébine». Une réponse positive à cette question – oui, il est grave d’être contre le mariage de l’un de ses enfants avec un(e) maghrébin(e) – sera interprétée comme un signe de tolérance, y compris si le sondé est lui-même maghrébin (!).

Outre son fondement raciste, les conséquences de cette vision de la société reviennent à abandonner l’idée d’inculquer à toute une partie de nos concitoyens un interdit aujourd’hui inhérent à l’identité culturelle française, revenant à leur fermer les portes d’une intégration à la Nation sans laquelle une vie paisible et heureuse en France est en pratique impossible.

Pourtant, il est possible de changer ses repères culturels. La France elle-même a fait ce chemin nécessaire vers l’interdit de l’essentialisation. Jusqu’à la première moitié du XXème siècle, la société française était pénétrée d’un antisémitisme bon teint illustré notamment par la désolante affaire Dreyfus ; une personnalité aussi éminente que Coco Chanel pouvait tranquillement y déclarer qu’ «il existe trois catégories: les Juifs, qui sont mes amis que j’adore et je l’ai prouvé, les Israélites, dont il faut se méfier comme de la peste, et les Youpins, qu’il faut exterminer tout de suite» sans déclencher d’indignation particulière. Mais la guerre et la Shoah sont arrivées et ont conduit les civilisations européennes qui avaient participé au conflit, et notamment la France, à se remettre profondément en question et à aboutir à ce qu’aujourd’hui, la condamnation du racisme, de l’antisémitisme et de toute autre forme d’essentialisation soit partie intégrante de notre identité culturelle.

Force est de constater qu’une partie de notre population issue de l’immigration, venant de cultures différentes avec leurs propres trajectoires historiques et arrivée en majorité bien après la Seconde Guerre mondiale, n’a pas intégré ces interdits. Pour différentes raisons – un prisme idéologique de gauche reposant sur une division binaire simpliste de l’humanité entre oppresseurs et opprimés, un mondialisme arrogant, un électoralisme cynique, une tendance culturelle à l’évitement des conflits, une médiocrité patente, -, l’élite intellectuelle, les acteurs de la lutte contre le racisme, les responsables politiques et l’École, qui n’est finalement que l’émanation de la société, n’ont à cet égard clairement pas rempli leur rôle. La propagande d’un islam politique offensif et agressif a prospéré sur ces indulgences, ces évitements et ses compromissions. L’enclavement géographique d’une partie de ces minorités, pas uniquement subi quoi qu’on en dise, les prive d’une expérience de l’Autre qui leur permettrait de réaliser l’illégitimité de leur haine. L’attachement traditionnel de ces minorités à l’islam comme référent culturel personnel les rend particulièrement réceptifs à un discours habile qui instrumentalise la religion et les hommes au service d’objectifs beaucoup plus politiques que spirituels, comme en témoigne par exemple l’ex Frère Musulman Farid Abdelkrim. Enfin, l’individualisme qui règne en France comme dans toutes les sociétés occidentales neutralise peu à peu le contrôle social, c’est-à-dire l’ensemble des réactions spontanées d’approbation ou de réprobation des individus dans l’espace public. Toute tentative de contenir l’expression du moi dans les limites de la décence commune est vue comme une insupportable atteinte aux droits et libertés fondamentaux. Ce contrôle social est pourtant l’outil majeur de constitution et de transmission des us, coutumes et mœurs propres à notre identité culturelle, et un vecteur d’intégration des minorités tout à fait essentiel.

Cet antiracisme dévoyé a creusé la tombe de notre modèle français d’intégration, alors même que notre expérience, désormais séculaire, en matière d’accueil d’immigrés nous en avait confirmé la pertinence. L’impact dans les «quartiers» de la rhétorique haineuse des militants identitaires, dénoncée par Pascal Bruckner et qui, comme en a témoigné au procès de ce dernier Siham Habchi, ancienne présidente de «Ni putes ni soumises», «propagent (…) l’idéologie de l’opprimé et installent l’idée que ces jeunes ne sortiront jamais de leur condition et que les coupables sont la République et la France», est largement renforcé par le fait que ces militants sont généralement considérés comme des interlocuteurs respectables et représentatifs par les médias. Leurs propos les plus condamnables sont trop souvent tolérés sinon approuvés.

Il est plus que temps de mettre un terme à ce jeu de massacre et de regarder les choses en face. L’affaire Mehdi Meklat nous en a malheureusement donné l’occasion.

Tout a déjà été dit ou presque sur Mehdi Meklat, ce jeune journaliste du Bondy Blog, chroniqueur pendant 5 ans dans l’émission de Pascale Clark sur France Inter puis sur Arte, dont les tweets chargés de haine antisémite, homophobe, francophobe et misogyne ont refait surface il y a quelques semaines: la personnalité détestable de Mehdi Meklat révélée par ces tweets, la complaisance incompréhensible et révoltante dont une partie de l’intelligentsia médiatique a fait preuve envers cette petite frappe haineuse, inculte et ingrate.

Osons néanmoins une remarque: rien de tout cela n’était imprévisible. La position de Monsieur Meklat était totalement schizophrénique: son propos – et son gagne-pain – était de faire le procès à charge de la société française, accusée d’être incurablement raciste, éternellement colonialiste envers des minorités stigmatisées et reléguées socialement. Or c’est à cette même société qu’il devait sa réussite et son accès aux médias et au monde de l’édition. Il devenait ainsi la preuve vivante de l’inanité de son propre discours: auto missionné pour exprimer haine et rancœur, il se trouvait accueilli avec tendresse et bienveillance par «l’ennemi» et contraint de lui témoigner de la gratitude, de l’amitié, au risque d’être considéré comme un traître par ceux dont il prétendait porter la voix.

C’est là que les fameux tweets de Monsieur Meklat prennent toute leur signification. La vérité est que, comme Georges Bensoussan l’a déploré, comme «une France soumise..» le montre, est que cette partie des musulmans que Mehdi Meklat prétend représenter, sous l’effet conjugué de l’entre-soi géographique et d’un islam politique actif et fin stratège, s’est constituée en véritable contre-société qui se définit sur des bases identitaires. La victimisation communautaire et le rejet de l’identité culturelle française et de la société qui l’incarne y sont ses éléments de cohésion. Les individus qui composent ce groupe social revendiquent une identité africaine et musulmane non pas corrélative à leur identité française mais exclusive de celle-ci. Ce fondement identitaire se retrouve dans leur lecture fondamentaliste de la religion musulmane selon laquelle, comme l’indique Waleed Al-Husseini dans notre livre, «le musulman, l’oumma, le Dar al-Islam sont supérieurs à tout autre homme, groupe social ou nation non musulmane». Ce discours est également porté par Marwan Muhammad, président du Collectif contre l’Islamophobie en France (CCIF), association soutenue par Mehdi Meklat et son acolyte Badrou. Si tous les musulmans de France ne prennent fort heureusement pas au pied de la lettre cette logique essentialisante, celle-ci est en revanche au cœur de cette contre-société. Les membres de ce groupe s’interpellent par des «mon frère», «ma sœur» qui, sous des apparences bonhommes, sous-entendent bien la distinction très claire qu’ils souhaitent manifester entre eux et le reste de la société, en contradiction frontale sinon revendiquée avec les principes d’égalité et de fraternité universelles inhérents à l’identité culturelle française. La soumission au groupe y occupe une place essentielle, là encore en opposition avec les principes fondateurs de la société française que sont la liberté et l’émancipation.

Inégalité, soumission, victimisation, rejet de l’autre, influence d’un islam fondamentaliste salafiste politisé, attitude vindicative et revendicative, rejet de la société française et de toutes les valeurs qui la caractérisent, ce cocktail détonnant explique peut-être que toutes les formes d’essentialisation que sont le racisme, l’antisémitisme, la xénophobie, l’homophobie et le sexisme soient très prédominantes dans les codes culturels de ce groupe. L’affaire Mehdi Meklat n’en est malheureusement qu’une illustration parmi tant d’autres, trop d’autres: ainsi de la révélation des tweets racistes et homophobes de la jeune actrice Oulaya Amamra, du tweet au relent antisémite et complotiste de la réalisatrice Houda Benyamina, toutes deux par ailleurs couronnées lors de la dernière cérémonie des Césars et qui n’ont pas jugé utile de faire amende honorable. L’annulation du concert de Black M, prévu à l’occasion du centenaire de la bataille de Verdun en 2016, était dû exactement aux mêmes causes, savoir les paroles racistes, antisémites et homophobes de certaines chansons du groupe de rap Sexion d’Assaut dont il avait précédemment fait partie. Antisémitisme et références haineuses à Israël, homophobie, sexisme, injures, on retrouve tous ces marqueurs dans les fameuses éructations digitales de Monsieur Meklat ; les relayer, sachant que ses comptes Twitter étaient vraisemblablement populaires au sein de cette contre-société, ce n’était en définitive, pour Monsieur Meklat, qu’un moyen de faire allégeance à celle-ci et d’affirmer qu’il n’avait pas cessé d’être «l’un des leurs» malgré sa réussite médiatique et ses nouvelles accointances dans le «camp d’en face». Encore une fois, rien de très surprenant en somme.

Attention, cette contre-société n’inclut pas tous les musulmans vivant en France, ni même tous les musulmans vivant dans ces quartiers, loin de là. Ces – nombreux – Français ou étrangers de confession musulmane qui adhèrent au modèle républicain et vivent dans une démarche d’intégration culturelle, ceux que le sociologue Tarik Yildiz appelle les «musulmans discrets», sont fermement opposés à l’instrumentalisation qui est ainsi faite de leur religion à des fins politiques. Ces musulmans-là ont leurs porte-paroles, dont certains sont très présents, notamment sur les réseaux sociaux (Mohammed Louizi, Nadia Remadna, Malika Sorel-Sutter, Amine El Khatmi, Henda Ayari, Hocine Drouiche, l’imam Chalgoumi pour ne citer que quelques-uns d’entre eux). Mais l’invisibilité sociale qu’ils revendiquent, leur refus de faire l’objet d’une classification identitaire freinent leur coalition au sein de groupements et d’associations susceptibles d’être une rampe d’accès aux médias. Par ailleurs, les liens personnels, amicaux ou familiaux, qu’ils peuvent avoir avec des coreligionnaires plus vindicatifs, l’esprit de clan assez classique au sein des minorités culturelles de toute société et la peur de se retrouver ostracisés socialement freinent l’expression de leur réprobation. C’est le plus souvent en silence qu’ils souffrent d’un amalgame ravageur pour eux-mêmes et pour la cohésion sociale et la paix de la société tout entière. Les cris d’alerte que certains d’entre eux osent, malgré les menaces, lancer restent sans écho auprès de nos institutions et de nos médias dominants. Considérés par leurs coreligionnaires communautaristes comme des renégats, des «collabeurs» (l’expression existe), ils courent le risque d’être à terme rejetés par une société majoritaire dont le système de valeurs chancelle déjà sous l’impact de ces polémiques absurdes et de la pénurie de responsables politiques défendant la prévalence pourtant logique et légitime de l’identité culturelle française en France.

Il est aujourd’hui temps de mettre un terme à ces dérives.

Dans la France de 2017, où vivent encore des témoins de la Seconde Guerre Mondiale, du nazisme, de la collaboration et des camps, il est honteux, scandaleux, inacceptable que les tweets de Monsieur Meklat ne provoquent pas la levée de boucliers unanime qu’ils auraient dû susciter.

De même, il est extrêmement alarmant que la polémique qui a entouré le procès de Georges Bensoussan et les débats sur la maladresse de la formulation utilisée par ce dernier aient si commodément permis de faire l’impasse sur le message fondamental, savoir l’existence de cet antisémitisme spécifique. Le sociologue algérien Smaïn Laacher l’avait pourtant confirmé dans le documentaire «Prof en territoire perdu de la république?» de Georges Benayoun. Les propos de Smaïn Laacher, auxquels d’ailleurs Georges Bensoussan avait fait explicitement référence, ont été accueillis dans un silence assourdissant. C’est ce même silence qui a suivi la publication le 31 janvier 2017 par le JDD d’un sondage Ipsos sur l’antisémitisme en France. Le compte rendu de ce sondage, qui traduit l’existence de préjugés antisémites plus importants chez les musulmans que dans l’ensemble de la population, cite l’écrivain algérien Boualem Sansal: ««Je constate avec regret que l’antisémitisme ne fait pas que s’étendre dans la communauté musulmane, il se fait âpre. Il se construit, se radicalise en même temps que l’islamisme se développe et se radicalise lui-même. (…) l’antisémitisme, qui, jusque-là se tenait un peu dans le vague, se donne, chez des jeunes en rupture avec la culture et l’identité françaises, de plus en plus d’images précises sur lesquelles prospère tout un discours d’exécration: le Crif, la Licra, des personnalités juives ou supposées telles, et même des synagogues. Il se donne aussi des héros connus pour leur position antisioniste, anti-Israël, et supposés viscéralement antisémites – Dieudonné, Soral, Houria Bouteldja…».

Si aucune des associations antiracistes majeures – MRAP, Ligue des Droits de l’Homme (LDH), SOS Racisme, Licra – ne s’est à ce jour saisie de ce combat, elles ont en revanche toutes répondu présent quand il s’est agi d’aller attaquer pour incitation à la haine un Georges Bensoussan qui en définitive avait uniquement fait leur travail à leur place. Leur présence à ce procès aux côtés du CCIF, sans doute l’une des pires associations de propagation de l’islamo-fascisme, était symboliquement aussi désastreuse que révélatrice du bourbier idéologique dans lequel l’antiracisme a sombré. Et ces associations n’ont pas encore fait leur aggiornamiento, si l’on en juge par la tribune louvoyante de Dominique Sopo, président de SOS Racisme, sur l’affaire Meklat, ou le silence de la LDH qui, à l’heure où j’écris ces lignes, ne s’est toujours pas exprimé sur l’affaire Meklat. «Ils y réfléchissent» paraît-il. Ils réfléchissent au point de savoir si «Faites entrer Hitler pour tuer des juifs», c’est vraiment de l’antisémitisme, ou si «vive les PD! Vive le Sida! avec François Hollande», c’est vraiment de l’homophobie … Consternant.

Cette bienveillante indifférence à la haine est un poison social violent qui, en falsifiant le concept même de racisme dans l’intelligence collective, encourage sa désinhibition et attise les divisions. Si nous persistons à «ne pas voir ce que l’on voit», comme l’écrivait Charles Péguy, à ne pas faire le diagnostic de ce «fascisme vert», nous nous privons de la possibilité de réfléchir aux moyens de le combattre. Nous condamnons alors de facto une partie vraisemblablement croissante de nos concitoyens issus de l’immigration à une impossibilité de s’intégrer qui sera leur malheur, et le nôtre. C’est ce que notre expérience historique de plus vieux pays d’immigration d’Europe nous a appris. C’est aussi ce qui vient d’être confirmé par le chercheur Boussad Boucenna dans son livre Ces enfants d’immigrés qui réussissent où il démontre la corrélation entre la réussite professionnelle et le degré d’intégration des familles – et au passage, qu’il existe toute une population de musulmans qui ne se retrouvent pas du tout dans les discours vindicatifs des militants identitaires et de l’islam politique. Ce ne sont pas Tariq Ramadan, Marwan Muhammad, Les indigènes de la République ou le Bondy Blog qui vont donner à leurs partisans une place dans la société: c’est le reste de la communauté, encore très majoritaire sur le territoire, rappelons-le.

Ne nous y trompons pas: l’islam politique a un objectif affirmé de conquête. Sa stratégie consiste à détruire l’idée d’une nation et d’une république une et indivisible pour la morceler en une série de communautés aux intérêts distincts et potentiellement antagonistes, afin, dans un temps plus long, de susciter des conflits intercommunautaires dont ils espèrent un grand soir. Meklat et ses inspirateurs doivent être considérés pour ce qu’ils sont, les agents de la libanisation des esprits, préalable tactique à cette libanisation du pays. Les Français d’origine musulmane qui ont été emportés dans ce combat identitaire sont, il est vrai, des victimes. Mais ils sont moins des victimes du racisme de la société majoritaire que de la propagande identitaire pilotée par l’islam politique et catalysée par nos propres errements.

Il est urgent de retracer les lignes jaunes entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Les élites doivent assumer leur responsabilité en termes de cadrage, en ne laissant plus passer une occasion de fustiger publiquement et de manière répétée des comportements en contravention avec notre pacte républicain. Ils doivent s’atteler à désenclaver les quartiers et à s’engager à faire respecter toutes les lois, toujours et partout sur le territoire, y compris là où cela est le plus ardu. Ce sujet devrait être central dans la campagne présidentielle. Il ne l’est malheureusement pas. Les citoyens eux aussi ont un rôle qui ne se limite pas à l’exercice de leur droit de vote. Ils doivent également reprendre la main sur cet outil d’intégration très puissant qu’est le contrôle social, en étant conscients que chaque mauvais comportement s’exprimant dans l’espace public sans susciter de réactions d’indignations laisse une trace dans la définition commune de nos us et coutumes ; à chaque fois que nous décidons de nous taire alors que nous aurions dû parler ou agir, nous participons à la dégénérescence de notre patrimoine symbolique commun. L’action est le prix à payer pour être à la hauteur des valeurs que nous prétendons incarner.

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