Ilan Halimi, en la memòria

Avui fa cinc anys que Ilan Halimi, un jove francès de vint-i-tres anys -jueu d’origen marroquí- fou assassinat a la vora de la via del tren  a Sainte Geneviève-des-Bois, prop de París.

 

Ilan havia estat captiu durant vint-i-quatre dies d’una banda coneguda com “el gang dels bàrbars”, una gentola inculta i antisocial que creien segrestar un jueu pel qual els de la seva comunitat pagarien el rescat. No fou així i el torturaren durant tres setmanes abans de degollar-lo i abandonar-lo moribund. Tot i que la brutalitat dels fets per si mateixa obliga a la reflexió col·lectiva, la circumstància afegida segons la qual el cap dels criminals -un tal Youssouf Fofana- s’erigís davant el tribunal com a gihadista obliga a donar a la tragèdia una significació suplementària.

Fofana i la vintena de còmplices són uns miserables delinqüents de la banlieu parisenca a qui no pot servir de justificació dels seus actes la marginalitat estructural del col·lectiu d’afrofrancòfons establerts a l’antiga metropoli. La seva islamització simbòlica i superficial és més aviat un acte de rebuig social que una presa de consciència gihadista, però certament els elements referencials envers els que focalitzen la seva frustració -els jueus- els han adquirit de la culpabilització política, cultural i religiosa antijueva que impregna la mentalitat europea, francesa en aquest cas.

La defensa dels assassins davant els tribunals fou assumida per un estol de juristes encapçalats per Emmanuel Ludot -advocat de Sadam Husein- i Isabelle Coutant-Peyre, esposa del terrorista internacionalista veneçolà “Carlos“, convertits ambdós a l’islam. La línia argumental dels quals consistí en desvincular l’islamisme d’aquest delicte excecrable tot responsabilitzant-ne exclusivament Youssouf Fofana (veure l’article “La justicie et rien d’autre”, de dos dels seus advocats -Gilles Antonowicz i Françoise Cotta- a Le Monde del 14 de juliol del 2009).

L’antisionisme persistent on conflueixen neonazis, tardocomunistes i demagogs diversos esquiva les conseqüències de la seva conducta perversa. Una conducta que contrasta amb la dignitat amb la qual la mare de víctima, Ruth Halimi, descriu el suplici que va viure en el llibre “24 jours. La vérité sur la mort d’Ilan Halimi”, (Éditions du Seuil, París, 2009).

Post Scriptum, 21 de gener del 2016.

Avui, deu anys després del segrest i posterior l’assassinat d’Ilan Halimi aqueixa informació del digital 20 Minutes (l’únic diari francès que ha recordat el desè aniversari  del començament del seu segrest i suplici) explica què se’n ha fet dels seus botxins. La prensa israeliana, evidentment, n’ha fet remembrança amb aqueix article de Charlotte Guimbert a The Times of Israel titulat “Ilan Halimi, 10 ans après la douleur reste toujours vive”.

Post Scriptum, 13 de febrer del 2016.

Avui Le Figaro analitza l’impacte de l’assassinat d’Ilan Halimi en la comunitat jueva francesa amenaçada pel gihadisme i l’antisionisme imperant a França.

Post Scriptum, 15 de febrer del 2016.

The Times of Israel dóna compte dels actes de remembrança en homenatge a Ilan Halimi organitzats a París i voltants amb motiu del desè aniversari del seu assassinat.

Post Scriptum, 25 de maig del 2017.

Una dona jueva francesa, Sarah Halimi, va morir llençada per la finestra fa dos mesos a París, un crim antisemita silenciat que l’esciptora Alexandra Laignel-Lavastine denuncia enllaçant-lo amb el d’Ilan Halimi fa deu anys en aqueixa carta oberta al Ministre de l’Interior que ha publicat avui al digital Atlantico:

Monsieur le ministre,

Une femme juive, médecin, surprise dans son sommeil, est atrocement torturée pendant plus d’une heure. Elle a 65 ans et elle vit dans un modeste immeuble du XIème arrondissement de Paris, rue Vaucouleurs. Le meurtrier, qui s’introduit chez elle par le balcon, s’acharne avec une violence inouïe sur sa victime, provoquant une vingtaine de fractures au corps et au visage, avant de la défenestrer, agonisante, du troisième étage. Pendant ce temps, la police (aussitôt prévenue) est sur le palier. Les trois hommes armés n’interviennent pas.
Les voisins (plusieurs dizaines de personnes) entendent ses hurlements. Ils ne bronchent pas. Les médias nationaux sont alertés. Ils n’enquêtent pas et passent le meurtre sous silence. Elle s’appelait Sarah… Sarah Halimi.
Cette scène épouvantable ne s’est pas déroulée en 1942, avant ou après la Rafle du Veld’hiv, mais… dans la nuit du 3 au 4 avril 2017 aux cris de « Allah Akbar », dans un minuscule HLM situé à quelques encablures du Bataclan. Une marche blanche à sa mémoire sera organisée le dimanche d’après à Belleville. Elle s’est heurtée à des « Mort aux Juifs ! » de la part de jeunes des cités avoisinantes, certain ajoutant : « On a nos kalach ! ». Dans la foulée, le procureur de Paris, François Molins, s’est empressé d’expliquer qu’il fallait attendre le résultat de l’enquête avant de se prononcer sur la nature du crime. Sait-on jamais : une femme juive âgée sauvagement massacrée par un vigoureux islamiste de 27 ans au lourd passé de délinquant (condamnations multiples pour trafic de drogue et violences) pourrait bien relever d’une simple querelle de voisinage… D’autant que le criminel, Kada Taoré, d’origine malienne, la traitait régulièrement de « sale juive », si bien qu’elle avait confié à son entourage la crainte qu’il lui inspirait. « Nous sommes en guerre », annonçait Manuel Valls le 13 janvier 2015, « pour que les musulmans n’aient plus honte et pour que les Juifs n’aient plus peur ». Remarquable bilan.
Vous venez donc, Monsieur le ministre, de prendre vos fonctions dans un pays où il est redevenu possible d’assassiner des Juifs sans que nos compatriotes ne s’en émeuvent outre mesure. À cet égard, vos prédécesseurs, de droite comme de gauche, ont eux aussi préféré ne pas regarder plus loin que le bout du balai avec lequel ils enfouissaient la poussière sous le tapis. Aucun n’a été la hauteur. Le serez-vous ? Ce dimanche 21 mai, sur la chaîne de télévision i24News, le frère de Sarah Halimi déclarait avec une extraordinaire dignité : « J’ai attendu sept semaines avant de m’exprimer. Le silence de mort qui continue d’entourer l’assassinat de ma sœur est insupportable ». Un fait divers ? Même pas. Dans l’atmosphère déliquescente qui règne au pays de Dieudonné, pour qui « les Juifs sont des chiens » (on se tord de rire), il faut croire qu’un chien écrasé mérite effectivement plus d’attention qu’une Juive assassinée.

En votre âme et conscience, je sais, Monsieur le ministre, que vous partagez ce diagnostic. Je me souviens vous avoir accompagné en Roumanie au début des années 90, peu après la chute du communisme, pour y promouvoir la démocratie, en général assez peu compatible avec l’antisémitisme. À l’époque, nous nous inquiétions ensemble de voir certaines élites d’Europe de l’Est renouer avec leur vieille passion antijuive. Mais voilà que la judéophobie qui fait désormais couler le sang en Europe ne vient plus de l’extrême droite : elle est de facture musulmane.

Beaucoup plus embarrassant… Malgré cette mutation, je me prends à espérer que votre fermeté et vos convictions d’alors sauront arracher la France d’aujourd’hui à son somnambulisme. Car comme le remarque l’un des deux avocats de la famille Halimi, Maître William Goldnadel, « le meurtrier aurait été blond aux yeux bleus, toute la France serait descendue dans la rue. Il est islamiste, toute la France rase les murs ».
C’est ainsi que de ce crime antisémite, il ne fut pas question pendant la campagne présidentielle. Quant aux journalistes, qu’on a vu autrement plus zélés dans l’« affaire Théo », tous se sont mis au garde-à-vous — une première ! — devant les appels à la prudence de Monsieur le procureur. Hormis la presse juive, seul un journal texan en a parlé. Or, le rapport de police vient de tomber et les avocats ont tenu une conférence de presse ce lundi 22 mai pour s’étonner de la « chape de plomb » qui pèse sur cette affaire. De fait, l’enquête confirme ce que nous savions déjà sur le calvaire de la malheureuse. En pire. Son bourreau l’a massacré en récitant des sourates du Coran et en la traitant de « Satan » en arabe (l’attaque a été enregistrée par un voisin). Après l’avoir achevée à la barbe des trois policiers de la Bac présents dans l’immeuble dès 4 heures, mais qui attendaient… des renforts, le tueur est repassé chez les voisins par le même balcon et s’est remis à prier. Les renforts sont arrivés. L’interpellation a eu lieu à 5 heures 35. L’homme n’a pas résisté. Sarah Halimi, elle, gisait, morte, sur le trottoir.
Ces faits sont gravissimes. Mais on trouve une fois de plus, contre vents et marées, le moyen de se rassurer à bon compte. Tout comme le massacreur de Nice, le djihadiste de Belleville serait « fou ». Ouf, on respire ! À ce titre, et parce qu’il était un peu « exalté », les policiers ne l’ont pas incarcéré, mais envoyé dans un hôpital psychiatrique où il est toujours soigné au frais du contribuable. Dans ce domaine, on ne lui connaît toutefois aucun antécédent.

Vous vous souvenez peut-être, Monsieur le ministre, que ce déni a déjà tué sur le sol français. On comment ne tirer aucune leçon des errements policiers durant la séquestration (23 jours) du jeune Ilan Halimi, kidnappé, martyrisé et assassiné parce que Juif par le Gang des barbares en 2006. Le quai des Orfèvres s’était entêté à suivre la piste, absurde mais moins dérangeante, d’un règlement de compte entre bandes. Le patron de la PJ lui-même n’en démordait pas, y compris après la capture de youssouf fofana qui s’était tranquillement enfui en Côte-d’Ivoire (où des agents du Mossad l’arrêteront) : Il n’y a pas et il ne saurait y avoir d’antisémitisme en France !. Pas de chance, la justice retiendra l’antisémitisme comme circonstance aggravante.

Dix ans plus tard, nous en sommes donc au même point. D’un Halimi à l’autre, d’Ilan à Sarah, nous sommes même devant un cas d’école auquel ceux qui scrutent l’inconscient collectif et ses pathologies seraient bien inspirés de s’intéresser. Vous aussi, M. le ministre, et de très près. Deux Juifs suppliciés dont la mort aurait pu être évitée avec un brin de jugeote, cela commence à faire beaucoup. Alors oui, c’est insupportable et c’est désormais votre affaire. C’est insupportable pour les Juifs, mais cela devrait l’être plus encore pour les non-Juifs.

Du moins dans une démocratie « normale » et bien portante. Car la recrudescence de l’antisémitisme constitue toujours un baromètre infaillible s’agissant d’évaluer la santé morale d’une société. Or, qu’avons-nous sous les yeux en 2017 ? La haine autorisée et le passage à l’acte décomplexé des uns. La cécité volontaire et l’approbation, silencieuse ou joyeuse, des autres. Et, last but not least, la tragique indifférence du plus grand nombre.

Il est vrai que si le bourreau n’avait pas le bon profil, la victime non plus. À cet égard, auriez-vous remarqué, M. le ministre, l’étrange phénomène que voici ? Aussi longtemps que nos barbares de fabrication locale ne tuaient que des Juifs — Ilan Halimi en 2006, les enfants de Toulouse en 2012, un couple au Musée juif de Bruxelles en mai 2014, des gens faisant leurs courses Porte de Vincennes en janvier 2015, la réplique de Copenhague juste après et déjà oubliée, ce n’était pas bien grave. Ils devaient quand même être un peu « coupables » puisque cela fait deux mille ans qu’on le dit. Dans le lot, il y avait certes quelques soldats « arabes » et autres journalistes « islamophobes » qui l’avaient peut-être un peu cherché. On n’allait pas en faire une histoire. Mais au Bataclan, des « Français innocents », pour reprendre le lapsus de Raymond Barre après l’attentat antisémite de la rue Copernic en 1980, c’était inacceptable ! Ce refrain, sans que ceux qui l’entonnent pensent nécessairement à mal, nous y avons eu droit sur tous les tons au lendemain du 13 novembre : « Mais pourquoi nous ? Pourquoi la France ? Pourquoi des innocents ? ».

Et pourquoi s’arrêter en si bon chemin au beau milieu du sanglant été 2016 ? Le 31 juillet, une tribune signée par une centaine de personnalités musulmanes procédait ainsi à une soustraction bizarre. Elles réclamaient une réorganisation de l’islam de France « après l’assassinat de caricaturistes, après l’assassinat de jeunes écoutant de la musique, après l’assassinat d’un couple de policiers, après l’assassinat d’enfants, de femmes assistant à la célébration de la fête nationale, aujourd’hui l’assassinat d’un prêtre célébrant la messe ». Cherchez l’erreur… Tous les attentats récents étaient énumérés, sauf ceux ayant visé des Juifs, collectivement massacrés ou individuellement poignardés et blessés. Sans doute par distraction. Des réactions outrées ? Si peu…

Que comptez-vous faire, Monsieur le ministre, pour secouer cette terrifiante apathie ? Il ne suffira pas, cette fois, de briser les avertisseurs d’incendie, forcément « néo-réactionnaires », pour que le feu s’éteigne de lui-même. Un tour de passe-passe où nos bien-pensants de service s’illustrent depuis 2002. À moins que vous ne choisissiez d’avoir tort avec les djihadistes plutôt que d’avoir raison avec les réalistes ? On ne s’en sortira pas non plus à pratiquer la pensée magique et à communier dans ce catéchisme antédiluvien selon lequel le Mal ne saurait en aucun cas surgir du camp du Bien, celui des anciens « damnés de la terre ».

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